#8mars : le texte d’Emmanuel Maurel

Ne rien lâcher sur l’égalité des sexes

La France est au 129e rang mondial sur 144 pays en matière d’égalité salariale selon le dernier rapport du Forum économique mondial : tous contrats confondus, une femme gagne en moyenne 25,7% de moins qu’un homme. 60% des entreprises n’ont ni accord, ni plan d’action en matière d’égalité professionnelle. 31% des femmes salariées sont à temps partiel (contre 7% des hommes). Le temps partiel subi concerne 32% des femmes. 40% des SDF sont des femmes.

Les statistiques sont cruelles : elles montrent que les choses changent trop lentement. Or, pour promouvoir l’égalité réelle, « pour que la condition des femmes soit transformée, il faut que la société aussi soit transformée » (George Sand).

S’attaquer aux multiples visages des inégalités salariales

L’écart des salaires entre les hommes et les femmes est le thermomètre le plus sûr de l’inégalité entre les sexes. À poste équivalent à temps plein avec la même ancienneté et les mêmes responsabilités, il serait de 9 à 10%. Ce constat appelle des mesures fortes afin que l’égalité professionnelle ne reste pas un vœu pieu.

Les écarts salariaux s’expliquent aussi parce que les femmes occupent des emplois précaires et accèdent difficilement aux mêmes postes que les hommes : 82% des salariés à temps partiel et 2/3 des travailleurs pauvres sont des femmes. Il faut donc encadrer le temps partiel imposé (ces contrats concernent 4,6 millions de personnes dont 3,7 millions de femmes et représentent aujourd’hui 19% des emplois, contre 10% il y a 30 ans).

Pour un féminisme socialiste

L’actualité récente nous rappelle l’urgence et l’acuité du combat féministe : les socialistes doivent être intransigeants à l’égard de toute forme de harcèlement et réaffirmer le refus des violences faites aux femmes.

Il faut aussi se battre contre les freins à l’exercice par les femmes de leurs droits individuels et renforcer le « féminisme des droits sociaux » : venir en aide à celles qui assument la double journée de travail – tout particulièrement en responsabilisant les hommes – et améliorer la place des femmes (en particulier des mères isolées) dans l’emploi. Des services publics doivent permettre de socialiser les soins à la personne et ce domaine doit relever, dans une plus large mesure, d’une responsabilité sociale.

L’émancipation par la laïcité et par le féminisme sont étroitement liés. Aucun motif cultuel ou culturel ne peut justifier une restriction des droits des femmes ni une entrave à leur exercice. Le féminisme est une plante qui ne peut pousser que dans le terreau de la laïcité.

Cheminer vers la liberté, c’est aussi réfléchir à nos conditionnements, c’est-à-dire lutter contre les stéréotypes sexistes qui nous ont été inculqués depuis l’enfance : cela commence dès la maternelle.

Enfin, il nous faut engager tout le Parti dans le combat féministe et contre les plafonds de verre auxquels se heurtent les femmes. Les militant-e-s doivent être les acteurs de la reconquête : ensemble, réfléchissons à une nouvelle organisation qui assure réellement la parité.

Nos propositions

  • Proposer une « loi islandaise » d’interdiction du moindre écart de salaire entre les hommes et les femmes ;
  • Rétablir un ministère plein et entier des Droits des Femmes ;
  • Instaurer des co-présidences à tous les niveaux du Parti ;
  • Dissuader les employeurs de recourir de manière excessive au temps partiel (augmentation de la prime de précarité pour les CDD à temps partiel, modulation des allègements de charges sociales sur les bas salaires, hausse de la majoration des heures complémentaires dès la 1e heure, etc.) ;
  • Rendre effective la durée hebdomadaire minimale de 24 heures pour les contrats à temps partiel instaurée par la loi de sécurisation de l’emploi du 14 juin 2013 ;
  • Rendre la législation sur l’égalité professionnelle plus contraignante pour les employeurs (l’ouverture de négociations est obligatoire mais n’y a pas d’obligation de conclure un accord ni de résultat) ;
  • Développer le nombre de places d’accueil de la petite enfance ;
  • Favoriser l’articulation des temps de vie (vie personnelle/vie professionnelle) ;
  • Soutenir les acteurs de la lutte contre les violences faites aux femmes;
  • Lutter contre les stéréotypes sexistes dès le plus jeune âge par la promotion de l’éducation à l’égalité, en assurant la formation des agent-e-s de la petite enfance et des écoles et en sensibilisant les élèves à la mixité des métiers ;
  • S’attaquer au mépris médical qui affecte trop souvent les « maux des femmes » ;
  • Combattre les « traditions » dégradantes (mariages forcés, etc.) ;
  • Inscrire la liberté du droit à disposer de son corps dans la Charte des droits fondamentaux de l’UE pour obliger l’Europe à interpeller les pays où l’avortement est interdit ou restreint, et veiller à garantir l’accès à l’avortement – menacé – en France ;
  • Continuer à promouvoir l’État laïque comme garantie de protection des droits des femmes ;
  • Rester mobilisés pour que les femmes et les hommes bénéficient des mêmes libertés.