Economie, entreprise, industrie Jeudi 1 Décembre 2011 à 10:22
3 ans ont passé depuis le discours de Toulon, 3 ans de renoncements et d'inaction

Rigueur, situation économique mondiale et européenne, retrouvez les propositions de François Hollande, pour lutter contre la crise, ainsi que l'intégralité du point presse tenu par le porte-parole Benoït Hamon et Delphine Batho porte-parole de François Hollande
Rigueur
François Hollande a développé son «alternative» à la politique injuste, «faite de bricolages et de rapiéçages», de la droite. L'alternative est «dans le choix des catégories sociales qui vont devoir subir cet effort supplémentaire». Et de préciser sa conception de la rigueur comme «gestion sérieuse des finances publiques» et «rigueur à l’égard des plus fortunés dès lors qu’ils ont beaucoup reçu».
- Il devait moraliser le capitalisme, c'est le capitalisme qui l'a dominé.
- Il devait réguler le système monétaire international, c'est l'euro qui est fragilisé face au dollar et au yuan chinois
- Il devait relancer la croissance et l'emploi, il a plongé la France dans l'austérité et le chômage.
Renoncement n°1 : le capitalisme n'a pas été moralisé, il est plus que jamais débridé
Sarkozy promettrait « l'encadrement des rémunérations des dirigeants et des opérateurs financiers par une loi avant fin 2008 ».
Il promettait de « rechercher les responsables de la crise financière et de les sanctionner financièrement ».
Il promettait de « changer les règles de gestion pour inciter à une gestion rigoureuse des risques » et « d'imposer aux banques de financer l’économie réelle plutôt que la spéculation ». Pour toute régulation prudentielle, le Gouvernement s'est contenté de créer un médiateur du crédit sans qu'aucune restructuration du secteur bancaire n'ait été engagée en France et en Europe.
Il promettait de « s'attaquer aux paradis fiscaux ». Des listes ont été publiées, mais les sanctions n’ont pas été renforcées à l’égard des acteurs économiques qui utilisent les paradis fiscaux. Sarkozy – qui pourtant présidait le G20 – stigmatise les paradis fiscaux, mais il ne fait rien pour dissuader ceux qui en profitent.
Il promettait d'« encadrer les ventes à découvert ». Alors que l'Allemagne s'est encore récemment prononcée pour leur suppression, la France a introduit à titre provisoire des limitations sur les ventes à découvert, mais aucune interdiction générale n’est envisagée. Elles restent une des sources majeures de la spéculation.
Il promettait de « s’attaquer au problème de la complexité des produits financiers, de la cotation en continu, et de la comptabilisation des actifs au prix de marché». Aucune loi ni aucune réglementation n'ont été mises en oeuvre.
Il promettait de « contrôler les agences de notation défaillantes ». Aucune réglementation n'a été proposée ni sur les agences ni sur les hedge funds. Au contraire: le commissaire européen, Michel Barnier, ancien ministre Sarkozy, a décidé le 15 novembre dernier de reporter sine die le débat au Parlement européen sur l'encadrement des agences de notations.
Renoncement n°2 : l'euro n'a pas été gouverné et l'Europe n'a pas été relancée
Sarkozy promettait de « remettre à plat tout le système financier et monétaire mondial » et de « remettre en cause le dumping monétaire pratiqué par certains pays ».
Il promettait d' « améliorer la capacité de l’Europe à faire face à l’urgence » et « d'engager une réflexion collective sur la doctrine de la concurrence et mobiliser de nouvelles ressources pour préparer l’avenir ».- pour avoir cédé à l'Allemagne sur l'opportunité des Eurobonds, sur la redéfinition du rôle et des missions de la BCE, sur la révision annoncée des traités.
- pour avoir freiné pendant de longues semaines la contribution des banques à la restructuration de la dette grecque.
- pour participer à un directoire franco-allemand qui, sans trouver de solutions à la crise, alimente les tensions avec les autres Etats européens.
- pour défendre avec Mme Merkel et la droite allemande une austérité sans croissance, à l'image du « pacte de compétitivité » proposé en avril 2011 qui prévoit l'inscription obligatoire de pseudo-règles d'or dans la constitution des pays membres, la désindexation des salaires sur les prix, la retraite à 67 ans, l'harmonisation de l'impôt sur les sociétés vers le moins disant.
Renoncement n°3 : au lieu de la croissance et de l'emploi annoncés, on a la récession et le chômage installés
Il promettait de « relancer l’économie » et affirmait : « je ne conduirai pas une politique d’austérité »
Il promettait de « ne pas accepter des hausses des impôts et des taxes qui réduiraient le pouvoir d'achat des Français ». Selon la Cour des comptes, les niches fiscales se sont multipliées depuis 2002 pour atteindre 75 Md€ en 2010. Dans le même temps, 30 taxes ont été crées ou relevées contre le pouvoir d'achat des couches populaires et des classes moyennes (taxes sur les assurances et les mutuelles, franchises médicales, taxe pour la copie privée, taxe sur le poisson, taxe sur les huiles moteurs, taxe sur les offres « triple play », taxes pour financer les retraites, taxes pour le remboursement de la dette sociale, hausse de la TVA à taux réduit, etc.). Le taux de prélèvements obligatoires est passé de 43,6 % en 2007 à 44,8 % en 2012.
Il promettait d' « appliquer le principe pollueur-payeur ». En 5 ans, les promesses du Grenelle de l'Environnement ont été ajournées ou oubliées : abandon de la contribution climat-énergie, report de la taxe poids lourds, coup d'arrêt à la filière industrielle du photovoltaïque, stigmatisation de l'éolien (rapport Ollier), permis d'exploitation des gaz et des huiles de schiste. Le grand prometteur s'est fait petit réalisateur. Trois ans après le discours de Toulon et ses engagements, on mesure l'ampleur de la présidence des renoncements. Sous l'oeil du gendarme Sarkozy, la finance sans règle court toujours.