Vendredi 26 Août 2011 à 18:23
Atelier 3 - 40 ans après Épinay

Louis Mexandeau affiche fièrement sa carte d’adhérent. Celle dont il hérita alors qu’il n’était encore qu’un jeune militant, au début des années 70. Et qui lui valut de prendre part à ce qui apparaît clairement, quarante années après Épinay, comme l’acte fondateur du Parti socialiste. « La marque du génie de François Mitterrand », affirme l’ancien ministre. Issu d’une minorité agissante, le futur chef de l’État allait sortir vainqueur - d’un souffle - d’un congrès aux enjeux cruciaux. Au prix d’un pari fou. Et d’une alliance avec Gaston Defferre, pourtant réservé à l’égard de la stratégie d’union de la gauche dont il était porteur. « La volonté de rénovation l’a finalement emporté au terme d’une lutte épique de trois jours, poursuit l’intéressé. Mitterrand était condamné à gagner. Faute de quoi, l’histoire aurait basculé. »
« Le cycle d’Épinay a fait la fierté d’un clan, concède l’historien Pierre Serne. Ce congrès n’en marqua pas moins le commencement de la geste mitterrandienne. Il mit fin à la vieille maison, au profit d’un Parti socialiste rénové. » Étape, parmi d’autres, d’un processus de reconstruction, d’unification et de rapprochement avec le Parti communiste qui repose sur les épaules d’un homme. Lequel rechigna pourtant ensuite à assumer le rôle de Premier secrétaire, avant d’en accepter l’augure. Le brillant requiem sur l’union de la gauche dont il fut l’auteur dans son discours de clôture se heurta, à cet égard, à l’opposition de Gaston Defferre, peu amène à l’égard des communistes.
Sylvain Laval, du MJS, voit dans le processus d’Épinay une « marque d’unité », reproductible, et seule à même de conduire à la victoire. Ce qui était vrai hier l’est-il toujours aujourd’hui ?. « Épinay se solde par l’introduction du Parti socialiste dans les institutions de la Ve République », estime Denis Lefebvre. « L’importance de François Mitterrand fut considérable, parce qu’il entretenait un rapport charnel avec le peuple », souligne Louis Mexandeau. « Les premiers succès électoraux ont conforté son assise, renchérit Pierre Serne. L’union et la marche vers l’unité constituent de ce point de vue un impératif catégorique. Le morcèlement aboutit irrémédiablement à une sanction dans les urnes. Il faudra s’en souvenir, en prévision de 2012. »
Cette stratégie a un prix : l’alliance de la social-démocratie et d’une aile plus radicale, le CERES,, pour faire contrepoids à l'influence communiste, largement majoritaire à gauche au plan militant, intellectuel et électoral à l’orée des années 70. « Ce fut là un grand pari gagné par François Mitterrand », note Louis Mexandeau. « Depuis 1968, la stratégie d’union de la gauche est adoptée par une majorité de socialistes, martèle Denis Lefebvre. Et ce, même si, dans les faits, la réalité est plus complexe. »
