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    Ville et logement Vendredi 11 Mars 2011 à 11:33

    Autour d'une oeuvre : "A l'abri de rien", entretien avec Christophe Robert

    « A l'abri de rien », un webdocumentaire réalisé par Samuel Bollendorff et Mehdi Ahoudig pour la Fondation Abbé Pierre, sort sur Internet ce vendredi 11 mars (http://www.a-l-abri-de-rien.com). En associant la photographie et le reportage sonore, les auteurs traduisent avec justesse et dignité la précarité et la souffrance sociale expérimentées par les 3,6 millions de personnes en situation de mal-logement en France.

     Au travers de 15 témoignages, « A l'abri de rien » dresse un tableau précis du problème du mal-logement et interpelle sur les souffrances qu'il entraîne. Christophe Robert, directeur des études de la fondation Abbé Pierre, revient avec nous sur les questions posées par le webdocumentaire et sur leurs solutions possibles.

     

     
    Le webdocumentaire « A l'abri de rien » rappelle que 3,6 millions de personnes souffrent du mal-logement en France mais présente également une hétérogénéité de situations. Aujourd'hui, quelles sont les différentes formes du mal-logement en France ?
     
    Christophe Robert : Elles sont en effet extrêmement diverses, comme le montre très bien le webdocumentaire. Le mal-logement concerne bien-entendu toutes les personnes qui vivent à la rue, mais aussi celles qui vivent dans des locaux impropres à l'habitation, que ce soient des caves, des parkings ou des locaux commerciaux « aménagés ». Par ailleurs, de nombreux logements sont indignes et dangereux pour la sécurité et pour la santé, en exposant par exemple les enfants au saturnisme ou les familles aux risques d'incendies. De nombreuses personnes dépensent également trop d'argent pour leurs logements et sont ensuite contraintes de faire des arbitrages sur leurs dépenses de santé et d'alimentation pour maintenir leur toit sur la tête. Si le mal-logement peut prendre des formes extrêmement diverses, ses conséquences sociales et sanitaires sont, elles, toujours terribles. Le webdocumentaire le montre très bien.
     
     
    Mais, aujourd'hui, le problème c'est l'extension et la multiplication de ces différentes formes du mal-logement. Certaines semblaient même avoir disparu, comme le recours au camping à l'année comme amortisseur de crise par exemple. On voit parallèlement ressurgir des bidonvilles aux portes des grandes agglomérations - Paris, Marseille, Nantes, Lyon, Lille, etc. - où des familles n'ont pas d'autre choix que de construire des bicoques faîtes de bric et de broc. Une autre forme d'amortisseur encore moins visible concerne l'hébergement chez des tiers, avec à terme des conséquences tant pour les hébergés que pour les hébergeants. Toutes ces situations sont extrêmement préoccupantes.
     
    Quelles sont les causes et les origines de ces nombreuses situations de mal logement ?
     
    Christophe Robert : C'est évidemment un problème multi-factoriel. Une des explications majeures est le défaut de logement : il en manque actuellement 800 000 à 900 000 en France, tout simplement parce que l’on n’a pas suffisamment construit au cours des vingt dernières années. Cette situation entraîne un effet de concurrence, les plus fragiles étant les derniers servis. Ensuite, le coût du logement a augmenté considérablement au cours des dix dernières années suite à l'explosion des prix de l'immobilier, des loyers et des charges. Aujourd'hui, seuls ceux qui ont une capacité économique élevée peuvent choisir leur logement, sa taille, sa localisation et sa qualité. Dans un troisième temps, l'augmentation du chômage et la précarisation des ressources viennent s'ajouter à cette combinaison de facteurs, engendrant une situation de tension où des centaines de milliers de ménages tentent de trouver des amortisseurs et finissent par dormir dans une voiture.
     
    Vous présentez également le webdocumentaire comme un moyen d'interpeller les pouvoirs politiques sur ce sujet...
     
    Christophe Robert : La problématique du mal-logement est aujourd'hui insuffisamment considérée, pas du tout à la hauteur des enjeux sociaux, sanitaires et économiques qu'elle représente. Le phénomène est relativement invisible malgré le nombre de personnes touchées et les souffrances sociales qui en découlent. Au fond, le logement est souvent perçu comme une question individuelle, qui ne concerne que les ménages. Le problème se « privatise ». C'est pourtant une question éminemment politique, une question de choix économique et idéologique. Le webdocumentaire a également été pensé dans cet objectif : créer un électrochoc pour rendre compte de la réalité de ce que vivent les gens.
     
     
     Quelles sont alors les pistes de réflexions politiques possibles?
     
    Les axes de réflexion sont nombreux. Il faut tout d'abord, pour répondre à la pénurie, produire beaucoup de logements, notamment dans les territoires qui en manquent le plus. Deuxième mot d'ordre : intervenir sur les marchés. Il est faux de dire que le marché s'auto-régule. En dix ans, les prix de l'immobilier ont doublé et ceux des logements ont augmenté de 45%. Seule une intervention massive et durable de la collectivité sur le foncier, l'immobilier et sur la maîtrise des loyers pourra permettre de détendre la situation. Il s'agit également de lutter contre la ségrégation territoriale. C'est un enjeu majeur : de plus en plus de quartiers, de villes et de territoires se « spécialisent » dans l'accueil de tous ceux qui sont exclus du marché du logement. Enfin, il faut protéger les plus défavorisés, prévenir les expulsions locatives, aider les ménages à accéder et à se maintenir dans un logement. Toutes ces mesures sont absolument fondamentales pour créer les conditions d'une véritable cohésion sociale.
     
     
     Le webdocumentaire invite également les citoyens à « proposer une idée » pour lutter contre le mal-logement. Cela signifie-t-il qu'il existe également un espace pour l'innovation ?
     
    Absolument. Le constat que nous dressons avec la Fondation Abbé Pierre est qu'il faut changer de braquet. On ne peut pas se contenter d'améliorer quelques dispositifs ou d'intervenir de manière épisodique, marginale. Il faut clairement poser le problème du logement comme un problème de société. Par conséquent, cela implique aussi un effort d'innovation, en associant les acteurs du bâtiment, les acteurs économiques et les différents partis politiques. Cet effort est urgent et doit être mené avec ambition car le logement n'est pas un bien comme les autres : il a un impact sur la famille, la santé, l'emploi et la cohésion de la société.
     
    Propos recueillis par Pierre Boisson