Ville et logement Samedi 28 Août 2010 à 21:07
Compte-rendu: Faut-il avoir peur des banlieues ?
La salle qui accueillait l’atelier « Faut-il avoir peur des banlieues ? » peinait à contenir l’ensemble des militants, venus en nombre participer à un échange d’une actualité brûlante.
La peur qu’inspire la banlieue n’est pas nouvelle. Voilà plus de 30 ans que la question des « quartiers » revient à intervalles réguliers, au gré d’une actualité souvent tragique.
Un rituel que qualifie C. Avenel, sociologue spécialiste de la question des banlieues, de « carnaval pathétique des quartiers pauvres » : attention médiatique, réponse immédiate des pouvoirs publics, généralement suivie d’un appel à la citoyenneté et de l’annonce d’un énième « plan Marshall » - avant que ne retombe l’émotion pour ne plus laisser place qu’à l’indifférence générale.
La période récente affiche cependant plusieurs singularités. Le creusement des inégalités, à l’origine de ces cycles de violence, semble ne jamais cesser de s’accroître. La reproduction des inégalités sociales se fait plus forte. On constate, dans la durée, une inscription spatiale plus marquée encore des inégalités. Aujourd’hui, ce sont ainsi près de 45% des jeunes de moins de 18 ans qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. Le recul de l’Etat, et l’abandon de ces quartiers en termes de services publics, dénoncé par M-A. Jamet, Maire de Val-de-Reuil, n’a fait que renforcer cette tendance.
La stigmatisation des populations issues de ces quartiers se fait elle-même plus dure. Plusieurs intervenants ont ainsi dénoncé les raisonnements en rapport avec une « image » plutôt qu’avec une véritable « expérience » des banlieues. Les exemples de discrimination sur la base de la seule adresse ne manquent pas.
Des facteurs qui expliquent le durcissement des violences physiques subies par les habitants (premières victimes des violences urbaines), à laquelle les autorités opposent aujourd’hui une réponse répressive, quasi militaire, trahi par le langage martial utilisé lors de récentes opérations de lutte contre la criminalité en banlieue. Le filet pénal, enfin, s’est élargi, ses mailles se sont resserrées.
Pour quels résultats ? La politique de la ville renvoie à une approche « professionnalisée » de l’exclusion – plutôt que de lutter contre elle, on l’accompagne par un développement des métiers de travailleur social. Pour M. Bouthi, les récents évènements de la Villeneuve, à Grenoble, marquent ainsi la mort des politiques de la ville – ce que ne veut admettre S. Rebière-Pouyade, qui dénonce le déclin des instruments de lutte contre l’exclusion plutôt que leur dévoiement.
Pourtant, l’horizon n’est pas aussi sombre qu’il y paraît. Tous se sont accordés pour insister sur la profusion d’initiatives positives prenant leur essor directement dans les banlieues. La question même posée par l’atelier, faisant état de banlieueS au pluriel plutôt qu’au singulier, témoignait de la multiplicité des visages de ces quartiers, de leurs complexités mais aussi de leurs richesses.
Marianne Louis, Secrétaire Nationale à la politique de la ville, saluant l’engouement des participants, a donné rendez-vous à tous à la prochaine Convention sur l’égalité réelle et au Forum « Ville du XXIe siècle » afin d'approfondir le débat.
