Société Vendredi 27 Août 2010 à 21:32
Conférence - Tout va trop vite : la politique face à la société de l'accélération
Un Auditorium bien rempli, une ambiance studieuse et concentrée : une conférence qui a pris le temps d’interroger le temps.
David Assouline a introduit le débat en soulignant le paradoxe d’une société où, alors que tout semble aller plus vite, nous ne disposons pas de plus de temps : l’accélération nous oblige à en faire toujours plus, sans libérer de temps. Tous les domaines de la vie, publics comme privés, sont affectés. Comme Anne Hidalgo, il a insisté sur le fait que le politique, qui a besoin de temps pour réfléchir et pour construire, ne semble plus « dans le coup » face aux exigences d’immédiateté et d’instantanéité.
Jean-Louis Servan-Schreiber a fait part de son inquiétude devant le développement du « court-termisme » qui est la marque et le rythme des sociétés développées. Un court-termisme, que personne n’a véritablement voulu, et qui touche tant la politique, que la finance, les rapports interpersonnels, l’environnement… Malgré la glorification de la vitesse bien illustrée par Nicolas Sarkozy, le temps, le rythme politique échappe en réalité aux politiques : il est fixé par les médias. Dès qu’un fait divers survient, on attend des politiques qu’ils réagissent dans la minute, et qu’ils fassent des propositions dans les 48 heures. Ce « présentisme » a également indiqué Sophie Pène, souligne l’incapacité de nos sociétés à penser notre passé autrement que dans la commémoration, et donc, de se projeter dans l’avenir.
Laurent Joffrin, un brin provocateur, a pris le contre pied de l’idée selon laquelle tout s’accélère, une « doxa » qui peut conduire à se réfugier dans une nostalgie anti-progressiste et qui avalise l’idée selon laquelle le politique, la démocratie, seraient impuissantes. Ni les transports, ni les loisirs, ni même les événements ne vont plus vite aujourd’hui. La ville du futur sera davantage Amsterdam, ses piétons et ses vélos, que Mexico. Sarkozy s’agite beaucoup, mais ne va nul part. Obama à l’inverse, a gagné en faisant du porte à porte et des discours longs et denses. Les politiques, il en est convaincu, ont les moyens d’agir.
Tous les intervenants ont d’ailleurs souligné l’enjeu démocratique qu’il y avait à se réapproprier le temps. D’abord, comme l’a bien montré Marianne Louis, parce que, en France comme dans le monde, il reste bien des exclus de la société de l’accélération : la fracture numérique est profonde. On se rend plus vite aujourd’hui qu’avant à Rio… mais il est plus long d’aller à Clichy-Sous-Bois. Les femmes ont souvent contribué, selon Anne Hidalgo, à la prise en compte du temps, y compris du temps de ceux qui vont moins vite – les enfants, les personnes âgées, les handicapés – dans les politiques locales (bureau des temps…). Les médias et les politiques doivent retrouver le temps de la complexité, le temps de débattre d’argumenter et de convaincre.
