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Parti socialiste

Mardi 21 Décembre 2010 à 15:52

Egalité-Diversité : vers un nouveau cycle de politiques publiques

Vous trouverez ci-dessous l'introduction de ce rapport de 30 pages, réalisé par le groupe de travail "Egalité, diversité, solidarité" animé par Michel WIEVIORKA.

>> Télécharger le rapport ici

>> Visionner l'entretien vidéo de Michel WIEVIORKA

Depuis la fin des années 1960, un débat structurel agite la France, comme bien d’autres pays. Ses premières expressions tiennent aux demandes formulées par des mouvements régionalistes (occitan, breton), mais aussi par le mouvement des sourds-muets en faveur de la reconnaissance de la langue des signes. S’inscrivent également dans ce paysage nouveau la naissance d’un mouvement homosexuel, le renouveau des luttes de femmes, et les transformations du monde juif qui s’écarte du modèle classique que résume une formule célèbre du comte de Clermont-Tonnerre en 1789 (donner tout aux Juifs comme individus, et rien comme « nation »). Au départ, les revendications ou les affirmations portées par ces acteurs sont avant tout culturelles et historiques (on dirait aujourd’hui : mémorielles). Leur charge proprement sociale est faible, et elles ne comportent pas de dimension religieuse. Et c’est avant tout l’État qui est interpellé, qu’il s’agisse de critiquer le jacobinisme qu’il incarne ou de lui demander justice pour le passé. Le cadre de l’action, comme celui du débat, est celui de l’État-nation.

 
Dans les années 1970 et surtout 1980 et 1990, de nombreux autres acteurs apparaissent autour d’autres enjeux, d’autres demandes, d’autres revendications identitaires ou mémorielles. Surtout, des dimensions sociales d’un côté (les banlieues, l’exclusion), et religieuses d’un autre côté (l’islam) viennent compliquer le débat, qui semble même, dans les années récentes, se communautariser, s’ethniciser ou se racialiser, tandis que son cadre évolue : les dimensions globales de l’action et de ses enjeux sont de plus en plus décisives, l’analyse doit désormais articuler toute sorte de niveaux, du global au local, en passant par le national et le régional – ce qui ne facilite pas la tâche des acteurs politiques, habitués à penser et à agir dans le cadre privilégié de l’hexagone.
 
Parmi les acteurs intervenant dans cet espace de débats, tous ne sont pas nécessairement dominés, exclus, niés. Une frange importante du patronat, en effet, plaide depuis le début des années 2000 en faveur de la « diversité », qui permettrait d’améliorer le fonctionnement du management, surtout pour les firmes multinationales, d’aborder en force certaines « niches » dans les efforts de marketing, et d’améliorer la notoriété et l’image de marque des entreprises – ou de leur éviter les accusations de racisme, de sexisme ou de discrimination.
 
                                                
 
De plus, le thème des discriminations est devenu récemment indissociable du débat sur les identités culturelles et religieuses, ne serait-ce que lorsqu’un groupe peut conjuguer une affirmation identitaire particulière, ethnique ou raciale, et le constat ou la dénonciation de discriminations spécifiques. Aussi complexes que soient les problèmes en jeu, et ils le sont de plus en plus, une seule et même opposition idéologique et politique semble organiser le débat, traversant aussi bien les partis politiques que les communautés de chercheurs et d’intellectuels. À la fin des années 1980, Régis Debray en a proposé une formulation devenue canonique : il faut choisir, a-t-il dit en substance, entre un point de vue « républicain », et un point de vue « démocrate », entre l’idée qu’il ne doit y avoir dans l’espace public que des individus libres et égaux endroit, et celle qui en appelle à la reconnaissance, dans le même espace public, d’identités particulières. Au sein d’autres sociétés que la nôtre, des formulations très proches, ont été proposées. C’est ainsi que dans le monde anglo-saxon, la philosophie politique s’est divisée entre « liberals », assez proches de notre idéal « républicain », et « communitarians », correspondant aux « démocrates » de Debray. Mais notons bien le risque qu’il y aurait à plaquer les catégories et les mots en usage dans d’autres cultures politiques que la nôtre : dans le monde anglo-saxon, « liberal » a une toute autre signification qu’en français, et peut inclure aussi bien des références au pluralisme que, d’autres, à la République.
 
Cette division idéologique, souvent énoncée de façon sommaire, traverse la gauche et la droite, ce qui rend délicat tout effort pour aboutir à une position forte et unifiée au sein de chaque camp. Encore faut-il dire avec force que la résolution de cette tension ou de ces contradictions passe par des synthèses qui diffèrent considérablement entre la gauche et la droite. La gauche ne peut accepter une synthèse qui associe, au mieux, un référentiel gaulliste à l’idée républicaine, et au pire, une identité nationale fermée sur elle-même et une conception de la « diversité » modernisatrice et indifférente aux inégalités sociales ; la difficulté pour elle est de porter le soutien à l’émancipation des personnes dans toutes ses dimensions, culturelles, sociales, et de conjuguer reconnaissance des identités particulières, mise en avant des valeurs universelles du droit et de la raison, et lutte contre les inégalités sociales.
 
La division entre « républicains » et « démocrates » se traduit constamment de façon passionnelle sous la forme de scandales, d’affaires, de violentes controverses et polémiques qui surgissent à l’occasion d’un évènement précis 
– annonce d’un projet de loi, dépôt d’un amendement, dénonciation dans la presse d’une pratique donnée, etc. –, avant de s’atténuer puis de rebondir en une autre occasion, sur un autre enjeu.
 
Si ce débat semble sans fin, c’est certainement parce que chacune des deux grandes positions qui le structurent aboutit à une impasse : les « républicains » se voient reprocher d’en appeler au caractère abstrait de droits qu’il est de plus en plus difficile de traduire en actes, les « démocrates » sont accusés de risquer à tout instant de faire le lit du communautarisme. La polarisation intense du débat conduit à ignorer souvent les positions qui semblent intermédiaires, ou capables de conjuguer les deux pôles du débat ; on le voit par exemple avec les propositions de « multiculturalisme libéral »faites par le politologue Will Kymlicka, trop peu connues en France. Le groupe du Lab « Égalité/Diversité/Solidarité » qui s’est réuni à partir du mois de novembre 2008 était composé pour l’essentiel de chercheurs en sciences sociales, majoritaires, et d’une petite minorité d’acteurs politiques. Tous étaient déjà très impliqués sur ces enjeux, par la recherche ou dans l’action. Un tropisme « démocrate » chez plusieurs de ses membres, pour parler comme Régis Debray, n’a jamais empêché des points de vue nettement « républicains » de s’y faire entendre et de faire valoir leurs arguments, y compris, précisément, de la part des plus « démocrates » – il est apparu d’emblée que la principale fonction du groupe était de dépasser ou transcender ce clivage. La méthode de travail retenue a alterné séances «fermées », entre membres du groupe, et séances « ouvertes », dans lesquelles des invités extérieurs au groupe ont, plus que d’être simplement auditionnés, participé à ses échanges. L’affaire de la « burqa » a surgi en juin 2009, et le groupe y a consacré de longs échanges. Le lancement par Eric Besson d’un « débat » sur l’identité nationale est survenu alors que nos travaux touchaient à leur fin, du moins pour cette phase, mais la comparaison avec un autre débat, mené au Québec à propos des « accommodements raisonnables » a apporté un éclairage utile sur l’expérience française.
 

Le groupe s’est mis d’accord en février 2010 sur un rapport d’étape, qui a été mis ensuite en débat, lors de trois réunions thématiques consacrées la première, à la question de l’éducation, la seconde au logement, la troisième aux statistiques dites « ethniques », avec pour chaque séance la participation de responsables politiques plus directement concernés, et de chercheurs spécialisés. Une dernière réunion du groupe a mis au point le rapport définitif et avancé les propositions qui figurent en conclusion.

 

>> Pour télécharger le rapport, cliquez sur le lien ci-dessous