Vie du PS Lundi 30 Août 2010 à 10:55
Emmanuel Maurel - Discours de clôture de l'Université d'été

C'est l'image de cette édition 2010 que je veux retenir : des ateliers bondés, des questions qui fusent, des débat qui se terminent tard dans la nuit. Un parti vivant, un parti ouvert, qui travaille, qui réfléchit, qui débat, qui aime la confrontation d'idées, qui aime la controverse intellectuelle puisqu'elle nourrit et enrichit.
C'est aussi un université qui nous a permis de mesurer le chemin parcouru depuis un an. Oui, que de chemin parcouru en un an! Souvenez vous, une seconde seulement, de nos inquiétudes de l'année dernière. On nous sommait de nous prononcer sur l'alliance avec le centre. C'était urgent, c'était vital. Finalement, le centre s'est révélé introuvable...ou à droite, et c'est très bien comme ça.
Les plus pessimistes prophétisaient même la disparition de notre organisation. Un grand cadavre à la renverse! Un astre mort! Nous n'avons peut être pas encore rallumé tous les soleils, comme dirait Jaurès, mais l'astre lui toujours, et le cadavre affiche une belle vigueur. Alors certes, il y a un petit bémol. Pas de petites phrases assassines, pas de coups de mentons, pas de concours de trombines. Du coup, les solférinologues sont un peu chagrins. J'ai même entendu un commentateur dépité marmonner « quand même, vous nous aviez habitués à mieux ».
Chers camarades, j'ai envie de dire : dans ce domaine, celui des querelles et des crocs en jambe, continuons à décevoir! poursuivons le sevrage! Continuons la désintox. Chacun s'est félicité de l'esprit de responsabilités des ténors et des sopranos du parti socialiste. C'est vrai.
Mais ce que je retiens surtout, c'est l'état d'esprit des milliers de militants qui ont participé à nos travaux. J'ai parlé de cette envie de débattre, de ce besoin d'emmagasiner des arguments pour repartir au combat. Mais j'ai surtout envie de retenir cette aspiration profonde, vraie, sincère, au rassemblement des socialistes.
Cette soif d'unité, elle est palpable, elle est tangible. Les militants socialistes sont à l'image du peuple de gauche. Ils veulent participer au combat social, pas au combat des chefs. Ils veulent bien aller à la castagne, mais contre la droite.
Car au delà de notre parti, au delà même de la gauche, il y a la France et les Français. Et il est facile de mesurer aujourd'hui leur inquiétude, leur exaspération souvent, leur résignation parfois.
Inquiétude, car la crise est toujours là. Pour une infime minorité, la crise est déjà un lointain souvenir. Pour la majorité de nos citoyens, elle est une réalité quotidienne.
D'ordinaire, il y toujours les ravis de la crèche néo libérale qui sont là pour expliquer, tels le Pangloss de Voltaire, que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Qu'en dépit des krachs, des soubressauts boursiers et des licenciements en cascade qui vont avec, la main invisible du marché va tout remettre en ordre.
Aujourd'hui pourtant, les grands prêtres du capitalisme financier transnational se font discrets. Et pour cause. Rien n'a changé. Ou plutôt si. Les inégalités ont augmenté. Les riches se sont enrichis. Et les principaux responsables de la crise, les apprentis sorciers de la finance, les banquiers voyous, sont finalement, « passés entre les gouttes ».En quelques mois, les rémunérations et les bonus sont redevenus obscènes. La spéculation a repris de plus belle. Et les grandes promesses de régulation du système financier international ont été vite oubliées.
Et même si les citoyens n'entendent rien aux boursicotages et aux traficotages de ceux qui ne sont, après tout, que des bandits de grand chemin polis et cravatés, ils comprennent bien que quelque chose ne tourne pas rond. Que ce qui se passe heurte le bon sens élémentaire. je ne prendrais qu'un seul exemple. Je lisais une dépêche récemment qui annonçait qu'une fameuse agence de notation s'inquiétait des politiques de rigueur mises en œuvre par les gouvernements européens. Voilà l'illustration éclatante de l'impasse complète d'un système qui d'un côté sanctionne les Etats pour avoir sauvé les marchés financiers à coups de milliards d'euros publics, et qui de l'autre s'inquiète parce que les plans de rigueur qu'ils ont eux mêmes imposés aux Etats vont aggraver la crise économique en raison des mesures d'austérité prises contre les populations.
« Tout pour nous et rien pour les autres » : c'est ainsi qu'Adam Smith résumait ainsi l’état d’esprit de ceux qu’il appelait « les maîtres de l’espèce humaine ». Plus de deux siècles après, qui pourrait nier que c’est toujours cette impression qui domine. « Nous ne paierons pas votre crise », entendait-on dans des manifestations récentes. Comment ne pas comprendre cette indignation ? Et surtout, comment ne pas la partager ?
Chers camarades, nous devons entendre cette radicalité. Elle s'exprime partout en Europe, elle s'exprime bien sûr en France. Et si les socialistes, si la gauche européenne, se contente de pâle et tièdes réponses, d'analyses aussi sophistiquées que vaines, alors le danger est grand de voir prospérer des mouvements dangereux qui font leur miel de la désespérance des peuples.
Alors oui, dans ce contexte de crise, les français sont inquiets.
Inquiets pour l'avenir de notre modèle social, auquel ils sont pourtant si attachés. Inquiets pour leur emploi et leur pouvoir d'achat, car ils ont compris qu'ils allaient devoir travailler plus longtemps...pour gagner moins. Inquiets, et aussi exaspérés. Car Sarkozy ne se contente pas d'échouer, il échoue dans le déshonneur, il échoue dans l'indignité.
L’affaire « Woerth Bettencourt » intervient au moment même où les pouvoirs publics engagent de front la « mère de toutes les batailles », (la « réforme des retraites ») et le « chantier de la rigueur ». Même les plus enthousiastes supporters du président peinent à dissimuler leur embarras : demander à l’immense majorité des Français de faire des « sacrifices » au moment où s’étale au grand jour la mansuétude dont bénéficient une minorité de privilégiés qui ne seront jamais inquiétés, cela fait un peu désordre. Voilà. C'est maintenant à nous de jouer notre rôle. C'est à nous d'incarner, selon la sublime formule de Lula, le parti de tous les jours de la vie. Mais comprendre l'aspiration des Français, c'est ne pas se tromper de diagnostic. C'est une erreur de croire que nos compatriotes aspirent simplement à changer de têtes et à changer de pratiques. Qu'à tout prendre, il préfèrerait un rigueur de gauche à une rigueur de droite. Que la seule différence entre nous et nos adversaires ne se situe pas dans le partage du gâteau, mais dans celui des miettes.
Notre rôle n’est pas simplement de « faire mieux ». D’abord parce qu’il est difficile de faire pire. Notre rôle n'est pas non plus de limiter la casse. Non, ce que les Français attendent de nous, c’est de porter haut l’exigence du changement. Un changement qui passe par une révolution fiscale, par la poursuite de la réduction du temps de travail, par la préservation des biens collectifs, par la construction d'une autre Europe.
Cette université d'été avait vocation, au delà du plaisir des retrouvailles, à redonner de l'énergie, du courage, de la pugnacité.
Dans quelques jours se tiennent deux manifestations importantes. Importantes parce qu'elles concernent les deux piliers de notre identité politiques : la redistribution des richesses, la promotion de la démocratie.
Alors, le 4 septembre, nous participerons à la manifestation unitaire pour la défense des libertés publiques. et le 7, à la manifestation unitaire pour la défense des retraites. Les Français nous y attendent. Nous serons au rendez vous.
