Vendredi 24 Août 2012 à 18:43
La recomposition de la droite rime donc avec l’alliance avec le FN.

Laurent Lafaye, premier secrétaire fédéral de la Haute Vienne, s’applique à dresser le portrait de la droite ces dernières années. Il précise d’emblée que le phénomène essentiel et la ligne directrice du mouvement depuis 25 ans est l’émergence et l’essor du Front national, et les questions qu’il suscite en termes électoraux et idéologiques. L’alerte remonte aux élections cantonales de 2011 où le FN s’installe dans des régions de tradition socialiste (Limousin, Bretagne). En 2012, la droite républicaine opte pour la stratégie du « ni-ni », qui illustre la porosité des électorats. La division issue de la défaite marque la fin du parti unique ; les digues ont sauté entre l’UMP et le FN, et les élections municipales de 2014 pourraient être l’occasion d’une nouvelle configuration de la droite, désireuse de revanche.
François Dabi, directeur général de adjoint de l’IFOP, chiffres et enquêtes à l’appui, observe l’effondrement inédit de la droite à tous les scrutins à deux tours depuis 2007. En cause, la porosité des discours de l’UMP et du FN, comme le montre la banalisation de l’association « immigration – insécurité ». L’artisan de cette chute ne serait autre que Nicolas Sarkozy, qui a cannibalisé les valeurs traditionnelles de son parti (mérite, esprit d’entreprise) au profit des siennes (puissance de l’argent, l’ami des riches).
Pour Florence Haegel, directrice de recherche à la FNSP, le sarkozysme a en effet modifié en profondeur la droite républicaine. D’abord dans le domaine organisationnel : le parti a été gelé entre 2007 et 2012 de façon exceptionnelle ; les instances ont supprimé purement et simplement le poste de président du parti au profit d’un secrétaire général choisi par l’Elysée et ratifié par le bureau politique ; l’introduction des courants, en 2002, est également suspendue, même si elle devra être remise au goût du jour lors du prochain congrès de novembre : pour la première fois les militants pourront voter sur des motions. Nicolas Sarkozy a aussi altéré le mouvement de façon idéologique, notamment en le radicalisant sur les questions d’immigration et d’identité nationale. Dorénavant, les courants et sous courants se rapprochent du FN, marqués par la guerre d’Algérie et la décolonisation.
Des études européennes ont montré que lorsque la droite républicaine s’allie avec l’extrême droite, celle-ci s’affaiblit, mais ses thèmes s’épanouissent. La recomposition de la droite rime donc avec l’alliance avec le FN.
