La société des seniors
La tonalité de certaines interventions des spécialistes du vieillissement réunis par Charlotte Brun, a suscité de vives réactions, voire la réprobation de quelques uns de participants à cet atelier. Une militante a remarqué le départ de tous les non-seniors de la salle avant la fin de l’atelier tandis que Pascal Terrasse, député de l’Ardèche, avait souligné auparavant que, "quel que soit notre âge, nous avons éternellement trente-cinq ans dans notre tête" … Comment aborder un moment de la vie sans pour autant en faire une fatalité? Tout le paradoxe de ces questionnements a créé "l'ambiance particulièrement vivante" de ces débats.
Qu’est-ce qu’un « senior » ? C’est l’opus de Serge Guérin, La société des seniors (paru en 2009) qui a inspiré l’idée de cette rencontre. L’augmentation du poids démographique des plus de soixante ans (qui seront plus nombreux que les moins de vingt ans en France en 2014) et la réflexion sur les nouveaux besoins et services induits doivent nous inciter à repenser notre société et notre conception de la solidarité.
Pourtant, les intervenants comme les participants ont été avant tout soucieux de préciser les termes à employer et de combattre les préjugés qui sont attachés, à une population vieillissante. La construction du projet dans ses détails (fiscaux, économiques, professionnels) fera l’objet de discussions ultérieures, en commission nationale et sur la Coopol et surtout lors des travaux de préparation de la Convention sur l’égalité réelle.
La première conclusion que l’on peut tirer de cet atelier est que les militants expriment un grand besoin de réflexion globale. Françoise Tenenbaum, adjointe au maire de Dijon en charge de la culture et de la santé (délégation déjà intéressante dans sa construction) a ainsi présenté les réalisations très innovantes de sa commune. La prise en compte des attentes des administré-e-s âgé-e-s a ainsi conduit la municipalité à imaginer un quartier de logements adaptés, avec des services collectifs, en centre ville. Cette initiative a été diversement commentée par les participants (prompts à dénoncer le risque de « ghettoïsation »). Surtout, tous ont exprimé le souhait que les expériences municipales servent une réflexion globale et un projet construit à l’échelle nationale.
Le problème qui se pose alors est celui de la définition du public concerné : « seniors », « personnes âgées », « aînés », voire « vieux » ? Comme le remarquait malicieusement Serge Guérin, les vieux sont ceux qui ont quinze ans de plus que nous. Le plus important est de veiller à ne pas adopter un vocabulaire qui stigmatise les inactifs. Les retraités d’aujourd’hui sont émancipés de la condition salariale, ils ne sont pas pourtant des charges pour la société.
C’est la seconde conclusion importante à retenir : le vieillissement ne doit pas être considéré comme un coût (le fameux mythe des dépenses de santé qui explosent dans les six derniers mois de la vie a volé en éclats) mais comme une autre manière de concevoir son existence. Les plus de soixante ans ne sont pas « inactifs » : ils sont bénévoles, aidants familiaux (leur moyenne d’âge est de 77 ans), ils gardent leurs petits-enfants. Surtout, ils transmettent un savoir, une expérience … qui peut aussi compenser la perte de temps liée à un organisme plus rouillé que celui d’un trentenaire.
Toutefois, et c’est le troisième enseignement de l’atelier, un trentenaire aussi peut se trouver, en raison d’une maladie ou d’un handicap, en situation de dépendance. Il n’y a aucun point commun entre un jeune sexagénaire dynamique et un centenaire très dépendant. Pourquoi, plutôt que l’âge, ne pas prendre en compte le niveau de perte d’autonomie en créant une cinquième branche de la sécurité sociale qui fusionne enfin la prise en charge de l’âge et du handicap, comme prévu dans la loi de 2005 ?
Le gouvernement, à la suite du rapport de Valérie Rosso-Debord publié en juin, suggère de rendre obligatoire une assurance « dépendance » à partir de cinquante ans, proposant de privatiser le risque de la dépendance et entretenant une angoisse dans la société alors que seulement 15% des plus de 85 ans sont dépendants …
Au contraire, les intervenants ont insisté sur la nécessaire prise en charge de la perte d’autonomie par la solidarité nationale, et notamment par l’impôt, pas seulement pour des raisons de justice sociale. Aussi parce que c’est en amont, avant la survenue de la dépendance, que la sécurité sociale doit assurer une prévention et par là même réduire les coûts et retarder la dépendance.
Au-delà, il s’agit aussi de montrer que la « dépendance » n’est stigmatisée que dans une société d’individus isolés. « Faire société », c’est aussi accepter et valoriser nos dépendances et interdépendances.

Avec près de 200 000 adhérents, le PS est le premier parti de gauche. Engagé pour la justice, la solidarité, les libertés, le PS agit au service du progrès social. Démocratique et décentralisé, il permet à chacun d'agir et de s'exprimer en son sein.
Secrétaires nationaux, élus locaux, groupes parlementaires, instances du PS... Les responsables PS agissent chaque jour pour faire la France qu'on aime.
Le PS débat, travaille et prend position sur tous les sujets, en lien permanent avec associations, experts, intellectuels, syndicalistes... Thème par thème, retrouvez toutes les positions du PS.
Mouvement de jeunesse, organisation internationales, chercheurs, think-thanks... Le PS est au coeur d'un réseau d'action et de réflexion socialiste présent au niveau local et international.
