Europe et international Samedi 28 Août 2010 à 12:33
Le défi migratoire
Alors que le sujet de l’immigration est dévoyé, déformé par les idées imposées par la droite et l’extrême droite ; Pouria Amirshahi, présidant cet atelier, défend la nécessité de penser les migrations en termes de développement, et en visant l’émancipation tous.
Gustave Massiah nous invite à réinscrire les migrations dans le temps long de l’histoire de l’humanité. Lorsque l’on étudie les migrations, on étudie les sociétés et le monde. Les migrants sont des acteurs, de leur société d’origine, de leur société d’accueil et de la société mondiale. Loin de toute approche humaniste, on assiste à une augmentation de la xénophobie, du racisme, des discriminations ; les immigrés sont les nouveaux boucs émissaires. Cela met en danger la démocratie dans nos sociétés. Il préconise donc d’affirmer l’enjeu de produire de la dignité.
El Mouhoub Mouhoud défend qu’il est important d’adopter une vision, objective, apte à déconstruire les idées reçues. On focalise par exemple les débats actuels sur les Roms, alors qu’ils constituent une proportion faible des flux migratoires. Autre exemple, on ne reçoit pas toute la misère du monde. Cela coûte cher de migrer et on reçoit au contraire les plus qualifiés ; bien que le statut qu’on leur impose en France ne permet pas de révéler leurs compétences.
Hervé Le Bras rappelle que personne n’est responsable du pays où il est né, ou de la nationalité de ses parents ; on devrait donc avoir la liberté de migrer. Mais en France aujourd’hui, les droits des migrants régressent : les régularisations se font dans l’arbitraire le plus total ; les politiques de retour ne le sont pas, ce sont des politiques d’expulsions ; et un droit de circuler librement entre la France et le pays d’origine des migrants reste à construire.
Carles Marti a commencé par remercier le Parti socialiste français de son invitation, afin de partager les idées, et montrer que le socialisme est un mouvement international dépassant les frontières, rassemblant les Hommes au delà de leurs origines. Il souligne qu’il est nécessaire d’aborder les migrations en accord avec nos principes idéologiques. Ainsi, à Barcelone, il fait en sorte de construire une ville interculturelle, une société plurielle, diverse, composée d’Hommes libres et égaux.
Jérôme Martinez déplore que nous assistions à la construction de l’image de «l’étranger » comme un problème associé au chômage, la délinquance, etc. La gestion des migrations est exclusivement répressive, policière et sécuritaire. Les droits des migrants sont de plus en plus réduits et nous allons au delà de ce qui est admissible pour une démocratie. Il défend que le respect des droits doit être le principe fondamental des politiques migratoires à inventer.
Sandrine Mazetier conclut cet atelier par un appel à changer la manière de voir les migrations. C’est notre devoir de lutter contre les amalgames que propagent la droite et l’extrême droite. Dans les semaines à venir, les questions de migrations, de développement, de politiques menées à l’échelle européenne seront au cœur de la convention internationale qui se déroulera le 9 octobre, et sera l’occasion d’approfondir ces débats.
