Mardi 22 Février 2011 à 10:18
Le droit au bonheur...
16/02/2011
Une auberge de jeunesse dans le 19e, plutôt sympa, le long du canal : ambiance bar un peu branché… beaucoup de jeunes présents quand nous sortirons de notre rencontre au sous-sol dans cette salle vaste un peu froide. Comme à Aubervilliers ou à Bordeaux nous rencontrons des jeunes et essayons de cerner leurs rapport à la société, leurs attentes, leurs réactions devant les propositions du PS les concernant.
Les jeunes arrivent les uns après les autres, souriants, se demandant un peu ce qu’ils viennent faire. Ah ! oui ! on nous demande notre avis, (pour une fois !) …. Un soupçon de crainte chez l’une des filles, un soupçon à peine perceptible « et si on allait m’enrôler », « n’ayez pas peur on ne vous demandera pas de vous encarter à la fin de la réunion mais cela nous intéresse de savoir ce que vous pensez … du travail actuel du PS », la voilà rassurée prête à discuter … Elle correspond bien à un profil de jeune assez identifié dans les travaux sociologiques, pas trop d’idéologie, pas d’engagement partisan , plutôt des attentes pragmatiques …
Ils sont (presque) tous là ! l’un d’entre eux arrivera plus tard… difficile d’arriver quand le groupe est constitué et vous tient inconsciemment à l’écart … il faut se présenter, rentrer dans la discussion laquelle peu à peu se précise. Des points de convergence : oui les services publics en France c’est ce qui marche (éducation, hôpitaux, culture) enfin c’est ce qui a marché et qui menace de ne plus marcher. Il faut absolument les défendre … Changement de registre : un jeune, leader spontané du groupe souligne à quel point le pessimisme marque les discours de tout le monde et notamment quand on parle de la jeunesse et de son avenir... Il insiste sur un point, vite rejoint par les autres : « le bonheur » …. Ce qu’il faut rechercher ce sont les conditions qui vont permettre le bonheur … Conditions indispensables : boulot (donc argent, de quoi vivre), logement, le bonheur est au-delà des conditions matérielles mais il ne peut advenir sans ces conditions matérielles …. Les politiques n’en prennent pas assez conscience et contribuent à nous enfermer dans le pessimisme. Il faut ouvrir des horizons, des perspectives, donner envie…
La lutte contre les inégalités est aussi ce qui semble essentiel à ces jeunes. Deux étudiantes provinciales ont découvert le scandale de ceux qui vivent dans la rue en arrivant à Paris… Elles ne prônent pas la révolution pour autant dans « ce qu’il faut changer », plutôt des changements d’échelle, une économie écologique, de proximité… un monde plus propre et plus rassurant peut-être ? Un autre (engagé il est vrai ) martèle cette nécessité de lutter contre les inégalités … R. arrivé en retard montre son intérêt pour la chose publique mais pose sans se lasser la question qui lui semble primordiale « comment ? comment allez-vous faire ces changements ? comment allez-vous vous y prendre ? ». Autrement dit, pas de promesses dans le vide, des promesses oui, mais donnez-nous la garantie que vous pourrez les tenir… Et les mesures proposées par le PS ? Certaines emportent l’adhésion sans hésitation : le CV anonyme (vraie mesure anti-discriminatoire pour eux), l’allocation d’autonomie demande plus de réflexion (conditions de ressources ou non ? plutôt non « mais quand même Jean Sarkosy n’a pas besoin d’allocation d’autonomie !!! » rires )
Ils sont étudiants, au bord de sa vie professionnelle pour l’un (le barreau), embarquées dans des études qui correspondent à une vraie vocation pour deux d’entre elles mais avec des débouchés incertains, une autre travailleuse déjà et lucide sur ce qu’elle voit dans la banque où elle est cadre, R. étudiant aussi qui « a rencontré Ségolène pour lui poser des questions » et qui n’est pas complètement d’accord avec elle … et qui se montre à la fois sceptique sur la faisabilité mais intéressé.
Ils sont lucides sur le monde, ne sont pas certains de pouvoir le changer pour certains et certaines, ils ont tous envie d’être heureux et apprécient d’être interrogés sur ce qui les concerne… Encore ne faudra-t-il pas leur donner l’impression qu’on les instrumentalise … encore faudra-t-il absolument « continuer » à écouter les jeunes.
Chantal de Linarès
Sociologue