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Parti socialiste

Europe et international Vendredi 5 Février 2010 à 12:35

Pour une mondialisation maîtrisée et solidaire - Introduction au cahier formation n°16

Les marchés, les entreprises, la production se sont mondialisés; les Etats, les partis, les syndicats sont restés, pour l'essentiel, des acteurs nationaux. Le capitalisme financier a conquis l'hégémonie au sein du monde des affaires et institué de nouvelles règles du jeu, favorables à ses intérêts particuliers.  La révolution numérique a facilité la globalisation des entreprises et profondément modifié les façons de commercer et de produire. Le ralliement de l'ex-URSS et de l'immense Chine au capitalisme sauvage a soulagé les classes possédantes de la "peur des Rouges", qui les avait poussées à accepter des compromis sociaux avantageux pour le mouvement ouvrier pendant les années de  guerre froide (1945-1990). 
 
Chacune de ces évolutions contribue à affaiblir le salariat et, à renforcer, à l'inverse, la puissance des détenteurs du pouvoir économique privé : actionnaires, chefs d'entreprise, financiers... Leur combinaison a rompu le rapport de force économique et politique institué au lendemain de la seconde guerre mondiale entre le Travail et le Capital, au profit de ce dernier.
 
Le Capital est mobile, il se déplace d'un clic, à la vitesse de la lumière.  Libre de sa localisation, il met en concurrence les territoires et privilégie le moins disant fiscal, social, environnemental... Il exige des "retours sur investissement" à deux chiffres.  Le modèle anglo-saxon de capitalisme lui convient infiniment mieux que les modèles européens continentaux -scandinave ou rhénan-, trop rigides à son goût et porteurs, selon lui, d'une société d'assistés. Le travail est abondant et bon marché, l'Armée industrielle mondiale de réserve est illimitée.  Les salariés et leurs organisations se battent sur la défensive.
 
C'est dans ce contexte défavorable aux travailleurs que s'est effectuée la "deuxième mondialisation", amorcée dès 1945, mais qui a pris son plein essor surtout depuis les années 1990. Conduite sous l'égide des Etats-Unis et des entreprises multinationales, elle a donné naissance à un type particulier de mondialisation : la mondialisation libérale.
 
Libérale, cette mondialisation l'est d'abord par l'idéologie qui l'inspire et qui la justifie.  Son crédo reprend les postulats du libéralisme économique : ses thuriféraires affirment que le développement optimum de l'économie mondiale exige la levée universelle et aussi rapide que possible, de tous les obstacles à la libre circulation des marchandises, des services et des capitaux.
 
Ils prétendent que la liberté des échanges et des investissements, dans un contexte de concurrence "libre et non faussée", permet la meilleure allocation mondiale des ressources, la meilleure spécialisation économique de chaque nation, la meilleure division internationale du travail.
 
Ils croient en la capacité des marchés à s'autoréguler et sont persuadés, à l'inverse, de la perversité des interventions de l'Etat dans la vie économique et sociale.  Ils souhaitent l'extension des rapports marchands au maximum de secteurs de l'économie.
 
Cette mondialisation est libérale ensuite par ses politiques,  codifiés dans les "Dix commandements" du tristement célèbre "Consensus de Washington".
 
Cette Table de la Loi du FMI et de la Banque Mondiale préconise, outre l'abaissement des barrières tarifaires sur les biens et les services, la privatisation des entreprises (car il n'est d'entreprise bien gérée que privée); la déréglementation de l'économie (car l'excès de règlement inhibe l'initiative);  l'équilibre budgétaire, en coupant dans les "dépenses improductives" : éducation, santé, protection sociale (car les déficits budgétaires sont sources d'inflation et d'évasion des capitaux); la réduction des taux supérieurs d'imposition (car les taux élevés découragent les investisseurs, donc l'activité...).[1] <#_ftn1>
 
Cette conception ne tient compte ni des leçons de l'Histoire, ni de celles de la théorie.
 
Les "Tigres" et les "Dragons" de l'Asie du Sud-est, comme avant eux le Japon, et aujourd'hui la Chine, ne se sont pas développés en respectant,  de près ou de loin,  ces préceptes libéraux, bien  au contraire. Ils se sont développés en protégeant farouchement leur marché intérieur, par une action conjointe de tous les acteurs sociaux -Etats, entrepreneurs, syndicats-, et en se lançant, à partir de cette base arrière surprotégée, à l'assaut des marchés occidentaux. Il en fut de même de l'Allemagne, des Etats-Unis, de la France, au XIXème siècle.

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La mondialisation libérale a permis une croissance économique mondiale exceptionnellement forte entre 1990 et 2007, le décollage de nombreux pays émergents, l'avènement d'une " nouvelle Révolution industrielle", celle de l'informatique et des biotechnologies, dont nous ne vivons aujourd'hui que les premières étapes.  Au cours de ces dix-sept années, la croissance des Etats-Unis a dépassé 3 % par an; 250 millions de Chinois et autant d'Indiens ont accédé à la relative aisance des classes moyennes; le nombre de misérables, ceux qui doivent survivre avec moins d'1 $ par jour, s'est réduit de 1,3 milliards en 1990 à 980 millions (avant de rebondir à nouveau avec la crise de 2008).  Il serait  stupide de nier ou d'ignorer ces réalités.
 
Mais cette mondialisation sauvage a produit une économie à la fois très inégalitaire, instable et vulnérable.
 
Trente années de libéralisation, de déréglementation, de privatisation des services publics, de retrait croissant de l'Etat de la vie économique et sociale, ont débouché sur la crise la plus grave que le capitalisme ait connue depuis 1929.  Crise économique et financière, bien sûr, mais aussi crise écologique et énergétique.
 
A cette mondialisation libérale, les socialistes n'opposent pas le repli de chaque peuple sur son pré carré national, à l'abri d'une illusoire Ligne Maginot.  On ne peut pas plus s'opposer aujourd'hui à la mondialisation, qu'on ne pouvait s'opposer à l'industrialisation au XIXème et au XXème siècle.  Mais on peut l'infléchir, l'orienter,  la façonner.
 
A la mondialisation libérale, les Socialistes opposent une autre mondialisation, maîtrisée et solidaire.  Définir le contenu de cette mondialisation humaniste, édifier les institutions internationales capables de la mettre en œuvre; rassembler les forces sociales et politiques nécessaires pour la faire triompher, telle est la Nouvelle Frontière de la social-démocratie au XXIème siècle.  Comme l'édification de l'Etat-Providence et de la démocratie sociale était la Nouvelle Frontière de la social-démocratie du XXème siècle; la conquête du suffrage universel et l'amélioration de la condition ouvrière étaient celle du socialisme au XIXème siècle.
 
La mondialisation de gauche pour laquelle nous combattons comporte six axes, détaillés dans cette brochure.
 

   1. Nous voulons substituer le juste-échange au libre-échange, et pour cela, faire adopter par les institutions internationales des normes sanitaires, sociales, environnementales, culturelles... non marchandes, opposables aux normes économiques du libre-échange[2] <#_ftn2> .  Le juste-échange, c'est celui qui assure la prise en compte pleine et entière de ces normes et des préférences collectives exprimées par les peuples  dans les traités commerciaux.
   2. Nous voulons instituer une nouvelle régulation de l'économie mondiale, et en premier lieu, du système financier international.  Il faut pour cela aller beaucoup plus loin que les pseudo-réformes du G20.
   3. Nous voulons améliorer la gouvernance mondiale et pour cela développer, compléter, démocratiser les institutions internationales : les agences de l'ONU (OIT, OMS, FAO, UNESCO) [3] <#_ftn3> mais aussi la Banque Mondiale, le FMI, l'OMC...  A quoi nous voulons ajouter l'OME (Organisation Mondiale de l'Environnement) et le Conseil mondial du Développement durable. Edicter de nouvelles règles de fonctionnement de l'économie et de la société  internationales, ne sert à rien si on n'édifie pas, dans le même temps, toute une architecture d'organisations internationales capables de les faire appliquer.
   4. Nous voulons poursuivre et parachever l'organisation continentale du monde en commençant par relancer et réorienter la construction européenne, dans le sens d'une Europe plus active, plus ambitieuse, plus sociale, plus  soucieuse de l'environnement.
   5. Nous voulons une mondialisation solidaire, qui s'efforce de combler et non de creuser les inégalités entre les peuples, et pour cela, qui se préoccupe d'aider au développement des plus déshérités.
   6. Nous voulons promouvoir une "mondialisation durable", engagée dans la lutte contre le réchauffement climatique, les pollutions  et pour la défense de la biodiversité.  Pour cela, nous prenons notre part à l'élaboration d'un nouveau modèle de croissance, respectueux de l'écosystème et soucieux des intérêts des générations futures.


L'Union européenne doit devenir le levier des cette réforme en profondeur de l'économie mondiale et de la société internationale. Tel est le grand dessein que forment pour elle les socialistes du Vieux continent.
 
Ce cahier formation ramasse, en 50 pages, nos analyses et nos propositions.
 
Henri Weber
Député européen, Secrétaire national adjoint, chargé  de la Mondialisation

[1]  Pour une critique de cette doctrine, voir Elie Cohen : "L'Ordre économique mondial", Paris, Fayard, 2001; Joseph Stiglitz, "La Grande Illusion", Paris, Fayard, 2002.

 

 

[2] Lire à ce sujet : Zaki Laïdi, La norme sans la force. L’énigme de la puissance européenne, Paris : Presses de Sciences Po, 2005.

[3] Pour les acronymes, voir le glossaire en fin d'ouvrage