Lundi 3 Septembre 2012 à 12:40
Prisons : l’alpha et l’omega de la sanction ?

Afin d’introduire le propos, Marie-Pierre de la Gontrie fait le point sur les 5 ans de sarkozysme. Elle évoque notamment l’inflation de la détention, à l’aide d’éléments chiffrés qui permettent de combattre l’idée reçue du laxisme des juges. Elle insiste en outre sur le fait que l’incarcération coute très cher, alors qu’on sait qu’elle n’amène pas la non récidive. La question des conseillers d’insertion et de probation doit se poser en termes de moyens, de fonctions, etc…
D. Raimbourg expose ensuite ce qu’est la « chaîne pénale » et insiste sur le problème de la surpopulation carcérale (en moyenne 117 %) qui se pose à la fois pour les personnels et pour la réinsertion. Comment la prison reste-t-elle une référence sachant ce que l’on sait d’elle ? Afin de répondre à cette question il convient d’abord de sortir du débat opposant aménagement des peines et prison. Il convient aussi de mentionner l’incompréhension du travail de la justice par les policiers et les surveillants de prison, de même que la déconnection des élus locaux. La seule réponse de la droite à la récidive, c’est l’augmentation des peines ; un mensonge simple semble passer mieux qu’une vérité complexe.
Comment construire une réponse de la gauche ? En associant plusieurs axes : la participation des citoyens dans les tribunaux, l’association des forces de police à la pénitentiaire d’une autre façon, la création d’un mécanisme de régulation de la population carcérale, et l’aménagement de la comparution immédiate. A plus long terme : revalorisation des amendes et réflexion autour de la contrainte pénale communautaire. Afin de nourrir le débat il est important de se souvenir que l’Allemagne a procédé à une désinflation carcérale sans procéder avec laxisme pour autant, c’est donc possible. Des obstacles restent à considérer : les chiffres de la délinquance sont en effet difficiles à évaluer avec précision. Il nous faut en outre combattre le discours simpliste de la droite et lutter contre les corporatismes. La défense des libertés doit s’accommoder du fait que la peine soit parfois attentatoire aux libertés privées.
Martine Lebrun s’exprime en tant que juge d’application des peines, qui intervient donc après la condamnation et s’occupe des détenus condamnés. Il s’agirait pour elle de faire des réformes qui tiennent compte des moyens. La peine économique des « jours-amende » peut être une solution, mais à prendre avec précautions. Le bracelet pose aussi des problèmes de suivi du condamné (maltraitance, vols). L’exemple de la Finlande, qui a d’abord procédé par une grande campagne d’information avant de mener des réformes pour expliquer que les sanctions hors détention sont néanmoins de vraies sanctions, gagne à être souligné.
Denis l’Hour s’exprime sur le contrôle judiciaire socio-éducatif et évoque les mesures d’aide à l’orientation de la décision pour les magistrats. Le travail des SPIP (services pénitentiaires d’insertion et de probation) pour les « sursis mise à l’épreuve » gagnerait à être valorisé, car il intervient dans le post-sentenciel. La question du cumul de difficultés des détenus : santé, éducation, etc... doit aussi se poser. Ils subissent en amont bien souvent un long processus d’exclusion. Préparer la sortie et les aménagements de peine semble incontournable et nécessite un travail sur l’organisation du suivi des détenus et l’articulation services publics-secteur associatif. L’intervenant note aussi que la France a un retard en ce qui concerne la prévention de la délinquance et de la récidive dû en partie à un problème de statistiques. L’issue vient certainement de la prévention, mais elle est difficile à faire admettre à la population.
