Quelle défense pour la France aujourd'hui ?
Parce qu’il peuvent apparaître comme techniques, les débats sur la défense ne passionnent pas toujours le plus grand nombre. Pourtant, cet atelier animé par Clotilde Valter a montré à quel point ceux-ci sont essentiels dans un monde où la menace a changé, est multiforme. Dans cette séquence de préparation du projet présidentiel, il avait vocation à entendre la parole d’experts sur les orientations proposées par le Parti socialiste en matière de défense.
Pour tenir compte du nouvel état du monde, il faut réexaminer en profondeur notre approche de la sécurité internationale et des conséquences qui en découlent pour la politique de défense. C’est l’exercice auquel Jean-Louis Auduc, Dominique Combles de Nayves et Paul Quilès se sont livrés avec brio.
Le terrorisme n’est pas une menace militaire et ne peut être assimilée aux menaces d’invasion ou d’agression du passé. La stratégie de dissuasion nucléaire était, par excellence, l’instrument de l’équilibre militaire entre l’Est et l’Ouest dans la période de la guerre froide. La question de sa pertinence se pose donc dès lors que la confrontation des blocs a pris fin.
Du retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN à l’émergence du concept de sécurité nationale, la présidence de Nicolas Sarkozy a marqué une série de ruptures inquiétantes. La loi de programmation militaire (2009-2014), qui se base sur les conclusions du livre blanc n’est absolument pas à la hauteur des enjeux.
Comment organiser de manière durable la sécurité de l’espace européen ? Le Parti socialiste avait contribué à faire émerger une Europe de la défense, les décisions qui sont prises actuellement vont à l’encontre de cette ambition.
L’idée d’intégrer dans les missions de la défense nationale la protection de la population vivant sur le territoire national en cas de trouble à l’ordre public a été jugée préoccupante par les intervenants. La politique de défense doit être strictement distinguée de la politique de sécurité intérieure et on ne peut pas accepter la confusion qu’entretient l’attribution aux armées de missions de sécurité sur le territoire national.
La présence des troupes françaises en Afghanistan a fait l’objet de nombreux commentaires. « Pour quelles raisons, quels motifs, des soldats meurent-ils en mission aujourd’hui ? » a t-on par exemple entendu lors d’une intervention. Les questions de la salle ont été riches et nombreuses. Quelle politique européenne de la défense ? Comment répondre au malaise des armées ? Dans un contexte de crise budgétaire, comment le PS doit-il hiérarchiser ses priorités ?
« Un peu d'internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d'internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l'Internationale ; beaucoup de patriotisme y ramène. » disait Jaurès. A la veille du centenaire de la publication de l'Armée nouvelle, son œuvre majeure sur ces problématiques, le débat était passionnant.

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