Europe et international Vendredi 24 Août 2012 à 19:49
Quelle politique étrangère de la France face aux nouveaux (dés)équilibres et aux nouveaux rapports de force ?
JC Cambadélis a cité les principales mutations qui caractérisent la transition du monde actuel et influent sur nos vies comme sur nos espoirs pour des changements réels. De la période bipolaire qualifiée d’«équilibre de la terreur», nous sommes passés à celle de la «terreur des déséquilibres». La domination occidentale n’est plus, et la multipolarité a multiplié les capacités de concurrence sur les plans politiques, diplomatiques et économiques. A ces mutations, s'ajoutent celles engendrant les crises de la mondialisation, écologiques et énergétiques, sanitaires, etc. Tout cela pose également des difficultés à la construction européenne.
Malgré ce constat, le Directeur de l’IRIS, Pascal Boniface, reste optimiste quant aux marges de manœuvre s’offrant à la France. Il n’accepte pas le discours du reniement, caractéristique de l’attitude de N. Sarkozy qui avait rattaché et réduit le rôle de la France à la seule sphère occidentale : « le monde attend autre chose de la France ». Avec conviction, il décrit les attentes à l’égard de notre pays, dont le rayonnement est possible que par une approche multilatéraliste. Toujours reconnue par sa capacité à «penser globalement» au-delà de ses seuls intérêts, à être un «laboratoire d’idées», la France est en mesure d’élaborer des coalitions innovantes avec les pays émergents, lesquels se sentent alors écoutés.
Le chercheur du CERI, Alain Dieckoff, a décrit les récentes évolutions causées par la recomposition du monde arabe. Malgré la situation mouvante et diversifiée suivant les pays concernés, les soulèvements ont eu un effet de diffusion dans tous ces Etats et ils s’inscrivent dans la durée. Les points de repère des diplomaties occidentales ont changé, et les cadres d’actions multilatérales devront être redéfinis. Des ajustements sont alors requis, mais ils sont autant difficiles que les nouveaux pouvoirs en place demeurent fragiles, qu’ils recherchent leur propre identité, et qu’ils seront moins accommodants avec les Occidentaux que leurs prédécesseurs. La France a donc raison d’accompagner ces situations post-révolutionnaires tout en mêlant fermeté du langage (i.e. Syrie) sur les principes et prudence dans l’action (i.e. changements bloqués dans le Golfe persique).
Chercheur au CERI, Marie Mendras a relevé les nombreux paradoxes de la politique étrangère de la Russie dans son rapport avec l’Europe et les Etats-Unis. Le cas de la Syrie permet de mieux appréhender la difficulté à comprendre la Russie. Sa politique étrangère est reliée à sa politique intérieure. Non seulement V. Poutine a des raisons de craindre la chute d’un dictateur, mais la Russie est en quête de sa puissance perdue. Ainsi, elle peut s’imposer lorsqu’un conflit dure et que sa voix doit être écoutée. Cela invite la France comme l’Europe à dialoguer avec Moscou avec pragmatisme, en sachant ce que la Russie peut ou ne pas faire.
Elisabeth Guigou s’est montrée résolument optimiste sur les capacités de la France et de l’Europe à adopter des approches créatives. A l’instar du cap fixé par le président F. Hollande, comme pour le Pacte de croissance et de stabilité, la crise de la zone euro, cette « crise de la décision politique et de la légitimité démocratique », doit d’abord être dépassée. La politique étrangère européenne en ressortira grandie, ce qui est nécessaire pour répondre aux espoirs : la France et l’Europe doivent renouer avec les attentes des autres (i.e. Maghreb, Afrique).
L. Fabius a rappelé que pour les socialistes, la France c’est celle qui prend la parole aussi pour ceux qui ne peuvent pas la prendre. Elle conjugue le singulier et l’universel. Ainsi, la diplomatie actuelle défend fermement les intérêts du peuple syrien, pour éviter qu’un nouveau chaos s’instaure après la chute du dictateur. Les principes socialistes pour la résolution du conflit israélo-palestinien restent intangibles : pas de paix durable ni de garantie pour la sécurité de l’Etat d’Israël sans justice pour le peuple palestinien. En seulement 3 mois, il est impressionnant de constater les changements opérés dans les affaires étrangères : retrait des troupes françaises d’Afghanistan entamé, dialogue avec la Turquie restauré, rapports fluides rétablis avec l’Algérie, principe de la taxe financière sur les transactions financières acquis. Mais les défis demeurent. Les mutations démographiques comme celles des conflits, en particulier du terrorisme, sont tout aussi importantes pour l’avenir. Il est également vital de faire renaître la confiance envers l’Europe.
