Mardi 21 Septembre 2010 à 16:33
Roms: Comment aller de l'avant ?

(Entretien croisé, fin)
Christophe Robert et Pouria Amirshahi avancent les grandes lignes d'une politique inclusive permettant de mettre fin aux discriminations et d'améliorer la condition des populations tsiganes.
Quelles seraient alors les grandes orientations des politiques à mener pour améliorer la situation des gens du voyage en général ?
Christophe Robert : Il y a plusieurs choses. Tout d'abord, il faut absolument et très rapidement supprimer toutes les discriminations institutionnelles aujourd'hui dénoncées par la Halde : obligation d'être rattaché à une commune depuis trois ans pour être inscrit sur les listes électorales (contre six mois pour les autres catégories de population), carnet de circulation à faire contrôler tous les trois mois...
Ensuite, il faut faire évoluer certaines lois ou dispositions administratives. Par exemple, la caravane n'est pas reconnue comme un logement. Cela pénalise fortement les familles qui n'ont ni droit à l'aide au logement ni d'accès aux prêts préférentiels logement.
Il y a d'ailleurs également un important travail à mener sur la question de l'habitat. Il faut bien sûr commencer par appliquer les lois : il est scandaleux que vingt ans après il n'y ait que cinquante pour cent des aires d'accueil prévues. Néanmoins, il faut aussi les faire évoluer. Je m'explique : nous devons aujourd'hui prendre en compte une réalité des modes d'habitat des gens du voyage qui ne sont pas dénués d'ancrage territorial. De quoi ont vraiment besoin les familles ? Avant tout d'un espace privatif, d'un terrain propre où elles peuvent revenir. Cela aura un impact très positif sur la scolarisation, la santé, la citoyenneté... Aujourd'hui, beaucoup de familles tournent faute de pouvoir se stabiliser là où elles le souhaiteraient.
Enfin, le dernier volet consiste à mener un travail de pédagogie et de rencontre pour changer de regard. Les débats de cet été montrent que le chemin est long. Mais la méconnaissance, la peur dont on parlait tout à l'heure doivent pouvoir être effacées par la pédagogie. Cela se joue essentiellement au niveau local : il s'agit par exemple d'organiser des rencontres entre gens du voyage et voisins sédentaires. De manière générale, il faut rompre avec l'ignorance sur cette question. C'est une responsabilité de l'État et des collectivités locales de favoriser ce travail de pédagogie et la construction de passerelles entre les populations. Plutôt que d'agiter le chiffon rouge et de livrer un bouc émissaire à l'opinion comme cela a été fait ces derniers mois, un président de la République comme un maire a la responsabilité d'éclairer le débat.
Pouria Amirshahi : Je ne vais répéter que pour le plaisir puisque je suis tout à fait d'accord sur ces points. La lutte contre les discriminations qui concernent les gens du voyage, mais aussi les autres, est un combat universel. Ensuite, il s'agit effectivement de renforcer les dispositifs d'accompagnement, l'établissement d'aires d'accueil viables, c'est à dire sans surpopulation, avec les conditions hygiéniques nécessaires, des services à proximité...
Enfin, il faut en effet renouer avec ce rêve prométhéen que tout grand réformiste, ou révolutionnaire d'ailleurs, porte en lui ou en elle : l'action longue de l'esprit et de la raison par l'éducation, la pédagogie, l'accompagnement individuel payent un jour au l'autre. Concrètement, cela passe par des mesures de renforcement de la médiation sociale, d'accompagnement individualisé dans les services sociaux. Il ne faut pas nier les peurs, les fantasmes que peuvent générer l'arrivée d'un campement ou d'une communauté dans une ville. C'est pour cette raison qu'il faut l'annoncer, organiser des rencontres entre les représentants de la communauté et ceux de la municipalité... En agissant sur le temps long, il sera possible de définir une politique publique qui intègre mais qui reconnaît aussi l'identité d'un groupe qui tient à préserver ses codes et son mode de vie.
Propos recueillis par Pierre Boisson