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Parti socialiste

Mardi 21 Septembre 2010 à 17:51

Roms: "Les éternels étrangers de l'intérieur", l'importance de la terminologie

(Entretien croisé, 1ere partie)

Après un été marqué par les dérapages et les stigmatisations, Christophe Robert et Pouria Amirshahi reviennent sur l'importance de la terminologie et la signification de la circulaire désignant la population rom.

L'ouvrage s'attache à définir précisément les différentes populations tout à tour désignées comme roms, tsiganes ou tout simplement comme gens du voyage... Quelle importance devons nous accorder à la terminologie ?

 

Christophe Robert : la terminologie est, je crois, fondamentale. Tout d'abord, il faut distinguer les populations étrangères - citoyens européens - des populations françaises. Les populations étrangères, qui se qualifient elles-mêmes de « roms », viennent essentiellement de Roumanie, de Bulgarie et du Kosovo. C'est une problématique spécifique, avec des réalités et des besoins particuliers. Ensuite, il y a des citoyens français qui se définissent d'abord comme français mais aussi, en fonction de leur histoire, comme gitans, manouches, yiddish, roms ou voyageurs tout simplement. Comme un breton peut se dire français et breton. Enfin, une appellation administrative, celle de « gens du voyage,» vient se rajouter, renvoyant à des populations mobiles qui ont des activités ambulantes.

En résumé, la terminologie n'est jamais innocente et c'est pour cela qu'à mon sens il est important de partir de comment les gens se définissent eux-mêmes. Après ce mois insupportable, enclenché par une politique très préoccupante, on a vu des familles qui n'ont parfois jamais quitté la France, dont les parents se sont battus pour leur pays, devoir revendiquer leur appartenance française! Les dérapages dans les médias et l'utilisation de terminologies confusionnantes feront et ont déjà fait des dégâts. 

Pouria Amirshahi : on savait Nicolas Sarkozy capable de toutes les références honteuses explicites ou subliminales à travers son discours xénophobe, c’est-à-dire qui stigmatise l’étranger. Ces dérapages ne sont donc pas une surprise. Stigmatiser une population très fragilisée s'inscrit d'ailleurs dans la lignée de la politique menée par Nicolas Sarkozy depuis quelques années : il a fait de même avec les prostituées, il le fait avec les sans-papiers et avec tous ceux qui, dans le corps social, sont les moins aptes à se défendre et à s'organiser. En même temps, c'est douloureux car c'est le président de la république qui parle au nom du pays, qui fait honte à des millions de gens et, surtout, qui choque avec violence tous ceux qui ont, en différents points du globe, une autre idée de la France. On ressent de la honte et de la colère à l’égard de Nicolas Sarkozy de la même manière que des états-uniens à l’égard de George Bush en son temps.

 

Comment peut-on alors interpréter la circulaire du 5 août qui visait directement et explicitement la population rom ?

Christophe Robert : Cette circulaire est totalement inacceptable. Plus encore, je dirais qu'elle n'est pas anodine : désigner une catégorie de population dans une circulaire est extrêmement grave et rappelle les pires moments de l'histoire des populations tsiganes, une des populations les plus discriminées en France. Cela traduit quand même une lecture du monde et des autres sociétés très inquiétante.

Pouria Amirshahi : Au fond, je crois que ce sont deux fondamentaux, l'un français et l'autre européen, qui ont été bafoués. La France, c'est la République, et donc l'égalité par la non-distinction des communautés entre elles, même si elles ont bien entendu chacune leur façon d'être et de vivre. Ce fondamental-là a été bafoué par Nicolas Sarkozy qui, depuis 2003, tient un discours différencialiste,  privilégiant le « curé » au lieu de « l’instituteur », les « vrais français » face aux «français douteux», « les européens acceptables » et ceux qui seraient des inédisrables…D'un autre côté, il existe un droit européen tout aussi fondamental qui est celui des minorités. Ce droit a été lui aussi bafoué par la stigmatisation d'une catégorie de la population et par la non mise en œuvre de mesures d'intégration des communautés les plus exclues du développement comme le sont les populations tsiganes.

De toute façon, il est évident qu'une politique publique rationnelle, qui fait appel à l'intelligence, aux outils d'accompagnement sociaux, sera toujours plus efficace que la mise au ban d'une communauté.

Propos recueillis par Pierre Boisson

>> «Roms: l'étrangeté en question» - Retrouvez la deuxième partie ici