Education, recherche, culture Vendredi 21 Janvier 2011 à 13:43
Savoirs et émancipation : "Un collège commun et ambitieux"

Dans le cadre du Laboratoire des idées, le groupe de travail sur l'éducation "Savoirs et émancipation" s'est constitué à la fin de l'année 2009. En prise avec les réalités de l’école d’aujourd’hui et en relation avec le monde de la recherche, il livre ici un premier rapport sur le collège. Ce groupe, dont les travaux ont été rapportés par Laurent BESSE, a été animé par Patrick CLASTRES.
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INTRODUCTION :
Les enfants ne sont pas nés élèves. Or, de la maternelle au lycée, l’école est trop souvent vécue comme un milieu anxiogène par les jeunes et leurs parents, mais aussi par les professeurs, les autres personnels et les chefs d’établissement. Sont en cause, ici, la peur du chômage ou la crainte du déclassement social, ainsi que la fièvre évaluatrice qui affole le système éducatif dès les petites classes et participe d’un management à courte vue des professeurs. Ajouté à un processus très ancien de descente de l’université vers le primaire pour ce qui est de la répartition entre disciplines et de la confection des programmes - un tel gage de qualité scientifique doit être conservé et conforté mais repensé à partir des paliers de construction des intelligences -, tout cela aboutit à ne jamais considérer les élèves pour l’âge qu’ils ont. L’injonction de préparer à l’emploi plus qu’à l’avenir est sans cesse répétée à chaque étage du système éducatif, alors même que cet avenir est annoncé comme incertain, alors que les carrières sont déjà faites de métiers différents comme d’allers et retours entre emploi, formation et chômage.
L’impératif d’orientation préoccupe les parents dès le primaire, ce qui se marque dans le choix même de l’école. Piloté par la hiérarchie supposée ou réelle des filières scolaires, c'est-à-dire en fait par la grille des salaires et des métiers, il profite aux marchands d’angoisses (presse qui publie les classements d’établissements, cours privés…). D’où la nécessité de redéfinir les objectifs de chaque niveau d’enseignement en concordance avec les besoins des enfants et les différentes étapes de leur développement jusqu’à l’adolescence et l’entrée dans la vie adulte. Les familles, la société, et les jeunes eux-mêmes gagneront à ce que les différentes étapes de la scolarité soient clairement définies.
La réflexion du groupe a porté en priorité sur le collège, non pas pour le stigmatiser, mais parce qu’il est le dernier lieu éducatif traversé par l’ensemble d’une classe d’âge, et à ce titre un lieu fortement affecté par la paupérisation de larges pans de la société française. Pour de nombreux élèves et leurs familles, le collège est encore trop souvent vécu comme un lieu d’angoisses et de frustrations. Pour les uns, il est perçu encore comme un domaine élitiste, pour les autres, comme un temps d’abaissement des exigences scientifiques et humanistes. Quant aux enseignants, en dépit de leurs efforts depuis vingt ans, beaucoup ont le sentiment que le collège reste un lieu de faible intensité éducative. Et cela ne vaut pas seulement pour les établissements les plusdéfavorisés.
Il est du devoir de la gauche et du Parti socialiste de rappeler que la scolarité vécue en commun jusqu’à seize ans au moins est aux fondements mêmes de la République : le collège pour toutes et tous, sans filière d’aucune sorte, n’est pas négociable. Tout comme la nécessité, dans une société dite de la connaissance, de transmettre une culture solide et ambitieuse à chaque collégien de France. Plusieurs conditions sont un préalable à toute réforme : la re-création d’une formation initiale, et surtout continue, pour les enseignants, la mise en place d’une vraie mixité sociale par le retour progressif à une carte scolaire équilibrée et négociée. On y ajoutera la nécessité d’un discours mobilisateur fort surl’école en direction des enseignants et des parents, plus précisément encore sur le travail scolaire.
SOMMAIRE :
Introduction
I- Le discours de la méthode
1.1. Le collège unique est consubstantiel de la République
1.2. Une culture solide et ambitieuse pour chacun
1.3. Une véritable formation initiale et continue pour les enseignants
1.4. Un indice de mixité socio-scolaire pour l’égalité réelle
1.5. Un discours de gauche sur le travail scolaire
1.6. En direction des enseignants, un projet mobilisateur plutôt qu’une logique du contrat
II- Des savoirs créatifs et émancipateurs
2.1. Pour la réhabilitation des savoirs et la rénovation des disciplines
2.2. Une nouvelle discipline : « Culture visuelle et médiatique »
2.3. Une vulgarisation scientifique d’excellence
2.4. Une « composition française » des cultures du monde
2.5. Des chefs d’œuvre au service de la créativité des élèves
2.6. Corps en activité, sport, et bien être
2.7. Une évaluation dynamique et formatrice
III- Un parcours scolaire sécurisant de la 6ème à la 3ème
3.1. Un encadrement pédagogique complet en 6ème et en 5ème
3.2. Une journée, une semaine, une année mieux équilibrées
3.3. Une aide au travail scolaire assumée par les enseignants dans la classe
3.4. Un système d’unités capitalisables pour les élèves en déshérence scolaire au sortir de la 5ème
3.5. Des équipes pluri-professionnelles de lutte contre le décrochage
3.6. Un accompagnement individualisé en 4ème et 3ème pour favoriser l’autonomie
3.7. Une meilleure coordination entre acteurs de la communauté pédagogique
IV- Un nouveau climat de confiance et d'échanges
4.1. Un espace et un temps scolaire humanisé pour les élèves
4.2. Une salle collégiale pour les parents et les associations agréées
4.3. Des rôles clarifiés entre parents et enseignants
4.4. Des conditions favorables au travail collaboratif des enseignants
4.5. Des enseignants pleinement responsables de l’aide personnalisée et des heures de projet
4.6. Une administration‐ressource : un nouveau binôme à la tête des collèges
Annexe 1 : Nouvelle répartition horaire en 6ème et 5ème
Annexe 2 : Exemple d’emploi du temps pour un élève de 6 ème
Annexe 3 : Nouvelle répartition horaire en 4ème et 3ème (enseignements obligatoires)
Annexe 4 : Collège 400 – simulation
Annexe 5 : Pour une véritable politique de gauche dans l’EAD (enseignement à distance) et la FOAD