Discours au Conseil national du 19 septembre 2015

Mes camarades,

Notre époque va ainsi, et parfois nous-mêmes avec elle, que l’instant occulte ce qu’il contient d’histoire. Depuis notre précédent Conseil national, il y a trois mois, l’histoire s’est accélérée.

L’histoire de la planète s’accélère avec l’été le plus chaud depuis 1880.

L’histoire du monde aussi avec une avancée majeure sur le nucléaire iranien mais tant de tragédies provoquées par les guerres et le terrorisme au Yémen, en Erythrée, en Afghanistan, en Irak, en Syrie. Et puis il y a aussi les secousses, économiques en Chine, sociales au Brésil, politiques au Liban notamment.

L’histoire de l’Europe s’accélère. Elle est face à des questions essentielles et même existentielles. Elle peine à être volontaire et solidaire, comme début juillet avec la Grèce ou comme aujourd’hui, hélas, face au drame des réfugiés.

Dans l’histoire, la France fait entendre sa voix et ses choix. Notre économie retrouve de la force : les capacités d’investissement des entreprises, notamment industrielles, se redressent ; les exportations sont en hausse ; 45 000 emplois ont été créés ces neuf derniers mois. Ce sont des signes encourageants même s’ils ne sont pas tous encore déterminants, notamment sur le front du chômage.

Si l’économie va mieux, la politique va mal, Jean-Christophe CAMBADÉLIS l’avait dit dans son discours à la Rochelle, sous l’effet de la banalisation de l’extrême droite, de la droitisation de la droite et de la fragmentation de la gauche. Alors même que 80 jours nous séparent du 1er tour des régionales et que dans le pays comme sur le continent, la bataille pour l’hégémonie culturelle est engagée pour décider quelle vision du monde et de la société doit orienter le présent et le futur : les lignes Maginot ou la ligne d’horizon, la nostalgie ou l’innovation, le chacun pour soi et le chacun chez soi ou la fraternité laïque, en somme, la réaction ou le progrès ? Cette bataille idéologique et politique est engagée, elle sera dure et elle va durer. Voilà ce qui est en jeu dans le moment et c’est déjà l’histoire. Voilà pourquoi les socialistes s’engagent : pour des valeurs – car quand on n’affirme pas ses valeurs, d’autres imposent les leurs –, pour la croissance durable, pour le contrat social, pour le sursaut de l’Europe, pour l’unité de la gauche et des écologistes. Voilà pourquoi le rapport d’activité du secrétariat national est un rapport d’action.

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A tous les niveaux de la responsabilité publique, militants et élus socialistes agissent. Et d’abord pour répondre au drame des réfugiés et à la plus grave crise migratoire depuis 1945. Notre politique, avec conscience, avec constance, c’est la solidarité organisée. C’est la main tendue, d’abord, aux femmes, aux hommes, aux enfants menacés d’une mort certaine. Mais agir consiste à transformer un sentiment humaniste en action d’humanité.

C’est pourquoi le Premier secrétaire, avec le Président de la FNESR, a souhaité un réseau des villes solidaires pour l’accueil des réfugiés et des demandeurs d’asile. Un rassemblement de ce collectif de villes et de villages s’est tenu au Cirque d’hiver le 8 septembre. Y ont participé la maire de Paris, des maires de grandes villes, du péri-urbain, du monde rural. Ensemble, avec les responsables d’associations présents, ils ont dit les valeurs qui les guident et les moyens, pratiques, pragmatiques, qu’ils mobilisent pour accueillir, accompagner, inclure, dignement et efficacement. La veille, le ministre de l’Intérieur – dont nous saluons les paroles et l’action – s’était rendu devant notre Bureau national pour échanger sur cette dimension concrète de l’accueil qui était au cœur, quelques jours plus tard, de la réunion de travail à Paris avec 700 maires de France.

Notre action est aussi européenne. Le Parti a relayé l’action du Chef de l’Etat et du Gouvernement auprès des Français, bien sûr, mais également auprès de nos partenaires européens, pour un plan global, cohérent, qui conjugue humanité et responsabilité, respect des personnes, du droit et des règles – le Premier ministre y est précisément revenu mercredi devant la représentation nationale. Dans nos expressions, celle de nos porte-paroles notamment, nous avons dit notre conviction : en Europe, il ne peut y avoir de solidarité à la carte ni de de manquement d’un Etat membre aux valeurs de l’Union. C’est pourquoi, cette semaine encore, nous avons condamné avec force les murs de barbelés que le régime d’Orban érige en Hongrie contre les migrants. Le temps est venu pour l’Europe de rappeler au monde et peut-être d’abord de se rappeler à elle-même qu’elle est une grande idée et pas seulement un grand marché, une construction politique et morale et pas seulement économique.

Face à un défi migratoire global, les solutions seront mondiales. C’est pourquoi nous avons plaidé au Congrès de Poitiers pour une conférence internationale sur les refugiés. Nous nous réjouissons que le Président de la République ait affirmé la volonté de la France d’organiser à Paris un tel sommet. Face à ces enjeux républicains, européens, humains, les socialistes agissent et continueront d’agir.

J’ai parlé d’action, j’ai parlé d’Europe, je veux parler de la Grèce. Non pas des élections de demain, mais de notre refus, au début de l’été, de la mise à l’écart de la zone euro d’un de ses membres – expulsion, exclusion, voulue par certains au sein de la droite française et conçue par beaucoup parmi les conservateurs européens. Résolution du Bureau national le 29 juin, appel solennel de Jean-Christophe CAMBADELIS à Sigmar GABRIEL et au PSE le 12 juillet – notre mobilisation a été totale contre cette tentation ou cette tentative dont les conséquences pour le peuple grec et l’Europe auraient été financières, économiques, sociales, mais aussi géopolitiques – par sa géographie, la Grèce se situe sur « l’arc de crises ». Le 13 juillet – l’engagement de la France et du Président HOLLANDE a été décisif –, un accord a été trouvé qui, dans des conditions difficiles pour le peuple grec, conjugue soutien financier à la Grèce et réformes pour moderniser l’économie du pays et son administration, notamment fiscale – le Gouvernement TSIPRAS a clairement, courageusement engagé ce chantier. S’y ajoute la perspective – c’est la position constante du Parti – d’un traitement de la dette grecque pour la rendre soutenable.

L’agenda international, c’est aussi, de façon centrale, vitale, la conférence de Paris sur le climat. Nous avons placé notre Université d’été – qui a réuni 4 000 participants – d’abord sous le signe de la social-écologie, au cœur de notre identité socialiste depuis nos Etats généraux. Y ont participé les principaux dirigeants des formations de gauche, écologistes, citoyennes, des scientifiques, des ONG, des syndicalistes, des élus locaux. Laurent FABIUS a rappelé l’enjeu la COP21 : voulons-nous, nous l’humanité, que la planète reste vivable ? Le Parti va continuer de s’engager et les 21 et 22 octobre, en lien avec le PSE, nous réunirons les leaders sociaux-démocrates et progressistes pour mobiliser et sensibiliser. Le Premier secrétaire les a conviés et parmi eux, le nouveau leader du Labour Jeremy CORBIN dont le Parti a salué l’élection à l’issue des primaires.

Notre engagement international et européen est permanent – le rapport écrit qui vous a été remis en témoigne – et il continuera d’animer notre agenda à travers les groupes de travail conduits par Maurice BRAUD sur le terrorisme et Daech, et par Philip CORDERY et Pervenche BERES sur les politiques européennes. Leurs travaux seront présentés au Bureau national dans les prochaines semaines.

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Pour entraîner le monde et l’Europe, la France doit être forte. Forte de sa cohésion, comme ce fut le cas le 11 janvier. Forte par son économie et son modèle social. Là aussi nous agissons, en solidarité avec le Gouvernement et dans la clarté des exigences que nous adressons dans le combat commun pour l’emploi.

La rentrée scolaire a été un succès. Les créations de postes de professeurs se poursuivent, la formation des maîtres est rétablie, l’éducation prioritaire a été repensée cette année, la réforme du collège sera en œuvre à la prochaine rentrée.

Les baisses d’impôts, initiées en 2014, se sont amplifiées cette année et seront continuées l’an prochain. Les efforts produisent des effets, notamment pour les ménages modestes qui se voient ainsi restituer du pouvoir d’achat.

Face à la crise de l’élevage et des filières agricoles, le Parti a contribué à expliquer les mesures gouvernementales décidées en juillet, puis en septembre. Comme pour l’éducation et la fiscalité, ces enjeux ont fait l’objet d’un tract et d’un kit de campagne adressés aux fédérations et aux sections – un quatrième kit militant a été diffusé pour sensibiliser nos concitoyens à la possibilité de s’inscrire sur les listes électorales jusqu’au 30 septembre.

Relayer l’action collective, c’est nécessaire, et anticiper l’action des semaines et des mois qui viennent, c’est essentiel.

C’est pourquoi le Secrétariat national s’est réuni en séminaire à la Rochelle, c’était le 27 août, pour définir la feuille de route des pôles animés par Christophe BORGEL, Laurent DUTHEIL, Jean-Marc GERMAIN, Marie-Pierre DE LA GONTRIE, Estelle GRELIER, Fabien VERDIER. Le travail engagé est considérable, le suivi assuré de façon hebdomadaire. Je veux remercier tous les secrétaires nationaux de leur implication.

Prospective et propositions encore, avec le groupe sur la préparation du budget 2016 dont, au mois de juillet, j’ai présidé les travaux et Jean-Marc GERMAIN établi le rapport. Le Parti enregistre avec satisfaction l’effort du Gouvernement en faveur de l’investissement – transition énergétique, numérique, logement – dans les territoires en général et pour les communes rurales en particulier. Nous soulignons l’annonce d’un milliard d’euros en faveur des collectivités en ce jour de mobilisation dont les initiateurs pourraient commencer par rappeler les décisions antérieures à 2012 qui ont fragilisé les collectivités territoriales, qu’il s’agisse de la suppression de la taxe professionnelle ou des transferts de compétences non compensés – le sénateur-maire UMP de Troyes a été ministre du Budget, si je me souviens bien puisque lui ne se souvient pas. Nous nous félicitons de la baisse de l’impôt qui continuera en 2016 et de l’instauration du prélèvement à la source, propositions du Parti qui continue de militer pour une réforme fiscale. Quant au Pacte de responsabilité qui vise à rétablir la compétitivité des entreprises, nous le souhaitons mieux ciblé en direction des PME et toujours plus efficace pour l’investissement et l’emploi. Le Parti continue de discuter avec le Gouvernement avec la seule préoccupation d’être utile à la France et aux Français.

Enfin, le 9 septembre, le rapport Combrexelle a été remis au Premier ministre. Concernant le respect des salariés et de la négociation collective, le Parti socialiste a fixé des lignes rouges, durée légale du travail, salaire minimum, contrat de travail, qui sont également celles du Chef de l’Etat et du Gouvernement. Une concertation va être organisée avec les partenaires sociaux. Notre Parti, à sa place, participera au débat public mais – c’est ainsi qu’on est sérieux – ne formulera des propositions que quand sera connu le détail de la réforme du droit du travail. Je rappelle que la sécurisation des parcours professionnels figure en tête des chantiers de l’égalité approuvés par les militants lors de notre Congrès. Aussi la mise en œuvre du compte personnel d’activité, avancée sociale majeure du quinquennat, est-elle une priorité.

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Chers camarades, je termine mon propos par notre indispensable mobilisation face au bloc réactionnaire. Car si le trimestre écoulé donne lieu à un rapport d’activité des socialistes, il suscite aussi un rapport de gravité de la droite !

Grave, le pré-programme du parti sarkozyste dévoilé par M. WOERTH durant l’été, compilation à la fois réchauffée et glaçante de 86, 93, 95, 2002, 2007, contre les plus fragiles, la fonction publique, les jeunes. Et après, M. SARKOZY dira aux Français, une fois de plus, qu’il a changé – à lire le Parisien d’hier où il conseille le Bristol plutôt que le Fouquet’s, on se dit qu’il a surtout changé de palace…

Grave aussi – les camarades l’ont tous souligné lors de la plénière et des ateliers à la Rochelle –, le projet des candidats de la droite dans les régions. Il tient en trois mots et une obsession : défaire, démolir, déconstruire, les politiques solidaires, innovantes, durables, que les Régions à direction socialiste mettent en œuvre au service des habitants.

Graves, les propos des chefs et sous-chefs du parti républicain conservateur. Leurs mots s’extrémisent et leurs idées se radicalisent. M. ESTROSI parle de « cinquième colonne ». M. BERTRAND veut fusionner les ministères de l’Intérieur et de la Justice. M. NICOLIN – c’est le maire de Roanne – se dit prêt à accueillir des réfugiés dans sa ville « à la condition qu’il soit bien question de réfugiés chrétiens ». A droite, les propos dérivent, dérapent, déraillent – ils sont si nombreux que le temps manque pour en faire le relevé complet. Ils disent l’ampleur du brouillage des repères, du rapprochement qui s’opère entre une partie de la droite et l’extrême droite. En témoigne le ralliement du Président des Jeunes actifs, mouvement interne du parti sarkozyste, au Front national. Front national dont la présidente parle d’« invasions barbares » à propos des réfugiés, dont la députée valide la thématique du « grand remplacement », dont l’un des maires, à Béziers, entre autres dérapages, détourne une photo d’agence pour agiter le fantasme d’un afflux de demandeurs d’asile vers la ville.

Dans ce contexte, en France comme dans d’autres pays en Europe, face au danger réactionnaire, il faut une alliance populaire. C’est le sens de la « lettre ouverte à la gauche et aux écologistes » que notre Premier secrétaire a adressée le 14 septembre, avec un constat : « Le péril réactionnaire, ce défi mortifère, nous ne pourrons pas l’affronter divisés, isolés, chacun de notre côté ». Si la gauche « venait aujourd’hui à manquer le tournant de l’unité et donc à perdre la bataille politique, elle perdrait la bataille de la République ». L’alliance populaire est bien plus qu’une initiative, c’est une perspective : non pas un cartel mais une alliance de nos formations avec celles et ceux qui, dans la société – syndicats, associations, ONG, citoyennes et citoyens – veulent s’engager. Jean-Christophe aura l’occasion d’y revenir tout à l’heure.

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Mes camarades, l’histoire s’accélère et beaucoup repose sur nous. Sur nos valeurs. Sur notre action. Sur notre unité. Dans ce moment, il n’y a pas de place pour la pensée magique ou la pensée technique, pour les propos polémiques ou les calculs tactiques. Il n’y a de place que pour la conscience historique et l’engagement politique. C’est pourquoi nous sommes socialistes. C’est pourquoi nous sommes à l’action.