Plénière : « Face aux crises européennes, quel sursaut ? »

Seul le prononcé fait foi

 

Surmonter les crises que vit l’Europe impose une conscience claire, lucide, du moment : ma génération et celles de nos aînés ont vu la construction européenne ; les générations qui viennent ne doivent pas vivre la déconstruction européenne. C’est à ce niveau de conscience historique que doit se mener ce niveau de réflexion et d’action.

Il y 25 ans, le Mur de Berlin tombait ; aujourd’hui, certains érigent des murs anti-migrants. C’est un défi humain majeur, qui va durer et qui appelle humanité, solidarité et responsabilité.

Il y a 20 ans, l’euro était un horizon ; depuis, la monnaie unique est devenue une réalité mais ces derniers mois ont vu s’affermir l’hypothèse d’une fragmentation de l’euro-zone.

Nous sommes désormais de plain-pied dans la mondialisation et les pays émergents ont émergé. En Amérique du Nord et Asie, Etats et multinationales unifient leurs stratégies pour imposer leurs technologies, leurs normes, leurs produits, tandis qu’en Europe, nations, entreprises et législations se livrent une concurrence farouche.

Comment en sommes-nous arrivés là ? La matinée, la journée n’y suffiraient pas ; en tout état de cause, nous sommes là pour trouver des solutions.

Les difficultés, nous les connaissons :

  • l’élargissement sans l’approfondissement ;
  • les intérêts des Etats qui trop souvent ont primé sur l’intérêt général européen ;
  • des disciplines comptables sans perspectives économiques et sociales ;
  • une difficulté, voire une impossibilité à avoir une croissance durable et du progrès social dès lors que les réformes nationales (nécessairement adoptées à la réalité de chacun) ne s’accompagnent pas d’une relance continentale (utile à tous) par des programmes d’investissement communautaires, dans des domaines tels que la transition énergétique et écologique par exemple.

L’Europe est là, elle en est là.

Elle doit d’abord faire face à une menace, celle des partis nationalistes et xénophobes, organisations réactionnaires, identitaires, autoritaires.

Elle doit ensuite faire face à une impasse, celle de la droite européenne qui voit l’Europe comme un marché ordonné par la concurrence et des règles d’avant-crise – qui pour certaines ont été forgées quand l’Union européenne était composée de 12 membres, quand il n’y avait ni l’euro, ni internet.

Face à cette menace et à cette impasse, il y a le chemin progressiste : celui des socialistes et sociaux-démocrates européens. Disons-le :

Sans les socialistes européens : pas de garantie jeunes !

Sans les socialistes européens : pas de plan Juncker !

Sans les socialistes européens : pas d’Union bancaire !

A chaque fois, sur ces avancées et d’autres, la France était à l’offensive et à l’initiative, dans une Europe où les droites sont majoritaires, que ce soit au Conseil européen, à la Commission ou au Parlement européen.

Je ne peux ici, en seulement quelques minutes, évoquer tous les sujets, notamment la situation dramatique des réfugiés et des migrants, qui exige à la fois humanité, solidarité et responsabilité, ou la nécessité de promouvoir et d’appliquer la notion de « juste échange commercial » dont j’ai été, ici-même, il y a 10 ans, l’un des principaux partisans.

Je concentrerai donc mon propos sur 3 enjeux en faisant des propositions : l’approfondissement (de la zone euro) ; l’investissement (pour l’Europe) ; l’engagement (des Européens).

L’approfondissement de la zone euro :

Son fonctionnement originel qui est toujours actuel n’est plus ni durable, ni tenable. Nous subissons aujourd’hui un vice de construction initiale : la zone euro a un pilier monétaire, mais n’a pas de pilier économique.

Répondre à l’urgence, c’est d’abord être solidaire avec la Grèce. Redisons l’irresponsabilité des tenants du « Grexit » (nombreux au sein des droites européennes et françaises), leur irresponsabilité vis-à-vis du peuple grec et des autres peuples européens. Ici, à la Rochelle, nous le disons : en faisant prévaloir la solidarité et la responsabilité, le 13 juillet, la France a agi pour la Grèce et l’intérêt général européen et nous saluons la hauteur de vue et l’engagement du Président de la République et de toi-même, Michel, qui étais présent à Bruxelles.

Résoudre la crise grecque implique la solidarité de l’Europe via par exemple un plan de soutien pour investir dans l’économie grecque, la responsabilité de la part de la Grèce qui doit mener des réformes importantes pour moderniser son économie et son administration. J’ajoute un enjeu majeur, celui de rendre soutenable la dette grecque.

L’eurozone doit se transformer en profondeur, pour éviter un prochain choc, celui des égoïsmes nationaux. François Hollande a engagé, a ouvert le débat. Concrètement, vers quoi doit-on aller ?

Un budget : car il n’y a pas de monnaie sans capacité budgétaire.

Un Gouvernement : il convient d’éviter une querelle de Diafoirus sur le « comment » : indiquons plutôt le « pourquoi », c’est-à-dire une présidence permanente, stable, de l’Eurogroupe.

Pas de Gouvernement sans Parlement : c’est une question d’efficacité économique autant que de légitimité démocratique. Là aussi, posons des principes plutôt que de penser des procédures : le Parlement de l’eurozone doit-il compter des parlementaires européens, des membres Parlements nationaux, les 2 ? Le débat est ouvert mais je le dis avec conviction : les représentants des Parlements nationaux devront être pleinement associés car il s’agit de certaines de leurs prérogatives essentielles.

Des investissements pour l’Europe. Il faut un grand plan d’investissements dans le futur.

Nous en connaissons les fins : la croissance durable, l’emploi, l’ambition industrielle, la préservation du climat et de la planète.

Les besoins sont connus et chiffrés : des infrastructures de transports (notamment ferroviaire) ; des infrastrucures d’énergie (interconnexion existant, ENR, isolation thermique des logements et des bâtiments) ; des infrastructures numériques ; la recherche dans le domaine médical ; l’enseignement supérieur.

Pour le financer, il existe plusieurs possibilités : doter l’eurozone d’une capacité d’emprunt ; affecter des ressources propres au budget communautaire via entre autres une taxe sur les transactions financières ou une taxe carbone aux frontières de l’UE ; retrancher les investissements d’avenir du calcul des déficits via par exemple un traitement différent et distinct des investissements cruciaux pour la croissance durable et les générations futures, que par ailleurs les investisseurs privés ne financent pas faute de rentabilité à court terme. Enfin les politiques de la concurrence et du commerce, la première trop dogmatique en bridant l’émergence de champions européens, la seconde trop naïve car empêchant trop souvent l’Europe de se défendre face aux dumpings des autres pays, ces politiques sont dépassées et doivent être revues.

L’engagement des Européens.

L’histoire de l’Europe est aussi celle de l’engagement humaniste. C’est pourquoi je souhaite soumettre à notre réflexion plusieurs propositions.

L’engagement pour le savoir : Erasmus pourrait être élargi à tous les jeunes de 18 ans, notamment les apprentis et les jeunes en formation professionnelle. Ainsi, pendant 3 à 6 mois, ces jeunes pourront aller dans un pays européen partager des connaissances, des savoir faire, une citoyenneté.

L’engagement pour la convergence sociale : elle passe par la création d’un salaire minimum au sein de chaque Etat pour aller à terme vers un Smic européen. C’est un combat qui avance, on le voit notamment en Allemagne avec le combat porté par le SPD.

L’engagement pour l’égalité femmes / hommes : cela passe par la clause de l’Européenne la plus favorisée, pour que toutes les femmes dans l’UE puissent disposer, en tous domaines, des lois nationales qui sont les plus favorables à leurs droits.

Approfondissement, investissement, engagement : ce sont trois mots que doivent porter les socialistes, pro-européens et alter-européens.

Mes camarades, refusons la déconstruction de l’Europe par le nationalisme et par le conservatisme : pour l’Europe, il faut un nouveau progressisme.

L’Europe n’a pas seulement une grande histoire, elle a un bel avenir. Cette cause nous oblige.