4 principes simples pour réussir la refondation du PS

Le 21 septembre 2017,

A l’occasion du Congrès de POITIERS en Juin 2015 nous avons plaidé, dans une Contribution au débat, pour l’organisation de la refondation du Parti Socialiste  « à froid » – c’est-à- dire hors toute contrainte électorale –  constatant alors le décalage grandissant entre le PS et la population, les incompréhensions préoccupantes entre le gouvernement et certains militants.

Puisque la refondation n’a pas pu être menée avant les scrutins de 2017, c’est après ce tsunami électoral, qu’il nous faut maintenant la mettre en œuvre.

Le premier écueil à éviter est celui de la précipitation ; ce n’est pas parce que nous initions la refondation très tard qu’il faudrait la faire trop vite !

4 Principes simples devront présider notre démarche.

1er principe: le temps de l’inventaire.

La séquence électorale que les socialistes viennent de subir n’est pas une défaite classique liée à l’alternance politique. Le PS est passé en quelques années de la lumière à l’ombre, voire à l’obscurité, provoquant un traumatisme considérable pour des millions de militants, d’adhérents et de sympathisants.

Toute victime a besoin de comprendre ce qui lui arrive, et pour un traumatisme collectif, c’est collectivement qu’il nous faut chercher à comprendre.

Il faut prendre en compte la dimension émotionnelle, voire existentielle, du choc vécu par un grand nombre de militants qui ont été atteints au cœur même des valeurs et de l’idéal politique ancrés en eux  parfois sur plusieurs décennies.

Toutes ces années de lutte pour un tel désastre électoral !

Il faut avec la même détermination aborder toute la séquence politique depuis l’échec de Lionel JOSPIN en avril 2002 et le faire de façon sereine, sans invective, mais avec l’obligation de ne rien laisser de côté.

Pourquoi une telle période ? Parce qu’en 15 ans nous avons changé de monde : réchauffement climatique, rejet par les Français du projet de Constitution Européenne, chômage de masse, crise financière majeure, djihadisme qui menace nos vies et la paix, scandales de la mort des migrants dans la Méditerranée, ubérisation du travail, émergence dominatrice des GAFA, impact de l’informatique et de la robotique sur l’emploi, et de l’industrie agro-alimentaire sur la santé.

Pendant ces mêmes années les réseaux sociaux ont transformé les pratiques politiques, la social-démocratie a connu un recul sans précédent dans toute l’Europe , le Front National s’est installé durablement comme une force électorale majeure et -hormis le référendum sur la Constitution européenne- le PS a gagné toutes les batailles électorales avant de les perdre toutes !

Aucun parti politique à vocation majoritaire, parti de gouvernement comme le disent certains, n’a de rôle possible s’il est coupé des citoyens.

Faire l’inventaire pour ne pas refonder sur du sable, faire l’inventaire parce qu’il devrait être fait après chaque élection perdue et même gagnée.

2ème principe : en finir avec l’obsession du leadership

Parce que toute instance a besoin d’un leader pour l’incarner et porter son message, on en vient à penser (faussement) que la question première de tout rassemblement démocratique est de savoir qui en sera à la tête.

Cette approche pyramidale (qui a prévalu pendant des siècles à travers la Monarchie)  est à l’antipode de la vision démocratique : c’est le rassemblement qui doit être premier et c’est lui qui doit ensuite s’incarner à travers un leader et une équipe.

La désignation du leader sera la conséquence des choix politiques, stratégiques et idéologiques, et non son commencement.

Tous les calculs d’appareil sont par avance voués à l’échec, l’élection présidentielle vient d’en apporter la démonstration.

S’il est légitime que certaines personnalités, du fait de leur expérience et de leur capacité d’analyse, souhaitent jouer un rôle, ce ne peut être au détriment de la qualité du débat.

Le choix du nom du Parti refondé devra, lui aussi, conclure le débat d’orientation ; alors pourquoi comme certains le proposent renoncer à l’avance à garder le qualificatif « socialiste » même si « le  Parti Socialiste » a fini son chemin ?

3ème principe : une démarche ouverte pour construire le socialisme démocratique du 21ème siècle.

Le congrès refondateur devra rebattre toutes les cartes, le débat doit être libre et ouvert à tous les citoyens de gauche auxquels nous devons adresser une Offre Publique de Construction Commune. Tous les citoyens qui adhèrent aux valeurs et aux idéaux socialiste, écologique, démocratique et laïque, pourront , s’ils si engagent , participer à cette refondation : cette ouverture du vote donnera à ce Congrès une légitimité politique décisive.

4ème principe : rendre toute sa  dignité à l’engagement politique.

La séquence électorale que nous venons de vivre a été marquée, tous les commentateurs l’ont souligné, par l’effondrement des deux principaux partis –  de droite, et de gauche- autour desquels s’est organisée la vie démocratique de notre pays depuis près de 50 ans. Une idée insidieuse s’est s’installée, qui porte en elle un germe mortifère pour notre démocratie : les partis politiques ne seraient plus capables de répondre aux besoins de notre République, et de constituer le cadre structurant du débat démocratique.

Nous pensons au contraire que les partis politiques participent à l’expression des différents scrutins, et d’abord le scrutin présidentiel ; ce rôle majeur leur est reconnu par la Constitution elle-même.

Nous devons réaffirmer avec force que dans notre République l’adhésion à une formation politique démocratique est, par essence, l’acte libre de citoyen-e-s libres.

Pour cette même raison les adhérents qui se trouvent en contradiction marquée avec leur formation politique doivent tout aussi librement la quitter.

Le sens de l’adhésion et du respect de la parole donnée, doit constituer la condition première de la refondation du Parti Socialiste comme elle devrait l’être  pour toute tentative de moralisation de la vie publique.


Michel DEBOUT
Président du CESEC du PS