Après le reportage de CNN sur un marché aux esclaves en Libye

Le 22 novembre 2017,

Ce mercredi 15 novembre 2017, une vidéo réalisée par des journalistes de CNN a fait connaître au grand public une réalité depuis des mois documentée et révélée par plusieurs ONG : en Libye, près de Tripoli, des migrants africains sont vendus aux enchères comme esclaves. Ces « marchés aux esclaves » se tiendraient une ou deux fois par mois en Libye.

Ce reportage a suscité partout dans le monde une vague de protestations et de condamnations indignées.

Le Parti socialiste est scandalisé, il demande solennellement aux autorités libyennes – comme elles s’y sont engagées ces derniers jours – de faire toute la lumière sur ces pratiques, de châtier les responsables des trafics et de libérer celles et ceux qui en furent ou en sont les victimes. Pour l’aider à mener à bien cette enquête, les autorités libyennes doivent pouvoir compter sur le concours si nécessaire des organisations régionales et internationales compétentes.

Sans absoudre aucunement de ses crimes et de ses responsabilités le régime de la Djamahiriyya arabe libyenne, le Parti socialiste souligne que l’intervention militaire multinationale de 2011 a profondément déstabilisé toute la région et a contribué au développement de tous les trafics – y compris humains- en l’absence de solution politique viable en Libye.

Plusieurs chefs d’État de la CEDEAO et le président en exercice de l’Union africaine se sont justement émus de ce trafic en Libye, mais pour plusieurs d’entre eux, ils ne peuvent leurrer l’opinion et dissimuler leur responsabilité personnelle écrasante dans la désespérance de leur jeunesse, poussée alors dans des aventures migratoires incertaines et dangereuses.

Le président nigérien Mahamadou Issoufou a demandé que cette situation soit évoquée au 5e Sommet Afrique-Union européenne des 29 et 30 novembre 2017 à Abidjan. Le PS soutient cette demande. La coopération de l’Union européenne avec la Libye pour stopper l’arrivée des migrants est considérée par beaucoup d’observateurs comme « inhumaine », pour reprendre les termes du haut commissaire des Nations unies aux droits de l’homme Zeid Raad Al Hussein, le 14 novembre 2017, qui dénonce aussi les « horreurs inimaginables » subies par les migrants et l’aide fournie par l’UE aux autorités libyennes.

Ce coup de projecteur sur la réalité des conditions de migration de nombreuses personnes à travers l’Afrique et les trafics qui en tirent profit doit être l’occasion de repenser l’organisation des échanges et les mobilités entre nos deux continents. L’objectif de moyen terme est le développement du continent africain et des peuples qui y vivent, seule garantie pérenne de la paix sur ce continent et gage de sécurité pour son voisinage européen. Le prochain sommet Afrique-Union européenne doit permettre d’avancer concrètement vers la nécessaire solidarité entre nos deux continents pour cette mise à plat nécessaire. Cela suppose que l’Union européenne et ses États membres entendent qu’il est de leur intérêt d’investir massivement sur le continent africain, particulièrement dans la formation des femmes et des hommes.

Au-delà, à travers cette vidéo diffusée par CNN, l’attention de l’opinion mondiale a été heureusement sensibilisée à la réalité aujourd’hui de l’esclavage dans le monde. On l’oublie, mais l’esclavage est une réalité bien contemporaine, toujours à combattre sous toutes ses formes (trafic humain, travail forcé, mariage forcé…). Les ONG spécialisées estiment que plus de 40 millions d’êtres humains en sont victimes, sur tous les continents et dans de nombreux secteurs d’activité. Le Parti socialiste salue le travail de connaissance et d’information effectué par l’Organisation internationale du travail (OIT) avec la Walk Free Foundation et en partenariat avec l’Organisation internationale pour les migrations (OMI)[1].

Le Parti socialiste, aux côtés du mouvement syndical, soutient les recommandations du dernier rapport de l’OIT sur le sujet. C’est par l’extension et le renforcement du droit du travail, des droits sociaux et des systèmes de protection sociale à tous les secteurs de l’économie, y compris l’économie dite informelle, que l’esclavage moderne verra son espace se réduire dans le monde !

C’est par la coopération internationale, particulièrement dans le cadre multilatéral de des Nations unies et de ses agences spécialisées, avec le concours des acteurs concernés, que l’esclavage moderne pourra enfin être éradiqué.