Quand la démocratie est en danger, les femmes sont toujours les premières touchées, leurs droits sont souvent les premiers à être bafoués

En Pologne depuis l’accession au pouvoir du Parti Droit et Justice (PiS), parti conservateur et catholique, les mesures contre les droits des femmes ne cessent de prendre de l’ampleur. Les parlementaires examinent depuis fin septembre une proposition de loi visant à l’interdiction totale de l’avortement. Présentée à l’initiative du comité des associations pro-vie « Stop Avortement », elle pourrait aboutir à la condamnation de cinq ans de réclusion pour les femmes qui auraient recourt à l’avortement. La Pologne dispose déjà d’une des législations les plus restrictives d’Europe : l’Interruption Volontaire de Grossesse y est interdite depuis 1993 sauf en cas de risque pour la vie de la mère, lorsqu’un examen prénatal indique une grave pathologie irréversible chez l’embryon et quand la grossesse est liée à un viol ou un inceste.

Vouloir interdire l’avortement remet en cause le droit des femmes à disposer de leur corps et leur liberté de choisir si et quand elles veulent un enfant. La Pologne en tant qu’Etat membre de l’Union européenne ne peut contrevenir à toutes les obligations internationales. Interdire le droit à l’avortement irait à l’encontre de la Convention pour l’élimination de toutes les formes de discrimination, de la déclaration et du Programme d’Action de la Conférence de Pékin de 1995 qui met en évidence « la nécessité d’éviter les avortements non sécurisés et leurs complications pour les femmes ». Enfin interdire l’avortement contreviendrait à la Convention européenne des Droits humains, la Cour de Strasbourg ayant déjà sanctionné la violation par la Pologne de l’article 3 sur le Droit à la vie et de l’article 8 sur le droit au respect de la vie privée et familiale.

Nous socialistes français et européens soutenons les femmes polonaises qui manifestent pour leur liberté. Ces manifestant-e-s se sont rassemblé-e-s dans plusieurs villes européennes en brandissant des cintres, symbole des IVG pratiquées dans la clandestinité. Seules les femmes ayant les moyens financiers pour avorter à l’étranger dans de bonnes conditions sanitaires seraient privilégiées, les autres par détresse se mettront en danger. L’Organisation Mondiale de la Santé estime que 22 millions d’avortements à risque sont pratiqués chaque année dans le monde.

Nous socialistes et féministes appelons les parlementaires européens à sanctionner cette initiative en utilisant l’article 7 et à soutenir les droits des femmes en libéralisant l’avortement comme un collectif d’associations leur en a fait la proposition. Nous appelons les citoyennes et citoyens européen-n-e-s à manifester pour leur liberté et pour défendre leur droit.