Donald Trump, les femmes et les personnes LGBT : roulette russe et inégalités géographiques seront au rendez-vous.

Donald Trump, les femmes et les personnes LGBT : roulette russe et inégalités géographiques seront au rendez-vous.

Par Corinne Narrassiguin, porte-parole du parti socialiste et Denis Quinqueton, Président d’Homosexualité et Socialisme (HES).

Quand il ne les traite pas de « salopes », le président-élu américain lance une offensive contre le droit des femmes à disposer de leur corps.

La légalisation de l’avortement outre-Atlantique à été obtenue en 1973 à la faveur de l’arrêt Roe v. Wade de la Cour suprême. « Je suis pro-life et les juges seront pro-life » a tranché, dès le 12 novembre 2016 sur la chaîne CBS, le nouveau président américain. Ceux qui entrevoyaient un président aussi peu regardant sur les mœurs de ses contemporains que sur les siennes en sont pour leurs frais. De même que les conservateurs creusent les dettes publiques à force de diminuer les impôts des plus riches tout expliquant, toute honte bue, qu’ils gèrent mieux que les progressistes, il n’est pas rare qu’ils soient, sur le plan des mœurs, infiniment plus prompts à donner des leçons moralistes qu’à s’y conformer.

A propos de l’arrêt Obergefell v. Hodges, qui légalise en juin 2015 le mariage des couples homosexuels, il a déclaré « c’est la loi (…), cela me va ». On pourrait pousser un (petit) soupir de soulagement, à condition d’oublier que le président des États-Unis n’est pas décisionnaire en la matière et que les juges nommés à la Cour suprême prennent soin de marquer leur indépendance, notamment à l’égard du président en fonction.

Car, justement, non, ce n’est pas la loi. Contrairement à la France, le « mariage pour tous » aux Etats-Unis n’est pas une loi mais une jurisprudence de la Cour suprême. Et la Cour suprême peut définir, a l’occasion d’une nouvelle affaire qui ne tardera pas à se présenter, une nouvelle jurisprudence inverse. C’est d’autant plus probable que « l’opinion minoritaire » de juin 2015 prise par quatre juges ne se prononçait pas sur le mariage des couples homosexuels mais relevait que « la Cour n’est pas un législateur ». Une position qui se cantonne à la forme et offre « l’avantage », pour des conservateurs, de ne pas aborder la question de fond.

Actuellement, la Cour ne compte que huit juges, un siège étant vacant depuis le décès du juge Scalia le 13 février dernier. Quatre juges ont été nommés par des présidents républicains (Ronald Reagan, George H. W. Bush et George W. Bush) et quatre juges nommés par des présidents démocrates (Bill Clinton et Barak Obama) partagent la Cour. Sa majorité sera déterminée par le neuvième juge que nommera Donald Trump juste après sa prise de fonction, en janvier 2017 et que le congrès, lui aussi a majorité conservatrice, ratifiera. Et comme on ne connaît pas de juge « pro-life » qui ne soit pas homophobe, il y a fort à parier que la majorité conservatrice de la Cour cherche à satisfaire son aveuglement dogmatique.

Les deux arrêts, et les droits humains qui en découlent, sont clairement menacés par les courants conservateurs qui contrôleront désormais tous les pouvoirs – exécutif, législatif et judiciaire – à Washington le 20 janvier 2017.

Une fois ces arrêts revus à la mode conservatrice, ces législations seront de la compétence des états. Ce qui n’est guère plus rassurant si l’on a en tête la carte politique américaine qui nous rappelle que le parti républicain américain contrôle 31 gouverneurs sur 50 et que dans 23 états, les républicains contrôlent le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Pour l’interruption de grossesse, cela renverra le sort des femmes à une sinistre roulette russe géographique. Et cela créera, de fait, un « sous-mariage » pour les couples homosexuels, possible dans quelques États et un mariage pour les couples hétérosexuels, possible dans l’ensemble des États-Unis.

Exactement le projet des conservateurs sexistes et homophobes.

Mais avant même de revenir sur ces deux arrêts fondamentaux, cette même Cour suprême a majorité conservatrice aura toute latitude pour rendre la vie très compliquée aux femmes et aux personnes LGBT en prenant un arrêt qui donne une prédominance exorbitante à la liberté religieuse sur les autres libertés.

Le mouvement LGBT américain, tout comme le mouvement féministe, chercheront fort heureusement à contrecarrer ces sombre perspectives. Dans un tel contexte politique, ils auront du pain sur la planche…

Les billets

Quand la démocratie est en danger, les femmes sont toujours les premières touchées, leurs droits sont souvent les premiers à être bafoués
Egalité femme-homme

Quand la démocratie est en danger, les femmes sont toujours les premières touchées, leurs droits sont souvent les premiers à être bafoués

En Pologne depuis l’accession au pouvoir du Parti Droit et Justice (PiS), parti conservateur...