La droite ne se pose pas les mêmes questions que les Français

Tandis que les candidats de droite sont dans la surenchère : identité heureuse, ancêtres gaulois… les Français sont inquiets concernant l’avenir de leurs enfants, la préservation du modèle social, la lutte contre le chômage.

Le tableau peint par Yves-Marie Cann et Gille Finchelstein, dans « La nouvelle question sociale » dresse un bilan tout autre que celui qu’essaye de nous infliger les candidats à la primaire de la droite. Les « priorités des Français » importent peu, ce qui compte c’est de gagner la primaire.

En effet, ces derniers nous démontrent la résurgence de la question sociale en dépit de la prégnance de la menace terroriste en France.

La question sécuritaire et les autres thématiques qui lui sont fréquemment associées dans le débat public, comme l’immigration ou la place de l’islam en France, n’effacent pas pour autant les préoccupations économiques et sociales exprimées par les Français, au premier rang desquelles figurent le niveau du chômage mais aussi les préoccupations en matières d’inégalités ou d’injustices sociales, le manque d’activité économique ou encore l’avenir de la protection sociale.

L’un des deux thèmes principaux du débat de la primaire du 13 octobre est l’identité car cette question est omniprésente dans les programmes des candidats de droite. C’est pourtant la dernière question que les Français souhaitaient voir abordée dans ce débat (4% des Français dont 5% des électeurs de la primaire de droite).  Un sujet mineur comparé à : la santé (9%), l’environnement (11%), l’éducation (16%), ou encore le pouvoir d’achat (26%), la lutte contre le terrorisme (29%) et surtout le chômage (41%).

Alors que les Français craignent un avenir plus difficile pour leurs enfants que pour eux même (63%), qu’ils dépeignent un ascenseur social en panne (76%), un individualisme trop présent (89%), un manque de justice sociale (83%) les candidats à la primaire droite jouent à une partie de poker pour déterminer lequel d’entre eux détruira le plus de fondamentaux à notre modèle social : « 300 000 fonctionnaires de moins » propose Nicolas Sarkozy, qui dit mieux ? « 600 000 » y répond François Fillon; Bruno Le Maire mise à son tour avec une suppression du statut de la fonction publique territoriale et à Alain Juppé de faire tapis avec l’annonce de la suppression pure et simple du statut de fonctionnaire (« Affiliation au régime général pour les fonctionnaires recrutés après 2018. Maintien du statut si très fortes contreparties. Renforcement des textes prévoyant le licenciement. Recrutement avec contrat de droits privés. »).

Lorsque 83% des Français appellent à une plus grande solidarité entre les riches et les pauvres les candidats y répondent par la suppression de l’ISF et des baisses d’impôt sur le patrimoine.

Les Français devraient attendre encore un peu pour profiter de leurs proches si la droite arrivait au pouvoir car ses candidats préconisent une retraite à 65 ans bien que certains d’entre eux aient bénéficié d’une retraite plus précoce. Un recul non nécessaire, puisque les comptes des régimes de retraite sont à l’équilibre.

Signe d’une insécurité économique et social diffuse, on observe une proportion élevée d’individus manifestant une situation de fragilité professionnelle parmi les actifs ayant un emploi : 34% d’entre eux estiment en effet qu’ils pourraient perdre leur emploi (14%) ou des avantages liés à leur statut (20%) dans les mois à venir. À l’inverse, celles et ceux qui pensent pouvoir obtenir une augmentation de salaire (9%) ou une promotion professionnelle (7%) sont deux fois moins nombreux (16%).

Face à la peur du chômage ou la précarisation des jeunes, les candidats de la droite ont la solution : CDD renouvelables indéfiniment selon Bruno Le Maire, suppression de la durée légale de travail selon Nathalie Kosciusko-Morizet, passage de 35h à 39h selon Alain Juppé.

Et enfin, on peine à trouver le supplément d’âme dans cette pléthore de mesures économiques qui substituerait cette vision comptable à des références de dignité au travail, de la valeur de la reconnaissance, celle de pouvoir d’achat à l’épanouissement personnel et l’obsession de faire des économies à un projet France. Il n’y a pas de projet pour la France chez ces candidats, ils n’ont que des projets individuels pour se concurrencer les uns les autres. La seule réflexion menée sur l’idée de la France par les candidats de la droite c’est l’identité, qui, au delà d’être anxiogène n’est pas celle qu’attendent les Français. Ils veulent parler de sécurité, et non d’identité, une distinction que certains semblent avoir oublié…

Ils ne veulent pas trouver un travail pour trouver un travail, ils veulent trouver un sens au travail et un travail qui fait sens. Ils ne veulent pas de la retraite à 65 ans, ni de la suppression massive de fonctionnaires et la déliquescence du système scolaire qui l’accompagnerait, ils craignent la précarisation des salariés, l’inégalité fiscale et l’insécurité des plus jeunes. Ils veulent un avenir pour leurs enfants, une protection sociale présente, un ascenseur social efficient, une équité de genre, d’origine socio-culturelle et territoriale.

Non la droite ne se pose clairement pas les mêmes questions que les Français et quant à ses réponses, elles n’ont qu’une finalité : la casse de notre modèle social et républicain.