Enseignement supérieur français à l’étranger : construire une véritable stratégie d’influence

Répondant à la demande formulée l’année passée par trois ministres (Laurent Fabius, Najat Vallaud-Belkacem et Thierry Mandon), France Stratégie a publié en ce début de semaine une étude sur l’enseignement supérieur français dans le monde. Première étude réalisée sur cette thématique, elle est riche d’enseignements et paraît livrer un constat clair : le temps est à la mise en place d’une stratégie volontariste et pérenne. En effet, si l’offre française d’enseignement dans le monde possède quelques forces et une certaine empreinte, elle semble toutefois à la traîne par rapport à l’offre de pays telles que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou l’Australie.

La concurrence s’accroît tandis que la manière d’éduquer change et s’internationalise. On recensait en 2013 près de 200 millions d’étudiants dans le monde. Ce chiffre a doublé en presque dix ans et va doubler encore d’ici 2030. Contrairement aux idées reçues, ce phénomène ne repose pas tant sur la mobilité des personnes (seulement 2% des étudiants seraient mobiles) mais davantage sur la mobilité des établissements et des programmes dispensés.

Sur ces 200 millions d’étudiants, près de 37.000 bénéficient de près des 640 programmes dispensés par 140 établissements. Près d’un tiers de ces étudiants sont asiatiques (la Chine est d’ailleurs le premier des dix pays concentrant l’effectif le plus important d’étudiants – 4514 – suivant une formation française). L’investissement des acteurs de l’offre française est malheureusement trop faible : quand plus de 75% des institutions britanniques sont engagées dans plus de 200 pays, seule 1 université française sur 2 délocalise une partie de son offre de formation à l’étranger. En outre, la France accuse un net retard dans les formations diplômantes à distance qu’elle propose pourtant en nombre (138 programmes), mais que seuls 5 668 étudiants étrangers suivaient en 2015, principalement avec le CNAM.

Selon l’étude, pallier ces lacunes serait bénéfique sur de nombreux plans : tandis que le pays accroît son influence (l’enseignement demeure un vecteur de rayonnement culturel, scientifique, de diplomatie économique), ses établissements nationaux gagnent en prestige et en ressources. Globalement, le remède reposerait sur un soutien accru au pilotage des politiques d’internationalisation (professionnalisation et valorisation des équipes, suivi renforcé au sein des établissements des activités, etc), une amélioration et un élargissement de l’offre de formation (cette offre est actuellement dédiée au niveau master et second cycle et tournée vers des domaines trop spécifiques), une diversification des sources de financement.

D’autres axes d’action doivent également être pensés. Il s’agit d’œuvrer également à une collaboration plus étroite entre l’ensemble des opérateurs de la francophonie institutionnelle et le réseau de coopération français. Campus France de même que les conférences d’établissements doivent notamment être dotés de missions spécifiques d’accompagnement et de déploiement de cette stratégie si nécessaire. Il s’agit aussi de combler le retard numérique français notamment en développant l’usage des plateformes de diffusion et de partage de contenus universitaires sur le modèle de France Université Numérique, première plateforme numérique française de MOOC (cours ouvert en ligne et massif en français) lancée en octobre 2013. Quid enfin d’encourager la mobilité étudiante au sein de l’espace francophone en s’inspirant du projet européen Erasmus, existant depuis 1987 ? Ces enjeux, essentiels au rayonnement de la France et du Français, déterminants pour la diffusion des savoirs, méritent toute notre attention.