Fillon et la primaire de droite : une vision de la France qui met en danger la République

Retrouvez ci-dessous la tribune d’Elsa Di Méo publiée sur Le plus de L’Obs.

Les commentaires se multiplient sur l’austérité du programme de la droite et notamment de François Fillon. Cela est vrai. Les attaques proposées par les finalistes de la primaire de la droite sont inédites.

Mais elles ne doivent pas uniquement être lues au regard de ce qu’elles signifient pour chaque corporation concernée. Ce qui se cache derrière cette réalité programmatique, c’est une vision de la France et du vivre-ensemble.

L’affaiblissement de l’État qui se dessine

Ce qui est en question n’est pas le destin des fonctionnaires mais d’abord et avant tout une vision du rôle de l’État et du service public rendu sur le territoire métropolitain et ultra-marin. Cela n’en est pas moins grave pour les agents du service public. Mais la cohérence de François Fillon est d’inscrire ces préconisations dans des réformes pensées et digérées dans le cadre de sa vision de la France.

Une France où l’égalité ne se conjugue pas avec système politique. Une France où derrière la suppression des infirmiers, des enseignants, des policiers, des douaniers, des magistrats, des juges, c’est l’affaiblissement de l’État qui se dessine. C’est la qualité du service public aussi.

Ce qui détermine la volonté de François Fillon de supprimer 500.000 fonctionnaires, c’est sa conviction que la présence de la puissance publique sur tous les territoires de la République n’est plus d’actualité. C’est pourtant cela la République. Le modèle social est vu comme lourdeur ou amortisseur. Alors qu’il est un des piliers de la république sociale française.

On ne peut pas réduire la solidarité nationale à des dépenses publiques

Parler de services publics de proximité, c’est bien sûr aborder l’épineuse question du lien social dans une société plus que jamais fragmentée. Mais c’est aussi poser la question de l’égalité des territoires. Territoires ruraux, territoires urbains, quartiers périphériques.

La vague populiste qui touche les sociétés occidentales repose – entre autres – sur un sentiment fort d’abandon, face à une mondialisation dont nos concitoyens ont plus le sentiment d’être les victimes que les bénéficiaires.

Voilà une des raisons pour lesquelles cette vague ne peut se combattre avec des réponses thatchériennes ou libérales, un rétrécissement du champ de la puissance publique imposant des choix. Les populistes arbitrent en remettant en cause le corps social : ainsi, ils justifient la préférence nationale. Ils hiérarchisent ceux qui sont selon eux « légitimes » à bénéficier d’une bonne couverture médicale, d’une éducation de qualité ou encore d’une politique familiale protectrice. Ils attaquent tout à la fois les services publics de proximité pour chacun et le lien social pour tous. Réduire la solidarité nationale à des dépenses publiques, c’est déjà casser le cadre collectif. Certes, celui-ci est déjà abimé aux yeux de nos concitoyens. Mais la logique de la droite est mortifère.

Oubliées, les valeurs même de la République française, l’égalité n’étant plus ni une valeur, ni un objectif.

Face à cela, les logiques comptables des impacts du programme de la droite éclairent sur l’immédiateté du danger de celui-ci. Une vision du modèle de société et d’État donne du sens, de la cohérence et peut dessiner une espérance.

C’est notre tâche dans la période. Rappeler que la cohésion sociale et républicaine n’est pas une tentative d’aborder les difficultés, mais l’idée même que nous nous faisons de la puissance d’un État moderne et puissant au XXIème siècle. La nature de l’État que nous voulons construire dans ces périodes où assurer la liberté et la sécurité de tous est un défi est fondamentalement différent tant dans sa philosophie que dans ses objectifs.  Faire France, c’est dessiner un projet ou la République est forte sur ces fondamentaux. Ces mêmes fondamentaux que la droite met à mal.

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