« Vous avez dit Front républicain ? »

Il était mort, enterré, inutile, inefficace.

Le parti « Les Républicains » lui a substitué un « ni-ni » : Ni Parti socialiste, ni Front national.

Chacun y allait de sa sentence jusque dans les rangs de la gauche : Ça ne marche plus ! Si cela a marché un jour…

Seuls l’UDI et le Parti socialiste maintenaient le cap, dans la réprobation générale. Seuls le Parti socialiste et la gauche refusaient la banalisation frontiste, refus jugé au mieux d’un autre âge ou le plus souvent une instrumentalisation pour se sauver.

Nous avions beau dire : « Il y a le feu au lac », on récoltait un haussement d’épaules.

Comme souvent en France, il a suffit d’un sondage alarmiste et alarmant et d’une déclaration sur la dérive droitière pour qu’on intime l’ordre au Parti socialiste de se prononcer pour le Front républicain. Tout à coup l’élection régionale se réduisait à deux régions menacées par l’extrême droite. Et le Parti socialiste devait choisir : Aider la droite ou laisser passer l’extrême droite. D’ailleurs remercions Monsieur Le maire qui ce samedi a confirmé sans ambages, dans ces mêmes colonnes, cette stratégie.

La vague nationaliste surfe sur les flux migratoires en Autriche, en Allemagne, en Pologne, en France ou encore en Suisse. Conscient de ce risque, le Parti socialiste a lancé son référendum pour l’unité. L’unité à gauche c’est le meilleur barrage à la droite et à l’extrême droite qui veut faire des régions, des laboratoires de son souverainisme xénophobe. Et l’extrême droite – FN ne se combat pas au second tour mais dès le premier tour en attaquant son programme menaçant le social et la cohésion nationale.

Nous ne voulons pas comme 70% des Français, de régions au Front national. Mais non plus des régions à une droite qui veut défaire les régions solidaires construites par la gauche, unies depuis plus de quinze ans. Et dire que les déclarations de Christian Estrosi ne sont pas gaullistes et que celles de Xavier Bertrand rompent avec la tradition démocrate-chrétienne de la droite du Nord, c’est dire une vérité.

Comment pourrions-nous critiquer le Front national si nous passions sous silence les mêmes formules dans la bouche d’hommes ou de femmes de la droite classique ?

Cette dérive n’a t-elle pas conduit Nicolas Sarkozy à se séparer de Nadine Morano comme tête de liste ? La droite croit que face à la montée du FN, il faut le siphonner en reprenant ses mots. Et nous devrions cautionner ?

Enfin refuser le débat sur le 2e tour avant le premier est-ce une hérésie ? Mais si le Parti socialiste s’engageait dans la voie indiquée, il mettrait le FN au centre et réduirait la campagne dans 13 régions à 2 donnant ainsi un coup de pouce au Front national dans les autres régions. Il faciliterait l’offensive du Front national contre le PS et le parti « Les Républicains ». Il indiquerait à la gauche que le vote utile contre le Front national est le vote à droite. Il induirait ainsi que l’avenir dans les pays se jouera entre la droite parfois extrême et l’extrême droite. Et tout cela sur la foi de sondages ! Alors qu’ils ont démontré leur vacuité dans le pronostic de victoire frontiste aux élections départementales dans l’Aisne ou le Vaucluse ?

Désolé ! Dans le tricampisme, le PS et ses alliés assument leur combat au premier tour pour des régions solidaires et écologiques. Nous nous battrons pour créer la surprise dès le premier tour. Puis nous analyserons la situation. L’unité de la gauche maintenant acquise, nous prendrons nos responsabilités pour gagner au second tour. Sachant que la droite refusera le Front républicain et qu’il ne lui en sera jamais fait grief.

Parue dans Le Monde, le 4 novembre 2015