Point sur la situation des quartiers populaires

Retrouvez l’interview de Samia Ghali, Secrétaire nationale au logement, ville, quartiers populaires du Parti socialiste et Sénatrice de Marseille.

Dix ans après les terribles événements de 2005, la situation s’est-elle améliorée pour les habitants des quartiers populaires ?

La révolte qu’on ressentait en 2005 a changé de forme mais est toujours aussi palpable aujourd’hui. Je comprends les habitants de ces cités, ils ont patienté longtemps. Des familles sur plusieurs générations ont vu petit à petit la République s’éloigner d’eux: des services publics qui disparaissent, leur appartement de famille qui se délabre, des parents gagnés par les difficultés financières et le chômage, une jeunesse attirée par la rue et stigmatisée, même « Karsherisée » par la droite.

La précipitation, le provisoire qui ont accompagnés la construction de ces quartiers dans l’urgence se sont installés durablement. La République n’a pas su apporter des réponses efficaces à ces français silencieux, résignés.

C’est désormais la jeune génération qui exprime cette souffrance, ces années d’attente et de non-dit.

Bien sûr, des outils d’action et de transformation, comme l’agence de rénovation urbaine, ont été créés et accompagnés par les ministres successifs de la politique de la ville et surtout par les maires de ces villes à qui je veux rendre hommage.

Les villes se transforment principalement sur le volet urbain, du bâti mais les réponses que nous devons apporter sont humaines: école, santé, emploi, transports, services. Ce sont les véritables enjeux de la mutation des quartiers populaires.

Le gouvernement a pris des mesures et a réformé la politique de la ville. Qu’en penses-tu ? Quelles sont les actions à mener immédiatement selon toi ?

La réforme de la politique de la ville démarrée par François Lamy – et mise en œuvre par Myriam El Khomri et Patrick Kanner – a permis de rendre l’action publique plus efficace en créant un contrat de ville unique.

Pour autant, il faut être lucide, les objectifs à atteindre ne sont pas simplement urbains, il faut s’engager sur le développement social et économique des quartiers populaires. Les habitants, les mères de famille demandent une chose : un avenir pour leurs enfants.

Si nous ne donnons comme perspectives aux quartiers populaires de n’héberger que de la misère, nous ne réussirons pas la mutation souhaitée.

Toute notre énergie doit être déployée pour répondre à cela.

J’ai trois actions immédiates qui me viennent à l’esprit : lutter contre le décrochage scolaire en adaptant les formations aux attentes des jeunes et en répondant aux besoins des territoires, améliorer l’accès aux soins. Je me bats avec Marisol Touraine pour faire revenir des médecins dans les quartiers.

Je pense aussi aux transports. Il faut désenclaver les derniers territoires. Ce n’est pas normal par exemple que Clichy sous Bois n’ait pas encore son tramway. Et qu’à Marseille les lignes nouvelles de transports s’arrêtent en lisière des quartiers populaires ! Je crois enfin – et surtout – à la nécessité de développer des mesures fortes pour aider les jeunes à s’insérer professionnellement que ce soit par la création de réseaux d’entreprises solidaires ou encore en développant l’auto-entreprenariat dans les quartiers de la politique de la ville.

Nos jeunes ne manquent pas d’idées, aidons-les à les faire émerger.

S’il y avait un message à adresser aux habitants des quartiers populaires, quel serait-il ?

2015 n’est pas une date anniversaire, elle est une date repère dans l’histoire des quartiers populaires ! Profitons-en pour porter un cri d’espoir, celui du choc d’égalité.

Les quartiers ne demandent pas l’aumône à la République, ils demandent à être respectés pour ce qu’ils sont, des territoires français à part entière.