Les migrations climatiques : un enjeu fondamental encore inaperçu

Si le réchauffement climatique provoque un impact certain dans un pays comme le nôtre, il a des conséquences encore plus lourdes dans les pays en développement, entraînant sécheresse, famines, déplacements de population, etc. Au niveau de la planète, le réchauffement climatique est un facteur aggravant des inégalités.

Alors que l’afflux de demandeurs d’asile s’explique avant tout par l’intensification des conflits régionaux, notamment au Proche-Orient (guerre civile syrienne et émergence de DAESH en Syrie et en Irak), il nous faut aussi prendre conscience du phénomène massif des déplacés pour des raisons climatiques.

C’est pourquoi suite au sommet des socialistes et sociaux démocrates européens pour le climat qui s’est tenu à Paris le 21 octobre en présence du Premier Ministre, Manuel Valls et du Premier Secrétaire du Parti Socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, il convient de réfléchir sur le sujet des Réfugiés Climatiques.

Pour juger de cette importance, rappelons que dans le monde on dénombre environ 27 millions de déplacés environnementaux par an, ce qui est plus important encore que les réfugiés qui fuient des pays en conflit.

Les migrations climatiques sont un facteur multiplicateur des migrations observées aujourd’hui. A titre d’exemple, le conflit syrien intervient à la suite d’un phénomène de désertification qui a provoqué un déplacement de la population du Nord-Est au Sud-Est. C’est à cet endroit même que la révolution syrienne avait commencé.

Cela permettrait de dire que la première cause qui fait que l’on se retrouve dans un camp de réfugiés, ce n’est pas un conflit, une guerre, mais bien plus souvent un cyclone, une montée des eaux, une sécheresse … les déplacements liés au climat sont trois fois plus nombreux que ceux liés aux conflits et requièrent également une action d’ampleur de la communauté internationale.

Dans 10 ans, dans 25 ans, c’est-à-dire demain, combien seront ces naufragés du climat ?

Nous-mêmes, ne ferons-nous pas partie de ce nombre ? Il est avéré que le réchauffement climatique augmente la force et la fréquence des phénomènes climatiques extrêmes ; comme par exemple tempêtes, pour faire référence à la tempête Xinthia ou à ce qui s’est passé au début du mois d’octobre 2015 sur la côte d’Azur.

Face à cet enjeu global et majeur, il est fondamental d’agir préventivement pour limiter les sources de pollution. A cet égard, notre pays va jouer un rôle essentiel, sous l’impulsion du Président de la République François Hollande, en accueillant du 30 novembre au 11 décembre prochain, la fameuse COP21.

Mais dans l’attente de la mise en place des décisions nécessaires à la sauvegarde du climat, les effets humains négatifs du réchauffement climatique dont, en premier lieu, le problème des déplacés, doivent être pris en compte dès à présent.

La difficulté réside dans le fait que  ces personnes forcées à l’exil à cause du climat ne disposent d’aucun statut juridique. L’utilisation des termes « réfugiés », « migrants », « déplacés » varie selon les groupes d’intérêts, chercheurs ou affiliations institutionnelles : les définir n’est pas chose évidente.

A cela s’ajoute le fait qu’il n’existe aucun statut ni aucune véritable protection du réfugié climatique mais des bribes de solutions qui lient plusieurs branches du droit international (droits de l’homme, droit de l’environnement notamment).

Il faut engager une réflexion sur ce statut et mettre les acteurs locaux, régionaux et nationaux, face à leur responsabilité et leur devoir de protection des droits et de la dignité de tous. Il nous revient d’agir en commun pour changer les choses, pour défendre les générations futures et préparer une mobilisation mondiale des consciences.

Le but d’un responsable politique n’est-il pas de donner une place, un droit à ceux qui n’en ont pas ?

Dans cet objectif, plusieurs dizaines de personnalités dont des philosophes et des intellectuels ont lancé un appel pour « se mobiliser » et en finir avec « les crimes climatiques ». Le texte a été rendu public au mois de septembre. Il demande que les gouvernements mettent un terme aux subventions qu’ils versent à l’industrie fossile… « en renonçant à l’exploitation de 80% de toutes les réserves de carburants fossiles ».

Leur appel à réduire notre empreinte carbone est devenu un chantier de défense des droits humains de notre époque.

Cette mobilisation trouvera, nous l’espérons, un premier écho d’importance au travers de la COP21 portée par le Président François Hollande qui a pris la mesure de ce défi crucial pour la survie de notre humanité.