«Le principal problème posé [par l’ISF] est la définition du meilleur équilibre entre la solidarité nécessaire et la pertinence économique», disait Michel Rocard à l’Assemblée au moment du rétablissement de l’impôt sur la fortune en 1988.

La nouvelle suppression de l’impôt sur la fortune votée par les députés de la majorité vendredi coûtera environ 4 milliards à l’Etat, une somme insupportable lorsque l’on sait qu’elle sera compensée en partie par une hausse d’impôts qui touchent tous les contribuables et notamment les plus modestes, comme la CSG.

Ajoutons à cela la mise en place du prélèvement forfaitaire unique sur les revenus du capital, et c’est la progressivité du système français d’imposition qui est mise à mal, alors qu’avec ces mesures, un ménage gagnant moins de 27 000 euros par an payera proportionnellement plus d’impôt sur le revenu qu’un milliardaire vendant ses actions.

Outre le caractère choquant de ces mesures, quand notre pays compte près de 9 millions de personnes sous le seuil de pauvreté, c’est l’efficacité économique de la suppression de l’ISF qui est fortement remise en question.

D’abord parce que la propension à consommer des revenus les plus faibles est plus élevée, c’est-à-dire qu’un euro alloué à un ménage modeste contribue plus à la relance de l’économie qu’un euro alloué à un ménage aisé, comme l’a montré Keynes avec sa théorie de la propension marginale à consommer.