Pourquoi le nationalisme du Front National est une fable .

L’étendard protectionniste se dresse aujourd’hui comme une lueur d’espoir, l’ultime assaut pour acquérir la victoire contre une mondialisation dont les effets s’imposent à chacun avec de plus en plus de force. Il est ainsi aisé pour Marine Le Pen d’instrumentaliser cette peur, de brandir cet étendard en s’emparant d’une argumentation qui s’imposerait naturellement à ceux qu’elle prétend défendre.

Madame Le Pen nous propose l’illusion d’une « France First », d’une France fermée sur elle-même, à l’image d’une Amérique dont les murs s’érigent contre son passé.

Ainsi, le Front national dresse-t-il trois murs dont les conséquences dramatiques semblent inéluctables : le protectionnisme des personnes, le protectionnisme commercial, des biens et services et enfin le protectionnisme monétaire.

De prime abord, le Front national propose dans son projet de « retrouver des frontières qui protègent et d’en finir avec l’immigration incontrôlée ».

Selon le responsable du programme économique du Front National, le député européen (et futur ministre de l’Economie ?) Bernard Monot, cette limitation de l’immigration se ferait notamment en réduisant fortement le regroupement familial, l’accès au droit d’asile et l’immigration économique.

Or l’interdiction du regroupement familial contreviendrait-il au « Droit à mener une vie privée et familiale », reconnu par l’article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales (CEDH).

Il en va de même pour le droit d’asile, que la Présidente du Front National souhaiterait limiter aux « cas qui le justifient réellement ». Limiter le nombre d’entrées légales sur le territoire à 10.000 sur un an, reviendrait à diviser au moins par deux le nombre de réfugiés. Cette politique serait immédiatement sanctionnée par la Cour européenne des Droits de l’Homme et est contradictoire avec l’application de la convention relative au statut des réfugiés.

Pour ce qui est de l’immigration économique, on comptait en France en 2015 moins de 20.000 étrangers extra-communautaires, et 400.000 travailleurs européens.

Pour limiter les entrées légales à 10.000 par an, il faudrait donc réduire l’immigration de 2 500%…

Le Front National cherche ainsi à promouvoir sa politique de préférence nationale avec des français « de souche » en opposition aux français « de papiers » tout en instrumentalisant le mythe de « l’étranger voleur d’emplois ». Mais un rapport de l’Assemblée Nationale, paru en 2011, démontre que les migrants rapportent plus que ce qu’ils coûtent, soit 60,3 milliards d’euros annuels de gain contre 49 milliards d’euros de perte.

D’autres études confirment également une corrélation positive et proportionnelle entre la hausse de population via l’immigration et la croissance du PIB.

A l’inverse, la fermeture des frontières aux migrants aurait un impact non négligeable sur la croissance de notre PIB, car il s’agit de nouveaux consommateurs, investisseurs et épargnants.

Ces mesures sont des mesures de désordre et d’instabilité pour l’état de droit favorisant la montée du communautarisme et un risque de future guerre civile.

A ces frontières érigées contre les personnes, Marine Le Pen propose un protectionnisme commercial, un protectionnisme des biens et services, qu’elle qualifie de « protectionnisme intelligent ».

Marine Le Pen avance ainsi l’idée de taxer les biens et services à l’importation (de 3%), mais aussi de lutter contre les délocalisations «sauvages».

Le Front National fait-il ici l’aveu de ses faibles capacités à appréhender les questions économiques ? Cette politique accablerait plus encore les victimes de la mondialisation qu’elle prétend pourtant protéger.

  • Parce qu’elle réfute le fait qu’on vit dans un monde global interconnecté ou l’importation et l’exportation sont donc plus que jamais liées et dépendantes.

L‘importation est une nécessité absolue à l’exportation et l’ouverture internationale est essentielle au développement.

  • Parce que le commerce international a changé de nature et les idées de Marine Le Pen sont désormais obsolètes. Les pays n’échangent plus de produits finis entre eux mais des instants de productions d’un même produit.

Donc l’argument du Front National qui consiste à rééquilibrer le marché intérieur français en faveur des produits français est faux car acquérir ou réacquérir en France des savoir-faire de produits que l’on ne sait pas ou plus fabriquer n’est pas du tout garanti et ne peut se faire en quelques semaines.

  • Parce que favoriser une économie qui serait dépendante exclusivement de la demande publique renchérirait nos produits qui seraient moins compétitifs à l’exportation.

Parier sur la montée en gamme, miser sur l’innovation, la recherche et la formation pour une main d’œuvre plus qualifiée, compenseraient le fait qu’on ne soit pas aujourd’hui en phase avec les besoins du marché international.

  • Parce qu’elle sous-estime les risques de représailles : « Tout action provoque une réaction »

En effet, en surtaxant des produits étrangers, on s’exposerait, en retour, à des mesures du même type à l’étranger contre les produits français rendant leur exportation plus difficile.

La Chine, à titre d’exemple, est notre 6ème partenaire commercial alors que nous ne faisons même pas partie de ses 20 premiers partenaires commerciaux. Nous avons donc beaucoup plus à perdre d’un éventuel « effet boomerang », c’est-à-dire en cas de représailles économiques de cette dernière donc de risque de guerre commerciale.

L’industrie automobile à l’export serait ainsi concurrencée par les voitures allemandes qui coûteraient moins cher pour les pays importateurs. L’industrie agroalimentaire en serait aussi impactée car elle est dépendante du commerce international et donc nos agriculteurs en seront les premières victimes.

Se fermer au commerce avec les grands pays exportateurs de notre siècle aurait un coût : entre 1300 et 3500 euros par an pour chaque ménage français, soit 6% à 18% du revenu médian selon une enquête du Centre d’études prospectives et d’informations internationales.

Ce que propose le Front National n’est rien d’autre qu’un ostracisme amélioré par rapport à celui de la Corée du Nord. Ce « protectionnisme intelligent » de Marine Le Pen n’est rien d’autre qu’un nationalisme plongeant la France dans une régression « chaviste », pays dans lequel le PIB a chuté de 10%, l’inflation a culminé à 475% et où 30 millions de Vénézuéliens manquent de tout.

Mais c’est surtout à son protectionnisme monétaire que le Front National doit sa réputation avec le rétablissement du franc, « Levier de compétitivité » selon les termes du Front National, et sa volonté de le dévaluer.

Cependant, cette dévaluation conduirait à un renchérissement des importations et donc à une baisse du pouvoir d’achat provoquant une inflation générale.

Ce serait un désastre pour les épargnants, souvent des personnes âgées, un malheur pour les endettés, avec l’augmentation de taux d’intérêts, une ruine pour les petits commerçants, artisans et une catastrophe pour les ménages les plus modestes.

De plus, les investisseurs étrangers détiennent plus de 60% de notre dette extérieure. Les créances en euro seraient donc transformées en franc désormais déprécié et on serait dans l’incapacité de rembourser notre dette et donc en faillite.

Bref, revenir au franc consisterait à entrer à nouveau dans un cercle vicieux de dévaluations compétitives. Il semble que le Front National ait oublié l’objectif pour lequel l’euro a été créé.

Si on laisse aux démagogues les rênes du pouvoir, les conséquences d’un tel protectionnisme sur le plan humain, commercial et monétaire, entraineraient un pays prospère dans la misère.

Il est évident que la mondialisation procure une forme d’injustice, de par l’augmentation des inégalités, due à la faiblesse de la redistribution des richesses et plus particulièrement dans les pays anglo-saxons.

Mais, pour éviter ce capitalisme sauvage, la solution ne consiste pas à lui opposer « un protectionnisme intelligent ». Ce nationalisme n’est rien d’autre qu’un renoncement à une maîtrise de la mondialisation.

Pour qu’un tel régime puisse tenir, il faut instaurer un régime similaire à celui de Poutine ou d’Erdogan ou à celui d’Orban renforçant l’état au détriment des initiatives individuelles et instaurant une économie administrée et autoritaire.

Au delà de la menace pour les valeurs de la République, ce type de sociétés constitue un péril pour notre démocratie et la fin de la France telle qu’on l’aime.