On ne peut regarder l’Espagne les bras ballants !

Mais elle est où la gauche?
Ils sont où les Insoumis, les socialistes, les communistes, les écologistes dans ce qui en Espagne s’apparente au début de la crise yougoslave?
Car ne nous y trompons pas, un début de double pouvoir se met en place entre les élections à la constituante. Cela ne rappelle rien aux Insoumis? Et les élections constitutionnelles voulues par Madrid, la droite et le gouvernement?
On peut comprendre que le Président Macron renvoie l’ascenseur à Mariano Rajoy pour son soutien sur les travailleurs détachés mais ça ne fait pas une politique européenne. Et Jean-Claude Juncker en ballade avec Emmanuel Macron ne devrait-il pas rentrer pour traiter ce sujet qui va s’envenimer? Au nom de la non intervention dans les affaires de l’Etat d’un pays voisin on applique le « démerdez-vous! ». Et puis comme toujours, on va constater les dégâts. C’est une honte pour l’Europe et une faute pour la France.
L’intransigeance des conservateurs à Madrid et celle des nationalistes à Barcelone a conduit à un dialogue de sourds. Les indépendantistes catalans sont suffisamment nombreux: 2 millions pour croire en l’indépendance mais pas assez pour l’imposer. Ils vont donc aller jusqu’au bout pour créer les conditions d’un avenir possible. Madrid a la Constitution, la légalité mais la crise politique mine l’autorité du gouvernement. Chaque parti a compris que cette crise lui permettait de se refaire face à Ciudadanos et Podemos. Mais jusqu’où?
On parle d’élections mais on va assister aux confrontations de manifestations. Seront-elles toujours pacifiques car les unionistes sont fort nombreux mais pas suffisamment pour contraindre les activistes. La Constitution espagnole n’a pas d’article 16 donc la presse et le Parlement seront toujours aux mains des indépendantistes qui ont en tête de gagner ou de faire un précédent.
Notre classe politique est à ce point jacobine pour ne pas voir qu’il y a travers cette crise une volonté de maîtriser son destin dans la mondialisation? L’Europe ne comprend pas qu’elle démontre ainsi qu’elle est politiquement inutile. Les deux partis ont besoin de la France et de l’Europe. Il est indispensable d’intervenir diplomatiquement, politiquement. Nous avons déjà trop tardé. L’Europe a déjà été confrontée à la crise belge avec les velléités séparatistes flamandes, à la situation italienne avec les récents votes dans les régions du Nord qui n’ont pas été insensibles à la situation espagnole. Bientôt il sera trop tard car le feu couve au Pays basque et dans d’autres régions et Madrid est politiquement faible.
Le PSOE est le seul parti à proposer depuis longtemps une voie praticable et d’ailleurs il a refait son unité sur cette question.
La solution est une deuxième révolution démocratique après la chute de Franco, une souveraineté revisitée avec un statut d’association. Mais cela rendrait l’Espagne divisible. Dans tous les cas la France doit être au minimum garante de la paix civile et du refus de l’engrenage vers la violence.
Il est temps que la question espagnole devienne une question européenne et française.
Jean-Christophe Cambadélis, ancien Premier secrétaire du Parti socialiste Député honoraire