Projet de loi santé : La modernisation du système au coeur de la réforme

Le projet de loi santé, présenté en conseil des ministres au mois d’octobre sera discuté en séance publique à partir du 31 mars.
Entretien avec Marc Mancel, secrétaire national à la santé du Parti socialiste.
Il est destiné à changer le quotidien des patients et des professionnels de santé, tout en modernisant le système.
« Nous sommes à un tournant pour engager la modernisation de notre système de santé. Si nous ne le prenons  pas aujourd’hui, nous serons dos au mur dans quelques années », explique Marc Mancel, secrétaire national à la santé. Confronté à de nouveaux défis comme l’allongement de la durée de vie, le développement des maladies chroniques, les inégalités sociales et les déserts médicaux, notre système de santé doit évoluer.
« Le virage ambulatoire vise à sortir d’un système hospitalocentré pour laisser davantage de place au médecin généraliste, au médecin traitant, comme pivot du  parcours de soins, précise Marc Mancel.
Il faut également passer d’une médecine curative à une médecine  plus préventive. »
Le projet de loi santé s’articule autour de trois axes :

Le renforcement de la prévention

Notre secrétaire national estime que les règles d’hygiène, la nécessité de se nourrir correctement, de ne pas fumer dès le plus jeune âge ça s’apprend :
«Renforcer le discours préventif n’aura d’effets qu’à moyen et long terme, mais il faut commencer dès maintenant pour que les générations qui viennent, vivent plus longtemps et en meilleure santé. Par ailleurs, éduquer les enfants permet aussi de sensibiliser leurs parents. C’est un changement à long terme qui permettra de réguler durablement les dépenses de santé et ainsi de préserver notre système de protection sociale. »
Beaucoup de maladies peuvent être évitées par l’encouragement des comportements favorables à la santé. Le projet de loi prévoit plusieurs mesures contre le tabagisme (paquets neutres), contre l’obésité (logo nutritionnel sur les aliments) et de sensibilisation aux bonnes pratiques pour les jeunes (lutte contre l’alcoolisation excessive, prévention des MST…).

Une organisation centrée autour du médecin traitant

Le « virage ambulatoire » se concrétise.
« Le médecin traitant est le pivot du système, il en est le régulateur. »
 La mesure la plus emblématique est la mise en place du tiers payant généralisé, afin de garantir à tous l’accès aux soins. Elle se fera par palier jusqu’en 2017 pour tous les Français. C’est une « vraie mesure de gauche, de justice sociale, de lutte contre les inégalités sociales de santé » , se réjouit Marc Mancel, qui salue la volonté de la ministre et du gouvernement de porter cette mesure « jusqu’au bout », malgré l’opposition de certains médecins.
« Aujourd’hui 20 à 25 % des Français renoncent à des soins parce qu’ils n’ont pas les moyens d’avancer les frais» , rappelle le secrétaire national.
Cela ne touche pas les plus pauvres, qui bénéficient de la CMU –mesure également mise en place par la  gauche-, mais les classes moyennes basses, celles qui touchent entre 1 500 et 2 500 euros. Entre le loyer, la nourriture, les transports, ils ne peuvent  pas avancer les frais de santé même s’ils sont remboursés plus tard. Ils n’ont d’autre choix que d’aller aux urgences, même pour des consultations de médecine générale. Cela engorge les urgences, c’est une perte de temps  pour tout le monde. Car ce n’est pas  pour le plaisir qu’on attend pendant des heures, alors qu’une visite chez le généraliste du quartier aurait suffi. Demain, tout le monde pourra y aller sans avancer d’argent, et ce système fonctionne déjà très bien dans les  pharmacies. Il est également mis en  place, chez les médecins, depuis plus de 10 ans dans le département de La Réunion et aucun professionnel ne s’en plaint. Je ne crois pas que cela va pousser à la surconsommation car  personne ne va chez le médecin par  plaisir.
Cette mesure permettra de créer un nouveau parcours de soin centré au-tour du médecin traitant en n’ayant recours à l’hospitalisation que lorsque qu’elle est nécessaire.
Marc Mancel estime :
Il faut repenser l’hôpital Les avancées technologiques  permettent aujourd’hui de faire en une  journée ce qui nécessitait auparavant  plusieurs jours d’hospitalisation. C’est le cas par exemple de l’appendicectomie. L’hôpital doit se réserver les cas aigus, le reste peut être soigné dans les maisons de santé pluriprofessionnelles, dans les centres de santé, chez les généralistes.
Par ailleurs, le projet de loi prévoit, entre autres, l’instauration du médecin traitant pour les enfants de moins de 16 ans, la création d’un numéro d’appel national de garde et d’un service public d’information en santé ou encore une lettre de liaison adressée par l’hôpital au médecin traitant le jour même de la sortie d’hospitalisation.

Le renforcement du droit des patients

Le rôle des associations de patients sera accru. Leurs initiatives seront valorisées. L’accès aux données de santé sera ouvert. L’action de groupe en santé sera instaurée, tout comme le droit à l’oubli pour d’anciens malades.
Pour Marc Mancel, ce projet de loi répond à la fois aux attentes des patients, en leur donnant davantage de place et à celles des professionnels de santé.
Les jeunes médecins par exemple sont demandeurs de la mutualisation des moyens que permet notamment les maisons de santé. Ils ne veulent pas être seuls et veulent retrouver en libéral l’esprit de com- pagnonnage qui règne à l’hôpital.
Le Premier ministre vient d’annoncer l’organisation d’une grande conférence de la santé. Pour Marc Mancel, « c’est un bon moyen pour améliorer la reconnaissance de tous les professionnels de santé. »

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