Renouveler les pratiques politiques pour reconquérir les jeunes générations

Préjugé : « les jeunes ne s’intéressent pas à la politique »

Une enquête conduite par le Fondation européenne d’études progressistes [1] dans 12 pays pose un constat assez unanime : les jeunes s’intéressent à la politique, ont envie d’exercer leur droit de vote… mais ils doivent pour cela se sentir concernés et écoutés.

Manque d’espoir, de confiance en l’avenir, impression de promesses non tenues, d’un manque d’ambition politique face au poids des contraintes imposées par ce monde globalisé : il est urgent de s’adapter aux attentes des jeunes d’aujourd’hui.

La politique, dans son sens étymologique du terme, c’est la chose publique, « la vie de la Cité ». Et notre jeunesse y prend pleinement sa part. Il est faux de généraliser le désintérêt de la jeune génération, au regard de l’investissement volontaire et associatif dans lequel s’engagent bon nombre d’entre eux. 59% des Français ayant entre 18 et 29 ans se sentent engagés, quelle que soit la forme que peut prendre cet engagement [2].

En ce qui concerne l’engagement politique, pour celles et ceux qui en sont éloignés, l’enjeu est de mettre un terme au désenchantement plutôt que de les pointer du doigt, et ce en favorisant le renouvellement des pratiques politiques.

Voici une belle phrase vieille lune, mais une belle phrase à laquelle il est urgent de donner corps et sens.

Comment ?

  • repositiver les messages : l’exemple de Bernie Sanders et de Jérémy Corbin qui ont su porter un projet d’espoir et d’avenir ont rencontré une véritable adhésion parmi les jeunes qui se sont reconnus dans leur programme. La preuve que la teneur du programme reste prédominante sur la question du renouvellement générationnel des candidats, même si ce dernier sujet est fondamental.
  • Incarner la jeunesse en politique : pour parler à la jeunesse, faut il encore en comprendre les attentes et souvent les mieux placés pour en parler sont ceux qui la composent. D’où l’importance d’encourager l’émergence de nouveaux élus plus jeunes, plus représentatifs de ce qu’est la jeunesse et la société d’aujourd’hui. Le Parti Socialiste pour les élections législatives à venir sera le premier grand parti de France à investir plus de femmes que d’hommes, à veiller à l’émergence de candidat(e)s issu(e)s d’une grande diversité sociale, d’origine, de milieu…
  • Casser les codes de l’expression politique : l’enjeu est surtout de permettre l’expression de militants, de candidats, d’élus, qui n’ont pas encore intégré les codes du sérail politique. Aujourd’hui, de nombreux responsables politiques s’expriment de manière complexe, avec un langage technique, que leur ont imposé le schéma universitaire ou leurs aînés, grands tribuns politiques.

En quoi un langage plus accessible serait moins sérieux ou dénué de fond ? Le langage du quotidien doit être réinvesti par les partis politiques car il diminue la distance entre le politique et le Citoyen. Il permettra également plus facilement de favoriser l’échange avec les jeunes, qui parfois s’autocensurent face au perpétuel concours d’éloquence que s’imposent les responsables politiques.

Si le Front National recueille aujourd’hui autant de voix de la jeunesse, c’est parce qu’il occupe un espace que les partis traditionnels lui ont laissé : des messages simples, des candidats jeunes et non professionnels de la politique. A nous de savoir réinvestir la jeunesse populaire, mais sans populisme.

  • Donner confiance face à la méfiance : savoir affirmer nos idéaux haut et fort, ne pas laisser d’espace au renoncement, et ne pas avoir peur de soutenir les sujets qui nous démarquent des autres partis politiques. La jeunesse n’attend pas de consensus mou, mais de la ténacité et de la résistance.
  • Dépasser les formes traditionnelles de partis et de militantisme : les jeunes peuvent avoir envie de s’investir sur une cause sans épouser l’ensemble des lignes d’un parti politique. Comme dans d’autres pays européens, favorisons les groupes de réflexion au delà des partis, comme la Belle Alliance Populaire a vocation à le faire. Syndicalistes, bénévoles associatifs, étudiants : permettons aux échanges de se réaliser en dehors de nos réunions militantes traditionnelles pour ne pas se couper de celles et ceux qui sont freinés par l’idée d’adhérer à un parti politique, même s’ils en partagent les valeurs et la majorité des idées.
  • Réinvestissons la démocratie participative grâce aux outils de communication modernes : la jeune génération a grandi avec Internet. Utilisons pleinement cet outil qui permet une diffusion large et une instantanéité de l’échange. Encourageons par exemple le droit d’amendement citoyen par Internet, comme cela a parfaitement fonctionné sur les projets de loi sur la république numérique et sur l’égalité et la citoyenneté.

À nous enfin, responsables et militants socialistes, de savoir conjuguer nos valeurs traditionnelles et inaliénables avec ouverture et modernité. Tel est l’enjeu de la reconquête de la génération actuelle et celle de demain.

[1] https://www.millennialdialogue.com

[2] Sondage « Les jeunes, l’engagement et l’entrepreneuriat« , BVA pour France Active, 09/2016. Copyright © 2016 Le Pouvoir des Idées