Les relations Russie/Ukraine

Partenariat oriental

L’UE a tendu la main à ses voisins de l’Est depuis une bonne décennie. La garantie de la paix et d’une économie prospère continue d’attirer bien au-delà de nos frontières.

  • L’UE a proposé des accords de libre-échange avec quatre pays : l’Ukraine, la Moldavie, la Géorgie et l’Arménie (ce dernier est revenu en arrière l’automne dernier). L’UE devrait signer ces accords, négociés de longue date, avec la Géorgie et la Moldavie dès le moins de juin ; elle devrait faire de même avec l’Ukraine si l’élection présidentielle du 25 mai prochaine se déroule bien. Ouvrir ces marchés à nos entreprises est un avantage pour nous comme pour les économies de ces pays.
  • Au-delà de simples accords de libre-échange, l’UE propose des accords complets, avec des éléments politiques – respect de l’Etat de droit, lutte contre la corruption etc. Pour nous l’Europe n’est pas qu’un grand marché, mais aussi des valeurs de droit et de justice.
  • Nous avons toujours joué la carte de la transparence vis-à-vis de la Russie : elle faisait partie de nos plans en 2003, lorsque l’UE a précisé pour la première fois son partenariat oriental ; la Russie n’a jamais souhaité être associée à aucune des négociations d’accord avec ces pays depuis 2007. Au contraire elle a joué la surenchère en créant une union douanière en un clin d’œil (annoncée en juin 2009, entrée en vigueur le 1er janvier 2010). L’UE avait même commencé des négociations avec la Russie pour un nouvel accord, autant politique qu’économique. Mais la Russie n’a jamais sérieusement donné de suite à nos avances.
  • Le partenariat oriental n’a jamais posé le moindre problème concret à la Russie,malgré ce que ces derniers peuvent dire aujourd’hui.
  • Economiquement les accords avec l’Ukraine ou nos autres voisins devraient renforcer ces économies, et in fine profiter à la Russie – nombre d’investisseurs dans ces pays sont russes, et de nombreuses entreprises russes exportent en Ukraine ou ailleurs dans la région.
  • Politiquement le partenariat oriental permettrait de stabiliser nos voisins de l’est. Ce qui ne peut être que bénéfique pour la Russie.
  • En revanche, la Russie ne peut considérer l’Ukraine, la Moldavie ou encore la Géorgie comme des protectorats. Ce sont des Etats souverains et non des dominions ou des ex-colonies au titre d’une ancienne appartenance à l’Union soviétique. Ils doivent rester libres de coopérer autant avec l’UE qu’avec la Russie.
  • Les accords proposés par l’UE à nos voisins de l’est sont pleinement compatibles avec les accords de libre-échange existant les liants à la Russie ou à d’autres pays de la Communauté des Etats Indépendants (anciens sociétaires de l’Union soviétique). C’est la Russie qui n’accepte pas de partenariat gagnant-gagnant, avec son Union douanière qui exclut tout autre partenariat. La guerre froide et sa logique de jeu à somme nulle est pourtant derrière nous !
  • Il ne suffit plus de parler fort, comme l’a fait Nicolas Sarkozy à l’été 2008, lorsque les soldats russes étaient entrés en Géorgie – il était alors président du Conseil européen. Ses effets de manche n’ont pas empêché M. Poutine de parvenir à ses fins, à savoir détacher l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie de la Géorgie. Aujourd’hui encore, c’est M. Poutine qui est vainqueur de cette crise.
  • Aujourd’hui c’est le Conseil européen qui décide (MM. Barroso et van Rompuy ont disparu des radars) et les Etats membres sont divisés. Les socialistes, s’ils sont le premier groupe au PE après le 25 mai enverront Martin Schulz à la tête de la Commission. Ce sera alors une Commission forte – pas une Commission qui décide, la Commission ne décide jamais. Mais une Commission au rôle de leadership fort. Une Commission qui prendra ses responsabilité en jouant collectif et en faisant ressortir l’intérêt de toute l’UE. Avec Martin Schulz nous aurons une Europe qui saura tenir la dragée haute face à des Poutines, une Europe qui ne tombera pas dans le piège russe du « diviser pour mieux régner ».

Contexte

Le partenariat oriental est une main tendue par l’UE à ses voisins de l’est depuis le début des années 2000. Une fois les élargissements de 2004 (10 pays d’Europe centrale) et 2007 (Bulgarie et Roumanie) actés, il fallait repenser la politique étrangère de l’UE vis-à-vis des pays entre l’Europe et la Russie – Ukraine, Moldavie, Géorgie.

Les négociations pour un accord d’association (avec un accord de libre-échange en plus de chapitres politiques) avec l’Ukraine ont commencé dès 2007.

Le Sommet de Prague de mai 2009 a marqué le lancement formel de négociations avec 6 pays en tout: l’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Belarus, la Géorgie et la Moldavie – en plus de l’Ukraine. L’objectif était d’arriver à un accord d’association avec ces pays.

Quelle substance pour ces accords?

  • Nos voisins attendent avant tout des accords de libre-échange (baisse voire suppression des droits de douane/quotas; commerce de biens, mais aussi services, investissement; adoption de notre législation dans certains domaine, comme certains standards, normes de sécurité, économie de marché/concurrence etc.).
  • Ces accords comprennent aussi une dimension politique (droits de l’Homme, Etat de droit, lutte contre la corruption et contre le crime organisé, développement durable etc.)
  • La Russie, effarouchée par ces progrès, a annoncé moins d’un mois plus tard la création d’une Union douanière avec le Belarus et le Kazakhstan – entrée en vigueur en janvier 2010. Cette annonce, surréaliste (les délais de mise en œuvre ne sont que de quelques mois pour un projet particulièrement complexe), montre que ce projet d’Union douanière n’est rien d’autre qu’une mesure de représailles pour tenter de garder ces pays dans la zone d’influence exclusive de la Russie (comme à l’époque de l’URSS). L’intérêt économique d’une telle union douanière reste toujours à démontrer car elle regroupe trois économies semblables (et donc concurrentes) et non pas complémentaires. Enfin, ce n’est qu’un premier pas vers « l’Union économique eurasienne », dont le traité devrait être signé entre la Russie, le Kazakhstan et le Bélarus dès ce mois de mai pour une entrée en vigueur début 2015.

Les négociations de l’UE avec l’Ukraine, l’Arménie, la Géorgie et la Moldavie ont poursuivi leur cours jusqu’à leur aboutissement, début 2013. Les Accords d’Association avec ces pays devaient être conclus lors du Sommet de Vilnius, en novembre 2013. Mais la Russie s’est brutalement réveillée à l’été 2013 – on se souvient encore du blocage temporaire des camions ukrainiens à la frontières russe, avec des conséquences économiques non négligeables.

La même Russie qui n’avait jamais saisi notre main tendue, la même Russie qui ne s’était jamais intéressée à notre partenariat oriental. La voilà qui voulait mettre à mal des années de travail entre l’UE et des pays souverains – certes M. Poutine considère que ces pays continuent d’être dans la sphère d’influence directe de la Russie, même s’ils ne font plus partie de l’URSS.

Après de lourds chantages de la Russie (importation de gaz notamment), qui continuent d’ailleurs:

1)    l’Arménie s’est rétractée, sous la pression russe. Elle devrait rejoindre dès le moins de juin l’Union douanière Russie-Kazakhstan-Belarus.

2)    La Moldavie et la Géorgie devraient signer leur accord respectif avec l’UE au moins de juin. Concernant la Moldavie, le pays craint beaucoup un scénario proche de celui de la Crimée pour une de ses régions, la Transnistrie (occupée par l’armée russe depuis 1992) et nourrit des inquiétudes pour une autre de ses régions, la Gagaouzie, qui est en grande majorité pro-russe. Les menaces russes sont toujours fortes pour que ces pays ne signent pas l’accord d’association avec l’UE.

3)    l’Ukraine pro-russe du président Yanoukovych (qui a fui depuis) voulait en faire de même mais s’est heurtée aux fortes protestations publiques, réprimées dans le sang avec les affrontements du Maïdan. L’annexion de la Crimée, puis les soulèvements soi-disant spontanés (mais soutenus dans l’ombre  par Moscou) dans le sud et l’est de l’Ukraine (Donetsk, Slaviansk, Lougansk, Odessa etc.) ont gelé la situation. L’UE a décidé de signer « les chapitres politiques » de l’accord d’association le 21 mars 2014, laissant la partie commerciale (la plus importante) pour une signature après l’élection présidentielle ukrainienne du 25 mai. Si cette dernière a réellement lieu (la Russie fait tout pour déstabiliser le pays et annuler cette élection) la signature de l’accord commercial pourrait avoir lieu en même temps que les accords avec la Moldavie et la Géorgie (autour du 23 juin).

4)    Aujourd’hui le partenariat oriental est fortement lié à la crise avec l’Ukraine et la Russie. Bien qu’il ne s’est jamais agi d’une perspective d’adhérer à l’UE (même pour l’Ukraine), la Russie craint tout rapprochement avec l’UE (et OTAN). Poutine ne perçoit ces relations qu’à travers un jeu à somme nulle (si l’UE gagne, la Russie perd et vice-versa). C’est une vision qui date encore de la guerre froide, alors que l’UE estime que tout le monde a à gagner à des relations plus étroites (dialogue politique, coopération internationale sur plusieurs sujets, échanges commerciaux).