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    Élections 2012 - Présidentielle et législatives

    Élections 2012 - Présidentielle et législatives

    Education, recherche, culture Vendredi 20 Avril 2012 à 16:29

    Le changement, c'est aussi dans la Science

    Nicolas Sarkozy avait cru pouvoir tromper les Français sur son bilan en matière de politique scientifique. La réalité l'en a empêché : ce bilan est noir, et le besoin de changement s'exprime partout dans les laboratoires et les universités.
    Wendelin Werner, lauréat de la Médaille Fields, professeur à l'Université Paris Sud et à l'Ecole Normale Supérieure, a voulu témoigner de ce besoin de changement et apporter un soutien clair à François Hollande dans un texte reproduit ci-dessous.

    ***

    Nous voici dans la toute dernière ligne droite d'une campagne électorale que beaucoup auront - sans doute avec raison – perçue comme relativement pauvre, et où certains candidats usent de tant de raccourcis caricaturaux que même les journalistes qui essaient d'en établir la liste et de les décrypter n'arrivent plus à éclairer le « débat ».

    Parmi les réformes soi-disant réussies mises en avant par Nicolas Sarkozy lorsqu'il présente son bilan figure celle de l'enseignement supérieur. On entend ainsi dire que, grâce à la loi dite « LRU » (Loi relative aux libertés et responsabilités des universités), les universités françaises sont maintenant « autonomes », ce qui leur permettra à terme de jouer dans la même division que leurs grandes homologues anglo-saxonnes. Les obstacles et les « blocages » seraient ainsi levés. Or, la réalité me semble toute autre : les présidents d'universités fraîchement élus se trouvent aujourd'hui dans une situation peu enviable, avec une visibilité budgétaire à moyen ou long terme plus qu'incertaine et une autonomie en fait très relative, alors qu'ils sont censés assumer de nouvelles missions. La réforme de la gouvernance des universités était une nécessité et le gouvernement a eu le mérite de s'y atteler. C'est hélas quasiment son seul mérite car sa mise en œuvre dogmatique et brouillonne n'est clairement pas un succès. Plus généralement, loin de se trouver simplifié, le paysage institutionnel français de l'enseignement supérieur et de la recherche est devenu aujourd'hui un assemblage encore plus chaotique de strates diverses qui se chevauchent, dont il est bien difficile de percevoir comment il sera concrètement possible de faire émerger quelque chose de vraiment positif. Nos collègues étrangers sont absolument médusés devant une organisation si labyrinthique.

    Certes, durant ces dernières années, le gouvernement français a, dans un contexte économique difficile, préservé le budget de l'enseignement supérieur et de la recherche de coupes brutales. C'était un choix difficile, dont nous avons bien conscience, qui n'a pas été celui de tous les pays occidentaux (nos voisins d'outre-Manche en savent quelque chose). Cependant, il y a eu un gâchis considérable : en s'adressant au monde académique français comme à un enfant immature, on lui a expliqué que pour bénéficier de ce privilège budgétaire, il lui fallait se réformer de manière vertueuse. Mais le but attendu de ces réformes restait flou ; de nombreuses manœuvres institutionnelles ont été mises en route sous le contrôle ou l'impulsion du pouvoir politique, de façon assez désorganisée voire incohérente (je fais ici référence aux tentatives de réformes du CNRS, aux regroupements de certaines universités et grandes écoles dans les IDEX, à la création de multiples financements à court terme « sur projets », à certains LABEX qui regroupent jusqu'à une vingtaine d'unités de recherche...). Beaucoup de collègues de bonne volonté ont ainsi passé un temps tout à fait considérable dans des réunions aux enjeux vagues, à essayer de convaincre le pouvoir politique de corriger certaines de ses initiatives, ou enfin à préparer des dossiers pour répondre à des appels d'offres brouillons et mal ciblés.

    La désastreuse et symptomatique réforme de la formation des enseignants - la « mastérisation »- , qui a été imposée et improvisée en dépit du bon sens et avec un mépris peu compréhensible pour les protestations ou remarques émanant de tous les universitaires, mériterait en fait aussi que l'on s'y attarde, tout comme la manière dont sont parfois traités les étudiants et les chercheurs étrangers.

    Il faudra ainsi un mélange de courage, de clairvoyance, de capacité d'écoute et de persuasion, pour relancer une dynamique qui permette de sortir de la situation actuelle par le haut. Il est par exemple urgent d'arriver à instaurer un dialogue constructif fondé sur une confiance et une réelle connaissance réciproque entre les laboratoires universitaires et les grandes écoles. Cela est indispensable pour adapter enfin notre système si particulier au contexte actuel d'internationalisation de l'enseignement supérieur, de dialogue entre les sciences et d'ouverture au monde socio-économique, tout en se gardant de détruire ce que la spécificité du « modèle français » a de positif. Il y aurait beaucoup à faire sur les gouvernances et les multiples tutelles ministérielles des grandes écoles qui parlent dans une cacophonie constante, et qui augurent plutôt mal de la réussite des rapprochements induits par les IDEX.

    La priorité devra toujours rester la qualité de l'enseignement, de la recherche, et l'attention portée aux étudiants pour préparer leur avenir professionnel. Il faut donc donner la parole et faire confiance à celles et ceux qui savent vraiment ce qui se passe dans un laboratoire de recherche, dans une salle de cours ou un amphithéâtre. Le riche monde académique français doit être un moteur des réformes à venir, qui devront décloisonner et simplifier notre système d'enseignement supérieur et de recherche, au lieu de subir des dérives managériales ou technocratiques émanant de « décideurs » et de lobbyistes qui n'ont qu'une vision fantasmatique ou dépassée de ce qu'est la transmission et la production du savoir.

    Le programme proposé par François Hollande pour l'enseignement supérieur et le recherche ne décrit pas de solutions miraculeuses imaginées par des apprentis-sorciers du néolibéralisme ou de la planification. Au contraire, il semble basé sur la restauration d'une confiance et d'une écoute réciproque et pragmatique entre le pouvoir politique et le monde académique. Ceci va, de toute évidence, dans la bonne direction.

    Je voterai François Hollande.

    Wendelin Werner, mathématicien,
    Professeur à l'Université Paris-Sud et à l'Ecole Normale Supérieure
    Membre de l'Académie des Sciences, médaille Fields 2006