Réforme de l’Etat et décentralisation Jeudi 8 Avril 2010 à 10:00
Le projet du Grand Paris, ou l’obstination technocratique d’un Etat autoritaire.
Le projet de loi sur le grand Paris est actuellement en cours d’examen au Sénat, après son adoption par l’Assemblée dans le cadre d’une procédure d’urgence le 1er décembre. Les socialistes s'opposent fermement à un texte qui n'apporte rien pour résorber les inégalités sociales et territoriales grandissantes du territoire francilien, et qui affaiblit le rôle des collectivités territoriales au profit d’un Etat technocratique, autoritaire, hyper-centralisé, et fort peu respectueux de la démocratie locale .
Le gouvernement s’entête à promouvoir la création d’un Grand Huit, double boucle de métro automatique autour de Paris, longue de 130 kilomètres, qui se contenterait de relier les pôles de compétitivité, au lieu de favoriser le maillage de proximité des territoires. Par ailleurs, le gouvernement persiste à présenter un texte sans ambition sociale, sans mesure en faveur des quartiers défavorisés, et qui ne répond pas aux besoins des Franciliens qu'il s'agisse des logements, ou des déplacements quotidiens.
Ce projet inégalitaire coûterait la bagatelle de 21,4 milliards d’euros, dont le financement est encore extrêmement flou. L’Etat annonce une dotation en capital de 4 milliards, qui permettrait à la Société du Grand Paris (sous contrôle de l’Etat) de lancer un emprunt, remboursé notamment par la valorisation des terrains et immeubles liée aux nouvelles infrastructures de transport. Ainsi le gouvernement n’a-t-il pas jugé bon de fournir d’engagement financier, mais a tout de même pris la peine d’annoncer la création de trois nouvelles taxes dont un impôt sur les plus-values foncières autour des gares, qui augmentera le risque de spéculation foncière dans une région qui souffre déjà d’une pénurie de logements sociaux.
Le plan de mobilisation pour les transports et son projet phare de métro circulaire, Arc Express présenté par la région Ile-de-France (qui ne coûterait que 10 à 12 milliards d’euros), et qui a été voté à l’unanimité par des membres du Syndicat des transports d’Île-de-France (Stif), risque d’être remis en cause : un amendement de l’UMP prévoit que la promulgation de la loi sur le Grand Paris stoppe net le projet Arc Express de la région en mettant fin au débat public qu'il implique.
Le vote massif des citoyens le 21 mars en faveur d’un développement équilibré et durable, d’une politique solidaire et attentive aux équilibres territoriaux, et d’une méthode de décision concertée pour la région Île-de-France n’a manifestement pas été entendu par un gouvernement qui s’obstine dans l’erreur. A l’instar de la réforme territoriale, le gouvernement fait le triste pari de l’aggravation des injustices, de la recentralisation, et de la régression démocratique
Communiqué
Elisabeth Guigou,
Secrétaire nationale du PS à la réforme de l'Etat et aux collectivités territoriales