Economie, entreprise, industrie Lundi 19 Juillet 2010 à 15:28
Point de presse hebdomadaire de Benoit Hamon
Politique de rigueur
Je tenais à revenir sur les déclarations de François Fillon. En effet, les chefs d’entreprises japonais ont eu plus de chances que les Français puisque François Fillon a parlé pour la première fois d’une politique de rigueur, dans les dépenses. C’est vrai qu’en matière de recette, à partir du moment où l’on fait un chèque 30 millions d’euros à Mme Bettencourt, c’est difficile de parler de rigueur dans les recettes.
Une politique de rigueur qui se concentre sur les classes moyennes et qui va réduire leur pouvoir d’achat. Exemple avec les dernières annonces de François Baroin sur la remise en cause des aides fiscales à l’embauche d’un salarié à domicile. Il faut savoir que cela va toucher par exemple, les jeunes couples qui ont une nounou, les personnes âgées qui ont une personne auprès d’elles… Ce sont ces familles qui vont être impactées par ces mesures de rigueur.
Ces mesures se traduiront alors par une perte d’emploi et une diminution du pouvoir d’achat des familles.
Les classes moyennes sont l’objet des efforts demandés par le gouvernement et pendant ce temps François Fillon, très décontracté, annonce la réalité de sa politique aux chefs d’entreprises japonais en leur assurant que nous avons une vraie politique de rigueur. Nous n’avions toujours pas de sa part une confirmation de sa politique de rigueur sur le territoire métropolitain, elle est donc confirmée et contredit les déclarations du Président de la République, qui préfère encore parler d’une politique rigoureuse et non pas de rigueur. Elle contredit aussi les déclarations de Dominique Paillé, porte-parole du gouvernement qui reprenait les déclarations du Président.
Il faudrait juste arrêter de prendre les Français pour des imbéciles. Oui, aujourd’hui il y a une politique de rigueur et d’austérité qui touche principalement les classes moyennes.
Cette politique consiste à dire : pour réduire les déficits nous allons demander aux Français de se serrer la ceinture. Se serrer la ceinture sous la forme de la suppression de niches fiscales, parfois justifiée, parfois non, comme la baisse des aides ou des prestations sociales qui en période de crises sont indispensables.
Et souvent, lorsqu’il y a une baisse des prestations sociales, ce sont aux conseils généraux de mettre en œuvres ces politiques et aujourd’hui le gouvernement s’illustre à ne pas compenser auprès des conseils généraux et des départements, le montant des dépenses de ces départements en matières de prestations sociales.
Encore une façon de se défausser de ces responsabilités.
Micros partis
François Fillon a eu l’occasion de revenir sur les micros partis, « oxygène et la santé de la démocratie française » selon lui. Là encore, c’est prendre les Français pour des imbéciles. Stratégie de financement de l’UMP, il faut se rendre sur le site de l’UMP, qui conseille aux dirigeants de l’UMP de créer des micros partis. Ce que nous disons, dès lors que ces micros partis permettent aux grosses fortunes de multiplier les dons, c’est un contournement de l’esprit de la loi.
Nicolas Sarkozy à son propre parti en plus de l’UMP, Christian Estrosi a son propre parti, Laurent Wauquiez aussi, Rama Yade s’apprête à créer le sien, Benoît Apparu également, Eric Woerth aussi…On voit bien que ces micros partis offrent l’opportunité à des grandes fortunes de multiplier les dons à 7500 euros. C’est une rupture avec l’esprit de la loi, je le redis, l’esprit de la loi était de couper le financement des partis politiques ou de la vie politique avec l’intérêt privé. Ces micros partis sont des succursales de l’UMP.
Dans l’ordre des démarches particulièrement cyniques, le jeune secrétaire d’Etat à l’emploi s’est particulièrement illustré. Lui qui ose dire pour se justifier et se défendre que les patrons de hedge-funds qu’il a rencontrés ont des intérêts qui n’ont rien à voir avec sa fonction de secrétaire d’Etat à l’emploi. Faut-il lui rappeler que parmi les prédateurs du système financier, ces prédateurs qui rachètent des entreprises en bonne santé, les revendent pour dégager des plus values aux prix des milliers de licenciements et de délocalisation, et bien ces prédateurs, se sont les hedge-funds. Si les hedge-funds font des dons, ce n’est pas gratuit. Lorsqu’on est secrétaire d’Etat à l’emploi, on devrait le savoir.
Affaire Woerth
Le Premier ministre considère l’affaire close en ce qui concerne l’affaire Woerth. Je voudrais lui rappeler que pour le moment une enquête a été ouverte pour financement illégal de la vie politique, une enquête pour blanchiment de fraude fiscale et une enquête pour atteinte à la vie privée (écoutes téléphoniques).
Il y a au moins deux enquêtes, de près ou de loin, qui concernent les fonctions Eric Woerth. C’est à la justice qui reviendra de dire si oui ou non il y a blanchiment de fraude fiscale, si oui ou non il y a financement de la vie politique et ce n’est pas à François Fillon de le dire.
Puisque c’est à la justice de le déterminer, nous disons qu’il faut qu’il y ait un juge d’instruction indépendant qui mène cette enquête, comme dans toute démocratie moderne, et non pas un magistrat lié au pouvoir exécutif et cité dans les écoutes.
Sécurité
Week-end saisissant en termes de faits et d’images. Ces deux épisodes, à St Aignan et à Grenoble sont choquants. Ils démontrent que le gouvernement est totalement débordé dans sa lutte contre l’insécurité. Il n’arrive plus à maintenir l’ordre et parvient à peine à contenir le désordre. Cela marque l’échec de la politique manichéenne exercée par Nicolas Sarkozy. La réalité est que nous, nous assumons la complexité, mais il y a des réponses en termes de service public, d’éducation, de politique familiale, mais aussi en terme de répression et de justice.
Nous sommes confrontés à l’échec d’une politique manichéenne qui a supprimé la police de proximité. Depuis 2002, les effectifs de polices à Grenoble ont diminué de 120 unités alors que le développement de la délinquance s’est multiplié. Conclusion, sur le terrain, c’est désormais le GIPN, le raid, des blindés et des hélicoptères qui interviennent dans des quartiers. On est dans une surenchère des moyens. Il est clair que cette réponse a échoué. Le gouvernement est aujourd’hui débordé par l’insécurité.
L’abandon de toute ambition en matière de politique de la ville et de territorialisation de la police conduit à cet échec.
Je le répète, aujourd’hui le gouvernement n’arrive plus à maintenir l’ordre et parvient tout juste à contenir le désordre.