Economie, entreprise, industrie Vendredi 21 Septembre 2007 à 17:32
Point presse de Benoît Hamon, Retour sur l’intervention télévisée du 20 septembre de Nicolas Sarkozy
Retour sur l’intervention télévisée du 20 septembre de Nicolas SARKOZY En bon père de famille, Nicolas SARKOZY a distribué des câlins. Gros câlin à François FILLON ce qui veut sans doute dire qu’il y a eu gros chagrin avant. Il a ensuite raconté une belle histoire pour endormir tout le monde. : « j’ai préparé la plus grande réforme du modèle social depuis la libération ». En psychanalyse, c’est ce qu’on appelle le syndrome du petit homme qui considère que tout ce qu’il fait est plus grand que tout ce qui est jamais arrivé. Et avec Nicolas SARKOZY, tout ce qu’il fait, tout ce qu’il touche, il considère que c’est ce qu’il y a de plus grand. En réalité, on a jamais assisté à une telle régression depuis la libération. Tant sur la question sociale que sur l’immigration. Chercher le bouc émissaire C’est d’ailleurs intéressant sur la séquence de la semaine d’observer la véritable stratégie du bouc émissaire. Le modèle social français serait responsable des difficultés de la France, mais pas les choix de politique économique de Nicolas SARKOZY. Les immigrés quant à eux seraient responsables des déficits sociaux et du manque de cohésion de la société, ce qui fait que l’on se prépare à une 5ème loi. On na pas fini avec cette question, que Nicolas SARKOZY remet la loi de l’immigration sous l’angle des quotas en débat. Il faut entretenir une forme de menace sur la question de l’immigration qui justifie que tous les mois, voire chaque semaine, qu’on fasse des annonces et que l’on reconvoque le Parlement qui vient de boucler une loi. Et en même temps, on veille à ce que cette menace ne perturbe pas trop la paix civile. C’est symptomatique d’une stratégie perdante de communication. Il faut systématiquement faire porter aux autres la responsabilité des difficultés rencontrées par les Français. Il se tourne donc vers deux cibles, Jean-Claude TRICHET de la Banque Centrale Européenne, qui est certes, en partie responsable des difficultés que nous rencontrons et le modèle social français auquel il s’attaque désormais et qui expliquerait la faiblesse de la compétitivité de notre économie. Les Français ne sont pas dupes, car le grand absent est le pouvoir d’achat. Nicolas SARKOZY n’a rien dit à ce sujet. Rien, sur les moyens donnés aux Français pour faire face aux dépenses de loyers, de médicaments ou de rentrée scolaire. Sur ce terrain, Nicolas SARKOZY n’apporte aucune réponse. Les quotas d’immigration Ce qui est choquant sur la méthode, est que l’on rouvre ce débat alors qu’on pouvait penser qu’il était clos. Il y a une logique de saturation de l’espace publique sur la question de l’immigration. Il faut que le débat en la matière ne s’éteigne jamais et qu’il y ait en permanence une effervescence. Ensuite, la question est de savoir quels quotas on va privilégier. On va surtout faire des quotas par type d’immigrés que l’on souhaite et la logique de SARKOZY est de favoriser par pays, des quotas d’immigrés diplômés. Si vous voulez lutter efficacement contre l’immigration clandestine, (émigration essentiellement de main d’œuvre peu qualifiée), il vaut mieux faire en sorte que les pays faiblement développés puissent précisément se développer. Il ne faut donc pas piller toute leur intelligence en attirant principalement les diplômés. Car si l’on attire uniquement les diplômés, vous ne laissez aucune chance aux pays en difficulté de pouvoir se développer correctement et puisque la pauvreté augmentera l’immigration continuera de se développer encore plus fortement vers l’Europe. Je trouve qu’il y a là toute la contradiction et la signification de ce que propose Nicolas SARKOZY. Il vaut attirer une main d’œuvre de haut niveau et il n’ignore pas que cela va freiner le développement de ces pays, mais il a besoin de cette immigration clandestine pour justifier de faire de ces immigrés les principaux boucs émissaires de sa politique économique et sociale. Il y a beaucoup d’activisme et de cynisme de la part de Nicolas SARKOZY sur cette question, mais il a besoin d’entretenir cette menace. Il faut que l’immigration clandestine se poursuive pour continuer à jouer de ce péril. La politique de la France dans ce domaine, l’isole dans tout le reste de l’Europe. L’objectif politique dans tout cela est moins de s’intéresser à l’efficacité des politiques mies en œuvre que de continuer à entretenir la menace. Le faible taux de croissance de la France Enfin, c’est une plaisanterie de prétendre qu’il n’est pas concerné par le faible taux de croissance en 2007. Nicolas SARKOZY a été ministre pendant 5 ans dans les gouvernements RAFFARIN et De VILLEPIN, il n’est pas venu à la politique cette année. Il est donc co-responsable des choix qui ont été opérés. Il est aussi responsable des 15 milliards de cadeaux fiscaux faits aux plus riches cette année. Il sera donc responsable de la faiblesse de la croissance en 2008 et 2009. Sinon c’est laisser croire que Nicolas SARKOZY n’est responsable d’aucun souci, -c’est FILLON qui s’en charge,- et que toutes les bonnes nouvelles sont pour lui, d’où les câlins pour les ministres qui ont des chagrins plus ou moins gros. Il faut être sérieux, soit le président assume les bonnes comme les mauvaises nouvelles surtout s’il est un président hyperactif. Il doit aussi assumer le fait qu’il se soit trompé sur sa politique fiscale, ce qui aura de lourdes conséquences sur le pouvoir d’achat. Il a pris des engagements au niveau européen qu’il est incapable de tenir. Le patron de l’Eurogroupe a déclaré lors de la réunion des ministres des finances à Porto, que Nicolas SARKOZY s’était probablement moqué de ses partenaires sur les engagements qu’il a pris. La construction européenne a la même fonction que tous les autres sujets pour Nicolas SARKOZY. Dès lors que cela sert ses intérêts, il l’utilise et quand elle les dessert, il s’en éloigne. La plupart des pays européens considèrent que la France a manqué à sa parole de maintenir ses objectifs budgétaires.