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Et si c'était maintenant

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Notre devoir d’impatience

 

Nous en rêvions de ce 6 mai. Nous en rêvions depuis cinq ans, nous en rêvions depuis trente ans, nous en rêvions depuis si longtemps. Ce jour venu, nous nous sommes retrouvés dans les rues, avec le peuple de gauche, avec les républicains de tous bords, avec la majorité de la France à crier notre bonheur et la joie de l’apaisement retrouvé.

La victoire de François Hollande était une nécessité pour notre pays, mais elle pourrait se révéler une fatalité pour notre parti si d’aventure il s’abandonnait au rôle réduit que certains lui assignent déjà.

Évidemment, il revient à tous les socialistes, à toutes les femmes et les hommes de gauche d’accompagner et d’amplifier l’action du président de la République et de son gouvernement. Ce devoir nous l’assumons tant par cohérence politique que par exigence éthique car nous avons été les militants de ce changement qui a été rendu possible par l’élection de François Hollande. Notre soutien n’est pas discutable. Il y va du sens de notre engagement autour d’un candidat dont nous sommes fiers et dont nous nous réclamons. Sans notre appui et celui de milliers d’autres, la victoire du 6 mai deviendrait une chimère et une trahison pour celles et ceux qui craignent ou qui espèrent dans notre pays.

Mais le changement promis par François Hollande a suscité des espérances et des attentes qui le dépassent et nous obligent. Il s’est présenté devant les Français avec la jeunesse comme priorité, l’égalité et la justice comme objectifs. Nous sommes tenus, comme lui et au-delà de lui, par ces promesses qui rejoignent nos idéaux.

Notre situation collective a changé depuis le 6 mai et il n’est pas certain que nous en ayons nous-mêmes pris la mesure. Il y a aux côtés du Président, un gouvernement, et un parti. Ces deux dernières instances ne sauraient s’amalgamer sous le nom piteux de « parti de gouvernement ». Le gouvernement est celui de la France tandis que le parti restera celui des socialistes. Ils ne peuvent dans la configuration nouvelle qui est la leur ni s’ignorer ni se confondre. Le premier conduit les affaires de l’Etat à la suite des victoires qui viennent d’advenir. Le second prépare les batailles politiques et idéologiques de l’avenir. Au gouvernement, il revient de préserver les intérêts de la nation d’une manière impartiale, dans le respect des convictions de ceux qui l’animent et des engagements du président. Le parti qui n’est pas tenu par les mêmes contingences a l’impérieux devoir de continuer à être une force de proposition et de réflexion.

En d’autres termes, le Parti Socialiste doit évidemment  soutenir le gouvernement mais, n’ayant pas ses contraintes, il doit aussi et surtout le devancer. Il ne peut abandonner aux autres formations politiques, qu’elles soient amies ou rivales, le monopole de la réflexion et de l’action sur les grands débats qui traversent la société française. Puisque nous sommes convaincus comme le chef de l’Etat que la jeunesse n’est pas le problème mais la solution, ces débats, qu’il s’agisse du fléau des discriminations, de la légalisation du cannabis ou de la prépondérance d’une ENA monolithique, nous voulons les ouvrir sans dogme ni tabou.

L’exigence dont nous rêvons pour notre parti est aussi dictée par le climat délétère qui a prévalu pendant ces cinq dernières années et que nous ne pouvons passer sous silence. Nicolas Sarkozy aura fait passer une idéologie rétrograde faite d’outrage et d’outrance pour du réalisme et la défense de principes essentiels comme l’égale dignité de tous et le vivre ensemble pour de l’idéalisme. En d’autres mots, il a réussi ce tragique tour de force : ringardiser la démocratie. Il n’est pas étonnant dans ce contexte que le PS ait parfois préféré de par le passé se voir reprocher un certain attentisme plutôt qu’un trop grand laxisme. En tout état de cause, les dégâts causés dans l’opinion par le sarkozysme n’ont certainement pas pris fin avec le départ de Nicolas Sarkozy de la présidence de la République.

Notre démarche vise précisément à combattre dans notre parti, au sein de la gauche et au-delà cette pensée du renoncement et du découragement et à faire de la politique le vecteur premier de réponse aux maux de la société.

À l’orée du prochain congrès socialiste, il nous est donc apparu nécessaire de nous regrouper et de faire entendre notre voix. Nous avons déjà nos espaces de mobilisation : organisations de jeunesse, réseaux sociaux, think-tank, mandats, militantisme de proximité… Ce que nous souhaitons ce n’est pas un nouvel espace d’expression, mais tout simplement être entendus. Notre message est simple : que la République soit présente partout et pour tous car nous aspirons à l’égalité.

Nous ne constituons aucun courant au sein du Parti Socialiste ou plutôt nous nous revendiquons de tous les courants constitués à ce jour au sein du parti. Nous ne servons, en tant que collectif, nul groupe, clan ou personne autre que nous-mêmes et nous sommes au service des idées sur lesquelles nous nous sommes réunis et retrouvés.

Nous souhaitons agir au sein du PS, notamment par le biais du dépôt de cette contribution qui est certainement un début et non une fin. Nous le faisons sur un certain nombre de principes qui sont peu nombreux mais ambitieux et sur lesquels nous n’entendons rien céder.

Nous sommes convaincus que les idéaux qui ont porté François Hollande au pouvoir ne peuvent triompher que s’ils s’appuient sur une mise en mouvement sans précédent de la société civile, de ses acteurs associatifs, de ses relais syndicaux, militants et intellectuels. Notre démarche consiste donc à agir simultanément dans et en dehors du Parti Socialiste. Nous avons vocation à faire contribuer au sein de notre parti des personnes qui n’en sont pas membres et qui ne souhaitent pas en faire partie et à porter nos convictions très au-delà des cénacles habituels du Parti socialiste.

Ce soir du 6 mai, nous nous sommes dit : « et si c’était maintenant ». Et si c’était maintenant que la gauche parlait des rapports entre les jeunes et la police, et si c’était maintenant que l’on partageait une histoire commune, et si c’était maintenant que l’on faisait de la politique ensemble à l’échelle européenne et internationale, et si c’était maintenant que l’on proposait une politique migratoire, et si c’était maintenant que l’on augmentait la part de l’argent public destinée à améliorer nos services publics.

Le 6 mai est passé mais pas dépassé. Regardant l’histoire en dépit de notre jeunesse commune, nous sommes étreints par la certitude d’être à peine arrivés et que déjà le temps nous est compté ; que si ce n’est pas maintenant que nous portons et nous continuons le rêve français, demain il sera trop tard. La gauche, pour sa plus grande chance, est tenue dans le temps du quinquennat de François Hollande à devoir s’assumer ; vouée à dépasser le dilemme entre sa responsabilité et ses valeurs, et, plus exactement, forcée de reconquérir ses valeurs d’humanité, d’égalité, et de fraternité si elle veut rester aux responsabilités.

Nous avons décidé d’y contribuer, Maintenant.

*

I. Pour sortir de la société de la peur…

1. La crise économique et ses conséquences

Les méfaits du capitalisme financier

Les dégâts sociaux de la crise

Les conséquences idéologiques de la crise : la montée des populismes

 

2. Le sarkozysme face à la crise

La remise en cause du compromis républicain

Les discours de la haine et de la peur

Quand le pouvoir politique attaque l’égalité

 

3. Les dégâts idéologiques de cette offensive

Une société fragilisée…

… et une gauche ébranlée

Sortir de la société de la peur

 

II. … construisons une société de l’égalité

1. Et si c’était maintenant que la gauche réinventait le rôle de l’Etat

Pour un socialisme clair

Contre l’invasion de la logique concurrentielle dans les missions de service public

Défendre les services publics comme outils de l’égalité territoriale

 

2. Et si c’était maintenant que l’égalité devenait notre priorité commune

Mettre en place une véritable politique publique de lutte contre les discriminations

Construire une histoire commune

L’égalité est indissociable de la laïcité

 

3. Et si c’était maintenant qu’on en finissait avec le « monarchisme républicain »

Pour des institutions au service des citoyens

La méritocratie républicaine, c’est pour quand ?

« La société civile existe, je l’ai rencontrée »

 

4. Et si c’était maintenant que l’on donnait sa place à la jeunesse

Parier sur la jeunesse

L’école au coeur des solutions 

Une politique de la jeunesse pour mettre fin à la précarité

 

5. Et si c’était maintenant que l’on changeait notre façon de nous ouvrir au monde

Débarrasser les débats sur l’immigration du poids mort du lepénisme

Réenchantons le rêve européen

Pour que la France renoue avec sa vocation universaliste

Hisser les normes sociales et environnementales internationales au rang de normes fondamentales

*

I. Pour sortir de la société de la peur…

Revenir sur le sarkozysme n’est pas un luxe. Malheureusement pour la France, ce qui restera essentiellement comme une rupture avec le gaullisme de la part de la droite gouvernementale est une forme politique qui a existé, agi et modelé la société française ces dernières années. Une gauche qui veut agir avec efficacité doit être au clair sur la caractérisation du sarkozysme et des dégâts qu’il a produits dans la société telle qu’elle nous a été léguée au soir du 6 mai.

1. La crise économique et ses conséquences

Les méfaits du capitalisme financier

La crise économique que traverse l’Europe depuis 2008 est avant tout la conséquence de la prise du pouvoir des marchés financiers sur l’économie réelle. S’affranchissant progressivement de toute tutelle politique, le capitalisme financier a imposé ses règles et ses exigences non seulement au fonctionnement de l’économie mais également aux pouvoirs politiques. Imposant des rendements hors d’atteinte sur la durée, il a participé du recul de l’investissement et donc de la désindustrialisation de nos économies, au profit des logiques spéculatives. En outre, via la mise en place d’outils financiers de plus en plus complexes, périlleux et interconnectés, ce capitalisme financier a fragilisé l’ensemble des dispositifs de financement de l’économie réelle. Enfin, cette forme de capitalisme, bâti sur l’illégitimité des interventions publiques et donc sur la méfiance des outils mobilisés par les politiques économiques, a contribué à la crise des finances publiques dont il faut répéter qu’elle a été amplifiée – à l’instar de la Grèce - et dans certains cas créée – à l’instar de l’Espagne - par les marchés financiers eux-mêmes.

La conversion idéologique de nombreux pouvoirs aux règles de fonctionnement de cette nouvelle forme de capitalisme explique d’ailleurs pour beaucoup la propagation d’une crise face à laquelle les remèdes les plus insensés ont été initialement apportés. Comment en effet comprendre autrement le retard avec lequel, sous l’impulsion de la vision développée par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, l’Union Européenne a réagi face à la situation de la Grèce, laissant cette dernière s’enfoncer dans la spirale de la récession ?

 

Les dégâts sociaux de la crise

Cette crise économique a entraîné des dégâts sociaux que l’Europe n’avait plus subis avec cette intensité depuis plusieurs décennies. Explosion du chômage et précarisation accentuée des salariés se sont solidement installées dans nos sociétés tandis que la crise des finances publiques produit une remise en cause des fondements mêmes de l’Etat-Providence.

 

Les conséquences idéologiques de la crise : la montée des populismes

Cette situation de crise est une partie de l’explication de la vague brune qui balaie ces dernières années l’Europe élection après élection, aussi bien en Grèce avec les néo-nazis d’Aube Dorée, en Hongrie avec le Jobbik, en Autriche avec le FPÖ ou en France avec le Front national. En effet, l’extrême droite se nourrit des conséquences sociales de la crise, et ce d’autant plus que les partis traditionnels sont considérés par les plus fragilisés – et non sans raison – comme les organisateurs de ce libéralisme financier débridé. N’est-ce pas d’ailleurs cette conversion déjà ancienne au libéralisme financier qui a rendu les partis de Gouvernement inaptes à dessiner la voie d’un retour à la croissance, trop longtemps empêtrés qu’ils ont été dans une difficulté voire un refus à remettre en cause les dogmes d’hier ? Situation idéale à double titre pour l’extrême droite : l’absence d’explication à une crise et de solution à sa résolution sont les plus puissants alliés de cette logique de bouc émissaire qui constitue le moteur de l’extrême droite ; la conversion au libéralisme de maints partis de Gouvernement a permis à l’extrême droite, et singulièrement en France, de revenir à des thèmes étatistes et interventionnistes que semblaient délaisser les autres partis. Les partis d’extrême droite peuvent par ailleurs se nourrir d’autant plus de la crise que cette dernière est le révélateur d’une vérité restée jusque là latente : l’Europe ne domine plus le monde, une « révélation » propice aux crispations identitaires.

 

2. Le sarkozysme face à la crise

La remise en cause du compromis républicain

La « droite décomplexée » incarnée par Nicolas Sarkozy n’a certes pas attendu la crise pour déployer sa stratégie et parvenir au pouvoir. Le camp républicain, et singulièrement la gauche, n’ayant pas travaillé sur l’hégémonie de ses idéaux a ouvert la voie à ce qui semblait encore impossible quelques années plus tôt : l’arrivée au pouvoir d’une droite en rupture avec le compromis républicain d’après-guerre, là où quelques années plus tôt un positionnement tel que celui choisi par Nicolas Sarkozy l’aurait disqualifié durablement de la vie politique française.

Mais, dans sa tentative de remettre en cause les règles du jeu républicain, le sarkozysme a trouvé en la crise une puissante alliée. Jouant des tensions générées par la crise, le pouvoir précédent a impulsé dans la société des logiques réactionnaires et anti-républicaines à un niveau inédit. Placées sous le sceau d’attaques sans précédent contre les valeurs républicaines fondamentales, ces logiques se sont manifestées aussi bien dans les discours que dans les actes.

 

Les discours de la haine et de la peur

Que retiendra-t-on d’ailleurs essentiellement de la présidence de Nicolas Sarkozy sinon des discours de stigmatisation constante envers des catégories ainsi jetées, chacune à leur tour, à la vindicte publique ? Ces discours ont été à ce point la marque de fabrique de ce pouvoir-là qu’il ne serait pas excessif de dire qu’il est sans doute un des rares pouvoirs dans la France contemporaine à avoir fait la Guerre à son propre peuple. Sans même parler du très nauséabond discours de Dakar en 2007, les attaques se sont succédées sans relâche : discours de Grenoble de juillet 2010 visant à distinguer les Français de souche et des Français de papier que l’on pourrait déchoir de leur nationalité, attaques répétées contre les musulmans, les roms, les gens du voyage, les fonctionnaires, les corps intermédiaires, les étrangers, les « assistés », les migrants (au point de vouloir remettre en cause la liberté de circulation au sein de l’Union Européenne, c’est-à-dire le pilier fondamental de la construction de l’espace européen)…

 

Quand le pouvoir politique attaque l’égalité

Mais, si les discours, par les tensions qu’ils généraient et par les comportements qu’ils légitimaient dans la société, ont été d’une particulière gravité, le pouvoir ne s’est pas arrêté aux seuls mots mais a également rompu avec les valeurs républicaines dans des actes concrets et lourds de conséquences. Ces actes ont bien souvent été des attaques contre les outils de l’égalité :

- attaques contre l’Ecole et plus généralement les services publics ;

- manipulation caricaturale de la fiscalité afin de faire échapper les plus fortunés à l’effort de solidarité nationale ;

- vision policière des étrangers illustrée par la gestion de toutes les questions ayant trait à l’immigration par le Ministère de l’Intérieur, vision qui a permis une profonde remise en cause des droits des étrangers, qu’ils fussent ou non en situation irrégulière ;

- orientation des politiques publiques vers une logique sécuritaire visant à circonscrire des populations au détriment d’un effort d’inclusion et de promotion sociale ;

- tentatives répétées d’imposer la thématique de la « diversité » dans la Constitution dont il faut bien comprendre qu’elles renvoyaient chez Nicolas Sarkozy à la volonté de briser l’idéal d’égalité en imposant à terme à toute la société  un référentiel ethno-racial visant à donner une lecture fragmentée et racialisée de notre pays.

 

3. Les dégâts idéologiques de cette offensive

Si la crise économique et sociale a porté des conséquences propices au populisme, l’offensive antirépublicaine du sarkozysme a également produit des dégâts idéologiques majeurs qui continueront à produire leurs effets tant qu’ils ne seront pas clairement identifiés et combattus.

 

Une société fragilisée…

Des dégâts au niveau de la société tout d’abord. Après les quelques années d’offensive sarkozyste, la France se trouve être une société fragmentée avec un pouvoir sortant qui, pour la première fois depuis 1789 dans une ère démocratique, a réussi à faire en sorte que :

- les libertés soient considérées comme dangereuses pour la société ;

- l’égalité soit vue comme une utopie qui menacerait le lien social alors qu’elle en est au contraire la condition sine qua non ;

- la fraternité soit à ranger au rayon des mièvreries et ses défenseurs (associations, syndicats, citoyens) soient considérés comme devant disparaître de l’action publique.

 

… et une gauche ébranlée

Mais les dégâts de cette offensive concernent également une gauche qui s’en est trouvée partiellement ébranlée et qui se met parfois à douter du fait de savoir si les Français veulent ou non l’égalité et s’il est de sa responsabilité et de son « ADN » de porter ce combat pour l’égalité. Le fait qu’une partie de la droite républicaine ait contribué à la victoire de François Hollande, l’homme du rassemblement, le garant des valeurs républicaines, par ras-le-bol des discours haineux et finalement insupportables du président sortant, renforce même chez certains l’idée qu’il ne faudrait pas pousser trop loin les combats identitaires de la gauche, au risque de rompre ce fragile équilibre qui a mené à la victoire. Or justement, nous ne voulons pas d’une gauche qui, comme en 1984, de peur de froisser la droite, finirait par entériner un certain nombre de renoncements, hier concernant l’école privée ou l’égalité des droits, aujourd’hui concernant la politique migratoire, les discriminations ou l’ambition européenne.

 

Sortir de la société de la peur

Ce dont il faut sortir, c’est finalement de cette société de la peur mise en place par le sarkozysme et marquée par le recul de l’espoir d’un monde meilleur pour chacun ainsi que par son corollaire : l’opposition de tous contre tous au sein d’une société qui, privée d’un projet commun audacieux, a vu ses membres être tentés de s’enfoncer dans la contestation du caractère émancipateur et progressiste d’une égalité renforcée.


II. … construisons une société de l’égalité

Cet impératif de l’incarnation de nos idéaux, au-delà des seules proclamations, doit amener à ce que des exigences fortes soient développées autour de plusieurs axes suivants.

 

1. Et si c’était maintenant que la gauche réinventait le rôle de l’Etat

Pour un socialisme clair

Il est temps de redéfinir un socialisme conquérant et ferme face à deux idéologies contraires à nos aspirations. Le libéralisme économique bien évidemment, ne serait-ce qu’en raison de sa responsabilité éminente dans la crise que nous traversons. Mais également le populisme raciste incarné par le Front national et une partie de la droite de gouvernement, sous l’impulsion de la « Droite populaire » et des personnalités qui se sont illustrées ces dernières années par une tentative de rendre compatible l’extrême droite avec la République, en allant jusqu’à appeler de leurs voeux la fin du front républicain et la fusion des électorats frontiste, conservateur et libéral.

Si la campagne présidentielle avait réussi à marquer des lignes de clivage fortes — nous incarnions le camp du respect, de la justice et de l’égalité, nous incarnions l’espoir de la jeunesse — nous ne pouvons pas aujourd’hui oublier les indignations qui étaient les nôtres sur les bancs de l’opposition, au risque de présenter la pensée socialiste comme un « cadavre exquis », sans mémoire ni colonne vertébrale. Notre identité de gauche s’incarne dans notre attachement à l’action de la puissance publique comme moteur de l’égalité. À tous les échelons, nous pensons que l’Etat peut quelque chose, en mobilisant les outils de la politique économique et des politiques publiques mais également en impulsant des mutations essentielles par un dialogue avec les corps intermédiaires et les citoyens.

A cet égard, la bataille contre la volonté de la droite d’imposer une règle d’or budgétaire dans la Constitution fut un des symboles de cette aspiration. Comment, en effet, vouloir agir sur la conjoncture économique et financer des politiques publiques audacieuses en commençant par cet inédit abandon de la souveraineté populaire que représenterait pour une Nation la limitation perpétuelle et aveugle de l’action budgétaire ?

Par ailleurs, à l’heure où nous écrivons ces lignes, le drame vécu par les salariés frappés de plein fouet par les plans sociaux rappelle la nécessité que la puissance publique encadre et accompagne les entreprises. Il faut aller vers l'interdiction des licenciements aux entreprises réalisant des profits, exiger le remboursement des aides publiques en cas de délocalisation, faciliter la reprise des outils de production.

 

Contre l’invasion de la logique concurrentielle dans les missions de service public

Or, ces dernières années, un profond mouvement de désengagement de l’Etat a touché sans distinction les transports, la télécommunication, l’eau, l’énergie, la santé ou l’école. Partout, les citoyens ont vu l’offre publique se raréfier et la qualité des services se détériorer. Attendre des semaines ou des mois pour obtenir un rendez-vous dans un centre de santé, parcourir des kilomètres pour trouver une maternité, un commissariat ou un lycée public : voilà ce que sont les réalités subies par des millions de citoyens. La droite à consacré le renoncement à un idéal républicain, la gauche - au nom de ses valeurs et de celles de la République, à la responsabilité de lui rendre à nouveau corps. 

Alors que l’école est le service public auquel les Français sont le plus attachés (1), en dix ans, l’Etat a en partie abandonné son rôle interventionniste et sa mission régulatrice des équilibres sociaux et scolaires, contribuant dans le même temps à l’institutionnalisation d’un système d’éducation concurrentiel. Là où la puissance publique s’est désengagée, une offre alternative d’enseignement s’est constituée, qu’il s’agisse de « boîtes à concours », d’entreprises proposant des formations pour nouveaux enseignants ou encore de l’immense gamme des établissements scolaires privés ayant prospéré sur nos territoires. Le gouvernement sortant a encouragé le développement de cette offre concurrentielle grâce à des défiscalisations attractives pour les usagers recourant aux services d’entreprises privées ou en contraignant les collectivités à financer un peu plus l’enseignement privé. Le plan Espoir banlieues du Gouvernement Sarkozy a même favorisé, malgré la contestation de la secrétaire d’Etat à la Ville de l’époque, l’implantation d’établissements privés confessionnels dans les quartiers défavorisés au motif que l'enseignement privé « a fait la preuve de sa capacité à accueillir des publics très divers, y compris des élèves en difficulté »(2) . Et c’est ainsi que l’on a voulu nous faire croire que tout se valait.

 

Défendre les services publics comme outils de l’égalité territoriale

La droite avait fait de la rentabilité l’indicateur de qualité des services rendus aux usagers. La gauche doit désormais réaffirmer son hégémonie culturelle en matière d’intervention publique. Si la « première maternelle privée de la République » ouverte sur la commune de Puy-Saint-Vincent a suscité une juste émotion, comment ne pas s’indigner de la situation de ces communes sans offre publique d’enseignement ? (3) Nous voulons un État fort et ferme sur les valeurs et les principes, qui garantisse égalité et équité de traitement sur l'ensemble du territoire national, qui soit à l’écoute des usagers et des syndicats, qui accompagne l’innovation et remette au coeur de son action l’intérêt général.

Assurer l’égalité territoriale, c’est mener des politiques publiques volontaristes. Assurer l’égalité territoriale, c’est lutter contre les délocalisations, les fermetures d’entreprises et les privatisations. Assurer l’égalité territoriale, c’est entendre l’attachement des Français à leurs services publics de proximité. Assurer l’égalité territoriale, c’est s’assurer d’avoir des agents formés, qualifiés et stabilisés dans leurs missions. Le nouveau dialogue social ouvert par le gouvernement doit d’ailleurs être l’occasion de considérer de façon nouvelle les garanties collectives comme les besoins de qualifications accrues des agents de la fonction publique, salariés précaires inclus.

Nos exigences en matière de services publics ne peuvent se situer en deçà de ce que nous prônions lorsque nous étions dans l'opposition. Nous participions alors activement, aux côtés du mouvement social, à l'organisation de la votation citoyenne relative au statut de La Poste. A l'occasion des élections régionales, nous avons porté la question des déserts médicaux. Des services publics partout, dans les zones urbaines et périurbaines, dans le monde rural et dans les DOM-COM, voilà ce que nous disions et ce que nous devons aujourd’hui veiller à la mise en oeuvre effective. Les situations sont différentes et parfois complexes, mais l'objectif d'égalité territoriale est commun.

Partout, il s'agit de lutter contre les relégations, parce qu’elles excluent des parties importantes de la population de la citoyenneté et des opportunités qu’offre notre société. Ces réalités devraient nous être suffisantes pour agir mais les conséquences nous commandent de le faire avec une certaine urgence. En effet, ne perdons pas de vue que ces réalités frustrent, décourageant la participation citoyenne et démocratique et/ou faisant prospérer le vote Front National.

N’oublions pas par ailleurs que là où la gauche a réalisé des scores très élevés lors de la présidentielle, c'est à dire dans les « zones urbaines populaires », le besoin de puissance publique est plus que pressant : emploi, sécurité, cadre de vie, constituent les revendications récurrentes. Il est de notre responsabilité de n’omettre aucun débat, aussi difficile soit-il. Par exemple, face au chômage structurellement plus élevé qu'ailleurs dans ces quartiers, l'économie souterraine prospère, et particulièrement le trafic de cannabis. La gauche ne peut plus se contenter d’aborder ce fait de société majeur sous les seuls angles moraux ou sécuritaires. Le cannabis  est aujourd’hui encore un sujet tabou. Ce n'est plus tenable : la France est l'un des pays européens où la consommation est la plus élevée, avec les conséquences sanitaires et d’insécurité que l’on connaît, et où l'arsenal répressif est l'un des plus sévères. Nous nous interrogeons sur la réelle volonté de traiter les questions du trafic et de la consommation de cannabis tant ils ont dans la réalité souvent été utilisés par le passé comme une soupape de sécurité face aux risques d'explosion sociale. Etre conforme à nos idéaux, ça n’est pas chercher dans la gestion hypocrite des activités criminalisées les ressources de la paix sociale mais bien mettre en oeuvre une nouvelle répartition des richesses et une égalité effective des droits entre tous les citoyens, quels que soient leur adresse ou leurs origines.

 

2. Et si c’était maintenant que l’égalité devenait notre priorité commune

Depuis le 6 mai, la France a rompu, au niveau de ses institutions, avec la logique de stigmatisation mise en place par le précédent pouvoir. Cette nouvelle donne ouvre un espoir : celui que le chemin vers l’égalité puisse être à nouveau emprunté.

 

Mettre en place une véritable politique publique de lutte contre les discriminations

Un chemin qu’il nous faut emprunter avec urgence tant l’absence de volonté politique des pouvoirs publics pendant de nombreuses années, malgré la mobilisation de la société civile, laisse la France dans un retard criant en matière de lutte contre les discriminations.

Mais si une nouvelle période politique s’est ouverte depuis le 6 mai dernier, il y a cependant le risque, si une véritable impulsion au plus haut niveau de l’Etat n’est pas affichée en début de mandat, que le quotidien administratif ne permette pas la mise en place d’une politique publique ambitieuse de lutte contre les discriminations (origines, genre, orientation sexuelle, handicap,…). Or, cette politique n’est pas juste un supplément d’âme : élément essentiel d’une logique d’égalité, elle est attendue de la part de la gauche alors que malheureusement cette dernière avait déçu sur ce point lors de ses précédents passages au pouvoir.

Un certain nombre de revendications précises vont trouver, fort heureusement, des débouchés : les annonces en matière de renforcement de l’égalité entre les hommes et les femmes, la prochaine loi autorisant le mariage et l’adoption pour tous ainsi que la réforme de la Constitution permettant que soit enfin mis en place le droit de vote des étrangers aux élections municipales sont autant d’avancées sur la route de l’égalité.

Mais ces avancées restent limitées à un triple titre : tout d’abord parce qu’elles sont, pour la France, un rattrapage de réformes bloquées par la droite, ce qui ne place pas notre pays dans une position prescriptrice aux yeux du reste du monde ; ensuite parce que ces avancées ignorent très largement la question des discriminations et la façon de les combattre ; enfin parce que ces avancées laissent de côté la question des Français d’origine immigrée, pourtant fragilisés par l’inertie des pouvoirs publics à les considérer comme des Français à part entière.

C’est notre responsabilité historique de rendre l’Etat et les collectivités locales exemplaires quant aux pratiques ayant cours en leur sein, non seulement parce qu’ils sont des acteurs majeurs de la société mais également afin qu’ils disposent de l’autorité et de la capacité d’entraînement suffisantes sur les employeurs, les bailleurs, ....

C’est notre responsabilité historique de faire émerger les réformes législatives dont la portée, précisée à travers une grande loi-cadre, sera de nature à aller au-delà de l’égalité formelle en faisant reculer de façon effective les pratiques discriminatoires dans l’emploi, le logement et les loisirs, aussi bien au niveau des sphères publique que privée.

C’est notre responsabilité historique d’engager un travail sur les représentations issues des préjugés, des stéréotypes et des rancoeurs léguées par l’Histoire et dont nous savons qu’elles sont un puissant vecteur des pratiques discriminatoires.

Certes, c’est la crise. Il faut fixer des priorités. Mais c’est justement pour cela que la lutte contre les discriminations est d’autant plus urgente, sauf à considérer qu’il serait normal que les populations d’origine immigrée soient, pour prendre l’exemple de l’emploi, des variables d’ajustement des soubresauts du système capitaliste.

 

Construire une histoire commune

Notre imaginaire collectif reste profondément marqué par les substrats de la société coloniale comme en témoignent les difficultés, en ce 50ème anniversaire de la fin de la Guerre d’Algérie, d’aborder sereinement dans la parole publique cette page majeure et traumatisante de l’Histoire de France et d’énoncer les faits et les responsabilités.

Pourtant, il ne faut pas sous-estimer la puissance classificatoire d’une vision inégalitaire des êtres humains issue de l’esclavage et du colonialisme, vision qui a structuré les relations sociales pendant des siècles, alimentant aujourd’hui nombre de préjugés qui minent le vivre ensemble.

La France est une société métissée dans laquelle dialoguent les mémoires mais dans laquelle il tarde à se construire une histoire commune.

Certes il faut se méfier de l’immixtion de la politique dans l’écriture de l’Histoire. Le souvenir de l’épisode scandaleux de la loi « reconnaissant le rôle positif de la colonisation », voté par la droite en 2005, vient rappeler à quel point l’utilisation de l’Histoire pour diviser nos contemporains doit être condamnée avec la plus grande fermeté.

Il est cependant de la responsabilité de la gauche d’être une militante infatigable de la promotion de la démarche historique, de la diffusion de la connaissance et des faits historiques, et ce de manière encore plus criante à l’heure, notamment, de la disparition des derniers témoins directs de la Shoah. L’enseignement de l’Histoire peut aider à nous prémunir de ceux qui, par la mise en concurrence des mémoires, instrumentalisent le passé pour nourrir le rejet et la haine.

C’est aussi de la responsabilité de la gauche au pouvoir de  mettre fin à un certain nombre d’omissions dans le récit que la République fait d’elle-même. Elle peut d’autant plus le faire sans crainte qu’il n’y a pas d’un côté des descendants de victimes et de l’autre des descendants de coupables : nous sommes tous des enfants de la République.

Donner la place, dans la parole publique, à la complexité entretenue par la République avec ses propres valeurs proclamées, ce n’est pas affaiblir la République. C’est aussi et surtout mettre à l’honneur, bien loin de toute idée de « repentance », les acteurs qui ont réconcilié la République avec elle-même.

Il est donc de la responsabilité de la gauche de travailler à l’édification d’un Panthéon national composé de toutes celles et de tous ceux que l’on se reconnaîtrait comme des ancêtres communs. Nos ancêtres les Gaulois ? Pourquoi pas ! Mais nos ancêtres, pas plus mythologiques que les Gaulois, ce sont aussi celles et ceux qui ont lutté contre l’esclavage, le colonialisme, la barbarie nazie et les inégalités de toute sorte. Cela ne se fait pas par le simple transfert des cendres des grands hommes au Panthéon physique. Cela se fait également par un travail minutieux et déterminé d’inscription des ancêtres dans notre géographie mentale et affective. A cet égard, l’exemple d’Aimé Césaire est frappant. Faute de parole politique durable et assumée, qu’a produit dans la société sa panthéonisation en 2011 ? En réalité, à peu près rien.

 

L’égalité est indissociable de la laïcité

Nous vivons dans un monde où les migrations et la mobilité n’ont jamais été aussi fortes, et la diversité des cultures et des croyances qui coexistent sur notre territoire n’ont certainement jamais eu autant besoin de laïcité pour donner corps à l’unité nationale.

Parce que la laïcité est un ciment essentiel à la communauté nationale, la proposition du président de la République de l’inscrire dans notre Constitution est une occasion historique pour la gauche de se ressaisir de ce principe fondamental qui a été dévoyé par Nicolas Sarkozy au point que même l’extrême droite — pourtant proche des milieux catholiques intégristes qui se sont distingués cette année lors de leurs manifestations contre le “droit au blasphème” — a pu s’en saisir pour stigmatiser une partie de la communauté nationale  —  à savoir celle se reconnaissant dans l’Islam  —  au prétexte de ses croyances.

Les députés de la « droite populaire » avaient même eu le bon goût d’organiser un de ces apéros « saucisson pinard » le 14 juillet 2011, à l’occasion de le Fête Nationale, quand le même jour les socialistes lançaient la caravane des Primaires sur le Champ de Mars à Paris à l’occasion du Concert pour l’Egalité. Il est donc urgent de rappeler que la laïcité est la condition de la construction d’un espace commun et non le prétexte à des provocations douteuses.

La commission Stasi avait d’ailleurs eu le mérite de rappeler que la laïcité, cela s’apprend, que l’on soit étudiant ou fonctionnaire. Des formations à la laïcité pourraient être proposées aux élus qui sont nombreux à se trouver désemparés face à la question du manque de lieux de culte, en particulier pour les musulmans pratiquants, ou à accepter des entorses de plus en plus nombreuses à la loi de 1905.

La multiplication des cadeaux fiscaux aux écoles privées hors et sous contrat, à 95% confessionnelles, ainsi que leur développement sur l’ensemble du territoire, ne peuvent nous laisser indifférents car c’est toute une génération  qui aura été éduquée non plus sur les bancs de l’école républicaine et laïque, mais bien dans des lieux dénonçant parfois la théorie du genre et entravant occasionnellement la liberté de conscience (les syndicats de l’enseignement privé ont récemment dénoncé le fait qu’il était quasi impossible d’échapper aux cours « facultatifs » de catéchisme dans les établissements sous contrat).(4)

Pour que notre jeunesse ne soit pas élevée dans l’entre soi et le communautarisme religieux, il nous faudra bien finir par reposer la question des financements publics des établissements contrevenant aux principes fondamentaux de l’école républicaine, tout comme l’application actuelle du Concordat. Sans rentrer ici dans le détail de l’ensemble des préconisations de la commission Stasi, nous pensons qu’une grande partie d’entre elles pourraient permettre de repenser en général l’application du principe de laïcité dans la République, de façon apaisée, constructive et strictement conforme à notre conception exigeante de la laïcité.

Car pour nous, la laïcité ne se négocie pas, comme avait tenté de le faire croire Nicolas Sarkozy à travers son très dangereux concept de « laïcité positive ». Mais la fermeté sur les principes n’interdit pas la pédagogie dans leur explication.

 

3. Et si c’était maintenant qu’on en finissait avec le « monarchisme républicain »

La Gauche est désormais au pouvoir et a la responsabilité d’un pays qui a la particularité d’avoir, en réaction et en contestation des pratiques monarchiques, fondé son système politique et son identité collective sur la double idée que nulle institution ne devait faire primer son intérêt sur l’intérêt général et que nulle naissance ne devait déterminer le rang social.

La construction de cet idéal républicain doit être plus que jamais au coeur de nos combats car, si la monarchie a été mise à bas, ne peut-on penser que nous sommes aujourd’hui dans un « monarchisme républicain » qui ne s’assume pas, noyé qu’il est sous un discours républicain dont l’enflure masque mal l’inachèvement ?

 

Pour des institutions au service des citoyens

Les institutions sont encore aujourd’hui marquées par une certaine défiance à l’égard du peuple. Un paradigme archaïque, opposant d’un côté la sauvegarde des institutions et de l’autre les citoyens, continue à régir l’action publique.

Notre pays continue à fonctionner comme si les institutions se devaient d’être au-dessus des citoyens et non à leur service. Cette réalité est particulièrement visible dans le rapport entre l’institution policière et la population. Près de 70% des Français ont peur de leur police, alors qu’elle est un service public auquel ils aimeraient, notamment dans les quartiers populaires, pouvoir faire davantage appel.

Il en est de même pour la justice. Le rapport entre les citoyens et le troisième pouvoir de notre République est symptomatique d’une défiance permanente. La justice demeure le parent pauvre de notre pays. Après dix années de sarkozysme et de réformes profondes venues s’ajouter les unes aux autres sans aucune cohérence, la justice est de moins en moins comprise par les justiciables. Utilisant chaque fait divers pour légitimer une nouvelle loi répressive, le Code Pénal a été transformé en un réel mille-feuilles. En gouvernant sans que les citoyens ne puissent saisir le sens de la Loi, en opposant la police et les magistrats, la droite a détruit toute compréhension de la justice et de ses enjeux.

La gauche ne doit pas avoir peur d’ouvrir un grand chantier pour rapprocher les institutions de la société civile. Remettre à plat ces relations, c’est créer les conditions nécessaires à l’amélioration de la confiance.

Renforcement des logiques de consultation, amélioration de la justice administrative, transparence des décisions, écoute des administrés sont autant de chantiers à ouvrir en début de mandat. A titre d’exemple, la Grande Bretagne avait su, suite à la détérioration du lien entre sa population et sa police, mettre en place la commission Mac Pherson en 2001, qui a pu enquêter ainsi que rendre ses conclusions en toute indépendance, et voir ses préconisations mises en pratique afin de réformer profondément l’institution. Mais, dans notre pays, un tel exercice semble encore hautement improbable, tant l’Etat a cette tendance à se comporter comme si les institutions ne sont pas tant au service du citoyen qu’au-dessus de ce dernier, considérant alors toute remarque ou critique comme une remise en cause de son autorité.

 

La méritocratie républicaine, c’est pour quand ?

Pour restaurer la confiance, il est aussi nécessaire de restaurer un accès démocratique aux plus hautes responsabilités de la République.

Le système méritocratique mis en place pour créer cette élite est aujourd’hui à la fois incapable de produire de la fluidité sociale et responsable de processus de reproduction qui excluent, de fait, la majorité de la population d’une chance d’exercer les plus hautes responsabilités. Lorsque, dans une hypocrisie crasse, des pans entiers des écoles publiques se trouvent de fait privatisés au profit des populations les plus aisées, la méritocratie n’a aucun sens autre que purement déclamatoire. Lorsque, dans notre pays, passé 20 ans il est déjà trop tard pour intégrer les formations les plus qualifiantes et les plus prestigieuses, seuls ceux qui ont le bagage culturel initial suffisant peuvent y prétendre. Cela favorise l’émergence d’un entre soi et d’une reproduction des élites contraire à l’idéal républicain.

Cette exigence passe par une réforme en profondeur du fonctionnement de l’Ecole de la République dès les premiers niveaux. Mais cela passe également par une réflexion sur le fonctionnement des grandes écoles qui ne peuvent simplement se réfugier derrière les inégalités de parcours acquises au moment où les étudiants y postulent.

Ainsi, malgré de très timides tentatives de réforme (concours internes, prépas intégrées pour élèves issues d’établissements en ZEP, concours particuliers,…), le monde des grandes écoles a la particularité en France (situation qui n’est certes pas le privilège de notre pays) d’être la consécration d’une formidable reproduction des élites. Cette réalité a le double inconvénient de contredire de façon grossière le discours égalitariste de la méritocratie républicaine mais aussi de produire des élites monolithiques, peu à même de saisir tous les enjeux d’une société dont ils parlent pourtant avec une autorité assurée et désarmante.

La gauche doit de ce fait avoir comme objectifs de diversifier le recrutement social de ces écoles mais également de revoir en profondeur la scolarité qui y est dispensée car, au regard des responsabilités que sont amenées à exercer les étudiants qui fréquentent ces établissements, la connaissance effective des problématiques de la société n’est pas un luxe mais une nécessité.

En outre, la gauche ne saurait avaliser cette situation d’écoles qui se trouvent physiquement séparées du reste du monde universitaire, ce qui favorise l’entre-soi ainsi que le sentiment, pour toute une série de catégories de la population, que ces écoles ne sont pas pour elles. C’est ainsi que les grandes écoles devraient côtoyer les filières universitaires sur des campus communs ce qui faciliterait la multiplication des passerelles à tous les niveaux. Ce seraient là des moyens utiles de rapprocher ces écoles de l’environnement des étudiants et de limiter les phénomènes d’auto-discrimination produits par l’éloignement physique de ces lieux de l’élite. Un rapprochement dont nous pouvons penser qu’il serait également propice à une plus grande sensibilité des futurs diplômés de ces grandes écoles aux problématiques de la société.

 

« La société civile existe, je l’ai rencontrée »

 

Lutter contre le « monarchisme républicain », c’est également, pour la gauche au pouvoir, porter une véritable ambition démocratique, soucieuse de lutter contre la confiscation du débat public par des groupes d’experts issus de classes soucieuses de leur domination sociale. Ne pas s’engager dans cette voie, c’est nourrir la déprise électorale dont l’abstention et la montée des extrêmes sont les conséquences. Il faut pousser « la démocratie jusqu’au bout », ainsi que l’écrivait Jaurès, et faire de la démocratie un outil de changement social aux deux bouts de la chaîne, c’est-à-dire dans le cadre de l’élaboration et dans celui de l’évaluation des décisions. Cette ambition recouvre à la fois le renforcement des pouvoirs du Parlement, l’accentuation de l’évaluation décentralisée de la décision publique, la participation accrue de la société civile – notamment sous sa forme associative – à l’élaboration des décisions publiques (un objectif qui doit passer par une exigence de transparence et de mise à disposition de l’information nécessaire à l’organisation de débats légitimes et sereins), enfin l’approfondissement de la démocratie sociale dans le monde professionnel.

C’est un impératif d’autant plus essentiel que la vie associative a durement été mise à mal ces cinq dernières années par une volonté d’affaiblissement de toute forme de contre-pouvoirs et par une logique de marchandisation de l’initiative populaire. Or, les associations font vivre, au sein de la Cité, la solidarité, le lien social, la culture et l’éducation et oeuvrent au quotidien auprès des citoyens à travers des haltes garderies, des clubs sportifs, l’accompagnement scolaire, les cours de musique, l’éducation populaire, etc. Une véritable réflexion autour du monde associatif doit être entreprise par la gauche afin d’apporter la reconnaissance que la vie associative mérite. Cette ambition n’est pas sans heurter une conception très française de méfiance vis-à-vis de corps intermédiaires contre lesquels l’Etat s’est historiquement construit. Mais la société civile d’aujourd’hui, ce ne sont pas les Eglises et les corporations qui luttaient contre l’emprise progressive de l’Etat. Peut-être serait-il souhaitable que nous nous en rendions collectivement compte. Il y va de la vitalité d’une démocratie qui ne saurait déléguer son devenir à une poignée qui détiendrait par on ne sait quelle magie les clés d’un intérêt général dont leur appartenance de classe ne viendrait pas biaiser la définition et la perception…

Afin d’être encouragée et développée, la démocratie doit en outre être considérée non pas uniquement comme un principe mais aussi comme une pratique, qui nécessite un apprentissage concret en milieu scolaire, par la multiplication de projets pédagogiques dédiés : création d’associations, participation à l’élaboration des règlements des établissements, diffusion de l’enseignement du droit dans les écoles, etc., autant de conditions sine qua non à l’acquisition d’habitudes au dialogue dès le plus jeune âge, à la diminution de la violence et à la réappropriation progressive, collective et partagée du débat public et de la chose politique.

 

4. Et si c’était maintenant que l’on donnait sa place à la jeunesse

Parier sur la jeunesse

 

Depuis une dizaine d’années, un syndrome se manifeste de manière récurrente sans susciter l’alerte générale : la jeunesse de France est l’une des plus pessimistes au monde. La responsabilité est souvent renvoyée aux grandes évolutions du XXIème siècle, la concurrence internationale, l’affaissement relatif du rôle de la France dans le monde, « la crise »… Comme si cette situation ne s’expliquait, de manière fort opportune, que par des forces extérieures et qui nous dépassent. Mais ce sont avant tout les gouvernements successifs qui ont fait le sacrifice de la jeunesse, en en faisant une variable d’ajustement, condamnée à la précarité, à la dépendance et rendue responsable de la situation qui lui a été léguée. La société française n’a pas su parier sur sa jeunesse et s’est enfoncée dans une défiance où le mot « jeune » est trop souvent mis en écho avec ceux de « menace », d’« incivilité », de « problème ».

De ce point de vue, les tentatives nombreuses de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur ou président de la République, d'abandonner l'ordonnance de 1945 qui fait de la justice des mineurs une justice particulière où la réinsertion et l'éducation priment sur la répression, sont caractéristiques de cette approche. Ces tentatives montrent la place laissée à la jeunesse par le passé, la volonté de faire d’une partie d’entre elle un repoussoir et de jouer sur cette société de la peur dans laquelle l’oeil neuf posé sur le monde et sur ses injustices par les plus jeunes générations renverrait à d’intolérables déstabilisations de notre société.

Face à cette approche passée qui semble ignorer qu’une société qui a peur de sa jeunesse est une société qui sape les bases de son propre avenir, la gauche doit être à la hauteur de l'enjeu. Elle doit l’être en adoptant et en mettant en oeuvre une vision dans laquelle enfermer la jeunesse pour la faire taire ou pour cacher les problèmes seraient des tentatives radicalement bannies.

Il y a aujourd’hui en France une jeunesse, urbaine, ultramarine, rurale, qui doit faire face aux mêmes problématiques et aux mêmes obstacles. Il ne s’agit plus de faire un énième constat, de lancer une énième consultation, les priorités sont connues et passent pour beaucoup par l’institution scolaire : lutte contre les déterminismes, désenclavement, ouverture sur le monde, qualification, orientation, autonomie. Ne nous y trompons pas, les régions les plus dynamiques sont celles qui savent amener le plus grand nombre de jeunes vers l’enseignement supérieur. La géographie de la scolarisation se superpose avec une cartographie du dynamisme économique. L’investissement sur la jeunesse, la performance éducative d’un territoire, sa capacité à organiser la solidarité et la réussite au plan social et économique sont indissociables.

 

L’école publique au coeur des solutions 

L’enjeu est de taille : après des années de casse du service public d’éducation, la France est reléguée à l’avant-dernière place de toute l'OCDE pour les inégalités sociales dans la réussite scolaire. Alors oui, il est urgent de remettre sur pied les outils de l’égalité sociale et scolaire, de renouer avec le coeur du pacte républicain et d’assumer avec fermeté un soutien à notre service public d’éducation en arrêtant l’hémorragie de personnels, de moyens et de talents qui épuise aujourd’hui nos écoles. Car les établissements situés dans les quartiers politiques de la Ville ou au sein des réseaux de l’éducation prioritaire sont ceux qui ont subi de plein fouet pendant cinq ans la Révision Générale des Politiques Publiques et « l’assouplissement de la carte scolaire ». Nous savons que les moyens ne sont pas la solution à tous les maux de l’école, mais réduire ceux des établissements déjà fragilisés par des contextes sociaux, économiques et familiaux lourds ne peut qu’y aggraver les conditions d’étude et favoriser l’attractivité des écoles privées.

De la difficulté à scolariser des enfants de moins de trois ans qui pèse directement sur l’acquisition des fondamentaux dans les familles les plus précaires, aux frais de scolarité exorbitants pratiqués par certaines écoles supérieures qui offrent la possibilité à ceux qui en ont les moyens d’acheter une seconde chance à leurs enfants, la question de l’égalité sociale face à l’avenir doit bien rester au coeur des préoccupations des décideurs. Et quand l’on sait que le taux de scolarisation des 15-19 ans a diminué entre 1995 et 2009 de 88 à 84%, on peut se demander si le temps n’est pas venu d’allonger la scolarisation obligatoire de 3 à 18 ans pour éviter que des jeunes sortent sans diplôme et sans parcours de formation du système scolaire.

La nouvelle majorité a eu raison à ce titre de d’abord vouloir rétablir un cadre de confiance pour les jeunes, leurs familles et les équipes pédagogiques. De promettre de d’abord reconstruire ce qui a été détruit et de réinventer, dans le cadre de la grande concertation engagée à l’été, la réussite scolaire pour tous. Mais il faut également prendre le temps de questionner les ambitions de l’école républicaine pour les nouvelles générations. L’école doit corriger les inégalités, donner des clés d’émancipation, et au-delà être également le premier lieu de l’apprentissage du respect. A titre de funeste illustration, l’homophobie est en France la première cause de suicide chez les jeunes. Pour faire tomber les préjugés et casser les clichés liés au genre, à l’orientation sexuelle ou à l’origine, les pouvoirs publics doivent non seulement doter les acteurs éducatifs des outils de la prévention mais également se montrer exemplaires en matière de construction du vivre ensemble.

C’est pourquoi il est d’autant moins acceptable qu’en France il n’y ait pas de service public des stages, et que le premier contact avec le monde du travail lors de la recherche du stage en classe de troisième soit surtout le premier apprentissage de la discrimination et du déterminisme entre ceux qui ont des réseaux et ceux qui n’en ont pas. A partir du moment où des stages sont inscrits dans les maquettes pédagogiques, l’établissement scolaire doit avoir la responsabilité et les moyens de trouver des stages de qualité pour chacun des élèves ou étudiants sur lesquels pèsent cette obligation. De la même manière, il est temps de refonder l’orientation et d’anonymiser les procédures d’affectation, pour que son sexe ou son milieu familial ne soient pas des critères discriminatoires.

Parce que l’Ecole est prépondérante dans ce que sera la destinée sociale des enfants qui la fréquentent et parce qu’elle est le lieu de la construction de soi et son rapport au monde, les efforts qui y sont consentis et les orientations qui lui sont données dépassent de loin la seule sphère éducative. C’est ainsi par exemple qu’un des meilleurs remparts à la tentation de l’extrême droite et de l’abstention dans les zones rurales et périurbaines est bien d’offrir à la jeunesse qui y étudie et y grandit une école ambitieuse, d’en finir avec les déserts scolaires, avec la rareté des options, avec l’enclavement, avec le déterminisme sociologique et territorial en matière d’orientation.

Faire toute sa place à la jeunesse, c’est aussi repenser la place des lieux de production et de diffusion des savoirs dans nos sociétés. La démocratisation de l’enseignement supérieur doit permettre aux jeunes générations de connaître des parcours d’excellence et de participer à la production intellectuelle de notre pays non du fait de déterminismes mais en raison de leurs talents. Par ailleurs, l’affranchissement de la sphère intellectuelle des contraintes de la rentabilité et de la marchandisation, la transparence des mécanismes de décision et d’orientation en matière de politique de recherche ou de choix stratégiques et technologiques, la réflexion sur les rapports entre science et société doivent aussi être inscrits au coeur d’un projet de reconstruction de notre enseignement supérieur et de notre recherche qui puisse associer pleinement les doctorants et les jeunes chercheurs. Il y va pour ces derniers de leur capacité à sortir de l’état de « minorité » dans lequel l’institution universitaire peut être tentée de les maintenir.

 

Vers une politique de la jeunesse

Nés dans une société bouleversée par les nouvelles technologies, les nouvelles générations n’ont paradoxalement jamais eu autant besoin d’être accompagnées par la puissance publique.

On n’apprend plus, on ne communique plus, on ne fait plus société de la même manière dans un monde hyperconnecté, où le temps et les distances pour accéder au pire comme au meilleur, au plus proche comme au plus lointain se sont radicalement contractés. Mais dans ce monde nouveau, une partie de la jeunesse subit une fracture numérique qui se cumule aux fractures sociales et culturelles déjà existantes. Les nouvelles générations se retrouvent en outre, comme si l'internet était inné et génétique, sans repères culturels pour profiter des opportunités formidables qui découlent de ces technologies de l’information et de la communication : accès aux droits, à la connaissance, à la citoyenneté et de fait à l'emploi, etc… Il y a nécessité de favoriser la mise en place de repères indispensables à une maîtrise complète et à une démocratisation des usages essentiels du numérique pour faire face à de très réels risques d’exclusion de cette sphère désormais essentielle à une pleine insertion dans la société mais aussi pour faire face à des dangers de manipulation commerciale ou idéologique.

L’enjeu du numérique montre en soi qu’une politique de la jeunesse doit se redonner de grands objectifs et s’inscrire dans une démarche d’éducation populaire.

Dans un contexte où la compréhension du monde qui nous entoure est de plus en plus complexe, la gauche doit réaffirmer l’enjeu de l’émancipation sociale et de l’éducation critique. Cette démarche renvoie bien évidemment à une conception politique de la culture où tout le monde peut être producteur d’une culture qui incarnerait à nouveau un moyen d’exercice de la démocratie.

Une politique de la jeunesse doit aussi se rappeler que la génération Erasmus, au réseau planétaire, est aussi une génération précaire, à la mobilité trop souvent virtuelle (39% de jeunes ne partent pas en vacances l'été et 13% ne partent jamais en vacances), qui cumule les stages avant d’accéder à un travail en deçà de ses qualifications et part de plus en plus tard de chez ses parents faute de moyens.

Penser de grandes politiques d’éducation populaire, c’est donc par exemple permettre à tous les jeunes d’avoir accès à la culture et aux loisirs grâce à des aides aux transports qui ne dépendraient pas que du bon vouloir des conseils régionaux, grâce à des jumelages systématiques des établissements scolaires et périscolaires avec des institutions culturelles, ou grâce à des solutions innovantes permettant d’accompagner le partage et le téléchargement sur internet. L’Etat pourrait en outre dans cet esprit garantir des « vacances pour tous » avec l’extension du chèque vacances à tous les salariés des petites entreprises ou en recherche d’emploi.

Au-delà de l’éducation populaire, penser une politique de la jeunesse, c’est aussi réfléchir à la capacité des jeunes générations à faire l’apprentissage d’une autonomie précoce. A ce titre, le modèle danois d’aides financières directes aux jeunes majeurs plutôt qu’à leurs familles permet d’encourager cette autonomie qui s’incarne dans des capacités aussi fondamentales que diverses à choisir ses études, reprendre ces dernières ou être en mesure de s’inscrire dans la mobilité internationale. En France, la mise en place de l’allocation autonomie pour les jeunes majeurs – étudiants, apprentis, jeunes en recherche d’emploi - doit être pensée non pas comme un luxe mais comme un enjeu essentiel sur le chemin vers l’émancipation.

Si la jeunesse est au coeur des préoccupations de la gauche au pouvoir, il faut que tous les leviers de l’action publique soient actionnés pour la sortir de la précarité, en particulier pour répondre à la crise du logement qui la frappe de plein fouet et la contraint trop souvent à une décohabitation tardive du domicile parental ou à des conditions indignes de logement. La réquisition, que nous ne confondons pas avec l’expropriation, en est un. Lorsqu’un propriétaire laisse son bien à l’abandon pendant des années, l’obliger à percevoir des loyers va même dans le sens de l’intérêt général ! Et parce que la lenteur et les inégalités du développement du logement social ne se corrigent pas simplement par plus de subventions de l’Etat, c’est aussi à la frilosité de certains élus locaux qu’il faut s’attaquer en imposant inéligibilité et transfert effectif des pouvoirs d'urbanisme du maire au préfet en cas de non respect des efforts de rattrapage prévus, mise à disposition des immeubles ou terrains publics vacants pour la création de logements sociaux, création de places pour les étudiants en cités universitaires et HLM. Cette approche ne se limite évidemment pas aux seuls problèmes de logement rencontrés par les plus jeunes, dans une société française où les leviers qui viennent d’être évoqués doivent être mobilisés au service de millions de Français qui subissent un déficit criant de logements dans notre pays, déficit propice à des loyers dont la charge devient insupportable à un nombre grandissant de familles.

Mettre la jeunesse au coeur de toute l’action publique, mettre les services publics et les institutions au service de notre jeunesse, c’est lui permettre d’avoir d’autres perspectives que de voir le fardeau de la dette qu’elle lèguera légèrement moins douloureux que celui qu’elle a reçu.

 

5. Et si c’était maintenant que l’on changeait notre façon de nous ouvrir au monde

L’émergence des économies chinoise, indienne, brésilienne… a pour conséquence une réalité indéniable : l’Europe ne domine plus le monde. Phénomène certes pas si nouveau que cela mais qui était « masqué » par l’inclusion de l’Europe dans un ensemble occidental qui, avec le poids prépondérant des Etats-Unis, constituait le centre névralgique de la planète. A l’ancienne domination économique, financière, militaire, technologique et politique s’ouvre un monde multipolaire dans lequel le poids de l’Europe est en voie de normalisation.

Alors que cette nouvelle réalité pourrait être positivement vécue comme l’aboutissement de logiques de développement que maints courants politiques en Occident appelaient de leurs voeux, elle produit une tentation du repli face à une mondialisation vécue comme menaçante et source de déclassement.

La mondialisation économique s’est certes réalisée sous une logique ultralibérale qui doit être critiquée et combattue. Mais la France, et la réflexion vaut pour les autres pays européens, aurait grand tort de limiter son approche du monde à des dangers, là où des opportunités sont à saisir, des paroles à poser, des combats à mener.

Aussi bien en tant que nation à la vocation particulière qu’en tant que moteur essentiel de l’intégration européenne, notre pays doit reponser son rapport au monde, un rapport profondément affecté par la tentation du repli sur laquelle le pouvoir précédent n’a pas hésité à jouer et par l’incapacité relative de notre pays à jouer sur ses atouts pourtant nombreux sur la scène internationale.

 

Débarrasser les débats sur l’immigration du poids mort du lepénisme

La France doit tout d’abord sortir de cette logique anti migratoire qui s’est mise en place sur les dernières décennies sous l’influence de l’idéologie lepéniste recyclée pendant près de 10 ans par Nicolas Sarkozy. Il est de la responsabilité de la gauche de changer les conditions du débat, là où nous avons souvent pêché par omission du thème de l’immigration, comme si ce dernier n’était plus pour nous qu’une gêne qu’il fallait savoir éviter par des formules aussi ambiguës que défensives.

Là où la question des régularisations des sans-papiers était naguère un marqueur identitaire de la gauche, elle semble être devenue aujourd’hui le tabou des campagnes électorales nationales. Non pas qu’il faille expliquer que tous les sans-papiers doivent être régularisés. Mais est-il si dur que cela d’expliquer que les sans-papiers ne sont pas des dangers pour la société et ne sauraient être réduits à la catégorie statistique des personnes à expulser du territoire ? Est-il si compliqué que cela de porter ce regard qui fait la force de la gauche, à savoir un regard fondé sur le droit des personnes à voir leur situation étudiée et sur l’impératif du respect de la dignité des personnes ?

La gauche ne peut se contenter de considérer les sans-papiers avec un supplément d’âme humaniste. Elle doit au contraire affirmer que cette thématique doit se traiter non pas par des régularisations au cas par cas – antienne de la droite sarkozyste – mais par des critères de régularisation clairs et cohérents et dont la mise en application est de fait incompatible avec toute politique du chiffre en matière d’expulsions.

Mais, au-delà de la question des sans-papiers, c’est bien l’ensemble de la question migratoire qu’il nous faut revoir, non seulement pour effacer les méfaits de ces dernières années en la matière mais également pour être en mesure d’élaborer une politique migratoire digne de ce nom. Pour y parvenir, nos lignes d’action doivent être claires :

- sortir de la réforme progressivement mise en place par Nicolas Sarkozy et aboutissant au fait que le Ministère de l’Intérieur traite aujourd’hui de toutes les questions ayant trait aux migrations, qu’il s’agisse de la délivrance des titres, de la naturalisation, de l’intégration ou de l’asile. Cette logique n’est pas acceptable tant elle est marquée de la volonté du pouvoir précédent de faire du migrant la figure d’un danger qui devrait, dans tous les aspects découlant de sa migration, être traité par un ministère dont il n’est pas excessif de dire qu’il est empreint d’une vision policière ;

- revenir à un état du droit qui efface les dégâts du sarkozysme, aussi bien en termes de régularisations qu’en termes d’immigration légale. A cet égard, les coups de boutoir contre l’immigration familiale ou contre les étudiants étrangers furent symptomatiques de ce pouvoir qui, prenant initialement prétexte de la nécessité de mieux lutter contre l’immigration illégale, a étendu sa logique populiste à l’ensemble des étrangers ;

- réinventer une politique de coopération et de co-développement ;

- relancer les outils de l’intégration (apprentissage de la langue…) et en développer de nouveaux (lutte contre les discriminations…).

Faute de réaliser ce travail, nous risquerions de devoir nous renier et de continuer à être tétanisés par un discours lepéniste qui a réussi à articuler les problèmes de la mondialisation à la vie quotidienne en faisant de la figure du voisin étranger le chaînon entre ces deux sphères.

La France doit au contraire être consciente de l’apport de l’immigration, non seulement pour des raisons internes (économiques, démographiques,…) mais également parce qu’il y va de sa capacité à être respectée et influente dans le monde comme maints pays l’ont compris et mis en application de façon active ces dernières années.

 

Réenchantons le rêve européen

L’approche de la question migratoire par l’Europe a d’ailleurs, ces dernières années, été un symptôme de la difficulté de l’Europe à aborder cette question, coincée entre la nécessité démographique d’accueillir des immigrés et le ressort du populisme raciste. Si l’Europe a semblé davantage pencher sur le second terme de l’alternative (cf. construction d’une politique de lutte contre l’immigration davantage que d’une politique migratoire), c’est aussi parce qu’elle a été dans l’incapacité de définir un modèle de développement et de progrès social apte à fédérer toutes les énergies. Empêtrée dans la crise, l’Europe, à travers plusieurs de ses pays, a préféré jouer sur le ressort de la figure du bouc émissaire comme preuve de la compréhension par les pouvoirs politiques des aspirations des peuples. Les attaques de Nicolas Sarkozy contre les roms et sa remise en cause de la libre circulation au sein de l’Union européenne, les attaques d’Angela Merkel contre les populations immigrées en Allemagne, la légitimation par le ministre de l’Intérieur italien des pogroms anti-noirs de Rosarno en 2008… : autant de signaux d’une Europe qui, incapable de faire rêver et de créer de l’espoir, a parfois semblé réduite à accompagner le cauchemar du racisme.

Cette situation renvoie au fait que, par plusieurs aspects, l’idée d’Europe, affaiblie par les coups de boutoirs conjugués de la technocratie, des marchés et des nationalismes, est en déliquescence, suscite méfiance et rejet.

La France, par fidélité à ses idéaux et pour faire entendre sa voix sur la scène internationale,  doit être le moteur du réenchantement du rêve européen – rêve d’un espace de liberté, de paix, d’égalité et de progrès social. Réenchanter le rêve européen c’est, sur ces bases, reprendre le chemin d’une intégration renforcée.

Cette intégration doit être au service des peuples alors qu’ils peuvent aujourd’hui avoir l’impression qu’ils sont sacrifiés sur l’autel des desiderata des marchés financiers et sur celui de règles économiques sacralisées contre tout entendement mais au plus grand profit de ceux qui ont tout à gagner du libéralisme.

Pour que les peuples se réapproprient l’idée européenne, plusieurs axes doivent être défendus.

Il s’agit tout d’abord d’oeuvrer à une intégration institutionnelle en rendant les institutions plus transparentes et plus démocratiques : clarifier les prérogatives des différentes institutions, faire du Parlement européen un vrai législateur, faire élire réellement le président de la Commission européenne par les députés européens, coordonner les politiques de défense et créer une diplomatie davantage intégrée.

L’intégration doit aussi être économique. Certes, l’intégration économique a été le moteur de la construction européenne. Mais elle s’est faite essentiellement à travers les préceptes du libéralisme alors qu’il est urgent aujourd’hui de remettre de la politique et de la solidarité dans ce domaine par la mutualisation des dettes des pays européens, par l’avènement d’une Banque centrale européenne qui se soucie de croissance, par l’émergence d’un réel budget européen en mesure d’activer une politique budgétaire, par une lutte effective contre les possibilités de dumping fiscal à l’heure où les paradis discaux, à l’instar du Luxembourg ou des Iles anglo-normandes, continuent à exister.

L’intégration doit être politique en faisant en sorte que les acquis européens fondamentaux, comme la libre-circulation des individus, soient pleinement respectés. Il est par exemple urgent d’abolir les restrictions à l’application des Accords de Schengen.

L’intégration doit être sociale en faisant en sorte que les normes sociales s’appliquent de façon suffisamment stricte pour abolir les risques de concurrence des pays via le moins-disant social. Parce qu’elle ne peut susciter l’adhésion que si elle est vécue comme un espace de progrès social, l’Europe doit être le levier de l’émergence de nouveaux droits partagés.

L’intégration européenne doit enfin être celle des sociétés européennes, déjà en cours grâce à l’engagement unificateur de la société civile européenne qui montre la voie par ses discours et ses actions coordonnés. Sans envie, sans désir de construire un espace commun, l’idée européenne n’a aucun avenir. C’est pourquoi la société civile européenne doit être soutenue, bien loin des pratiques actuelles de soutien à des associations dont la seule qualité semble être souvent de maîtriser la novlangue européenne. L’Europe doit également, afin de favoriser l’émergence de la société civile européenne, amplifier ses programmes d’échanges scolaires et universitaires comme le programme Erasmus ainsi qu’organiser directement ou par soutien des moments de vie partagés à inventer. Enfin, ce sont aussi aux  socialistes et sociaux-démocrates européens de faire vivre la politique à l’échelle européenne en proposant de grands meetings européens et la solidification d’un réseau militant transnational. Le PSE doit être à l’avant-garde de l’organisation de ces fronts communs de lutte.

Réussir à construire une Europe intégrée, c’est bien évidemment permettre à cet espace commun de peser davantage sur la scène internationale sur les plans économique et diplomatique. Mais c’est également être en mesure d’évoluer dans un ensemble qui a quelque chose à dire au monde par la capacité que nous aurons collectivement eu à construire ce qui n’est pas si fréquent que cela à l’échelle du monde : un espace constitué de sociétés démocratiques complexes et porteuses de progrès social pour chacun des membres qui les constituent.

 

Pour que la France renoue avec sa vocation universaliste

La France est porteuse de valeurs universelles suscitant adhésion et désir dans les milieux intellectuels, politiques et militants à travers le monde. Ces milieux engagés expriment une demande d’incarnation, de soutien et de mise en action de ces principes.

Il existe une envie de France, mais notre pays ne présente pas assez ce visage ouvert au reste du monde, en particulier aux sociétés civiles, alors qu’elles occupent une place de plus en plus importante dans l’évolution politique de leurs pays.

Nombreux sont les pays dont l’action internationale a pris en compte cette dimension nouvelle dans les relations internationales. La France accuse sur ce plan un retard certain, et ne bénéfice pas ainsi d’un important relai d’influence pour donner de l’ampleur à son action politique.

 

Soutenir les avancées démocratiques du printemps arabe comme partout dans le monde

Après avoir soutenu jusqu’au bout le régime autoritaire et corrompu de Ben Ali, la France a salutairement changé de position en poussant à une intervention internationale pour protéger les civils libyens menacés de massacre.

L’internationalisme que nous promouvons va de pair avec la responsabilité de protéger, à l’encontre des doctrines souverainistes nourries de relativisme culturel qui s’apparentent bien souvent à un droit pour des dictateurs à massacrer leur propre peuple.

Ni néo-colonialiste ni post-colonialiste, l’attitude de la France par rapport aux avancées démocratiques doit simplement être pro-démocratique. Dans les pays qui ont connu le printemps arabe comme partout dans le monde, notamment en Russie, en Chine ou en Birmanie, elle doit résolument soutenir les peuples en libération et leurs aspirations universelles à la démocratie, unique dans son principe et ses valeurs et plurielle dans ses modes d’application.

 

L’investissement de la société civile

Traditionnellement méfiante vis-à-vis de la société civile, la France n’a pas su développer des liens solides avec ces acteurs de changements fondamentaux au niveau international. Coupée des sociétés, elle prend le risque de ne pas comprendre une société en mouvement et, en restant sur les vieux schémas de la diplomatie, de soutenir des pouvoirs autoritaires comme celui de Ben Ali quand son peuple se bat pour sa libération.

Ainsi, la France doit totalement changer son rapport avec la société civile à travers le monde, et investir pleinement ses relations avec elle en la soutenant clairement.

Cela nécessite que des instructions claires soient données aux ambassades de travailler de manière plus étroite et systématique avec les sociétés civiles et de soutenir les militants pour la démocratie et les Droits de l’Homme, comme les FEMEN en Ukraine ou Mémorial en Russie par exemple. Il est de la responsabilité de la gauche de construire cette mutation, d’engager une transformation en profondeur des Ministères des Affaires Etrangères et des Affaires Européennes, pour inscrire dans l’institution cette nouvelle approche des affaires internationales en relation proche avec la société civile.

 

Hisser les normes sociales internationales au rang de normes fondamentales

Si le droit international, depuis la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, qualifie de fondamentales toute une série de normes sociales, la réalité est bien différente. La mondialisation s’est faite en ignorant très largement leur application par les pays signataires des traités et des conventions reprenant ces normes. Dominée sur les dernières décennies par une logique économique de moins-disant social, la mondialisation a pu être vécue à juste titre comme une machine de guerre contre les progrès sociaux.

La gauche au pouvoir peut infléchir cette logique en contribuant à hisser les normes sociales internationales au rang effectif de normes fondamentales. A titre d’exemple, les négociations au sein de l’OMC devraient intégrer pleinement la question du respect des normes sociales.

Il en va de même pour les normes environnementales.

Certes, ces différentes normes sont parfois vues par les économies émergentes comme un moyen pour les pays les plus développés de conserver leur avantage économique. Cela n’est à vrai dire pas totalement inexact. Mais une mondialisation au service des peuples, qu’ils soient des pays développés, des économies émergentes ou des pays en retard de développement, ne peut se concevoir que par l’extension des droits et des garanties reconnus et accordés aux individus.

Sans l’inscription effective des normes sociales et environnementales au rang de normes fondamentales, nous risquons un triple processus :

- la défiance des pays développés face à la concurrence vécue comme déloyale de la part du reste du monde ;

- le risque du dumping social et du dumping environnemental ;

- l’affaissement des conditions de vie dont on sait qu’elles peuvent être mortelles. De ce point de vue, la situation de maintes populations de pays en retard de développement est pas moins que dramatique sur le plan sanitaire tant des zones entières, par les facilités laissées aux pollueurs, sont devenues des enfers sanitaires, que ce soit par la pollution et/ou l’épuisement des ressources. A vrai dire, l’exigence environnementale brimée par la logique du rendement maximal et immédiat qui domine sous la férule du capitalisme financier n’est pas un luxe de riche mais une nécessité pour l’Humanité.

 

*

 

Conclusion

Cette contribution n’est qu’un début, nous souhaitons porter ces sujets les mois et les années à venir. Pour qu’elle continue à vivre, nous avons créé un blog sur lequel vous pourrez enrichir ce début de réflexion en y envoyant vos propres textes. Vous trouverez sur ce blog des contributions et propositions plus détaillées concernant les deux grandes priorités choisies par le Président de la République durant sa campagne : l’égalité et la jeunesse.

 

www.etsicetaitmaintenant.fr

 

 

(1) La majorité des contribuables est prête aujourd’hui à payer davantage d’impôts pour que les pouvoirs publics consacrent de façon prioritaire leurs efforts à l’éducation.

(2)  Discours de Xavier Darcos à l’occasion de la présentation du volet "Éducation nationale" de la dynamique "Espoir banlieues" le 14/02/2008.

(3) Voir par exemple l’article de Christophe Guillet « Maine et Loire : la guerre scolaire au quotidien », Prochoix, n°53, octobre 2010 sur l’absence d’offre d’enseignement public.

(4) Une famille sur deux a déjà inscrit un de ses enfants dans l’enseignement privé, et deux enfants sur cinq y auront un jour été scolarisés.

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Les premiers signataires :

  • Colombe BROSSEL (75, Maire Adj, CN), Dominique SOPO (75, ancien président d'SOS Racisme), Flora SALADIN (75, CN suppl) Patrick KLUGMAN (75, Cons. Paris), Nadège ABOMANGOLI (75 Cons. Régionale, CN suppl), Madhi BELKACEM (93, responsable syndical), Flora LABOURIER (34, CN suppl), Julien BOUCHER (75, Cons. Arrt), Catherine LIME (92, sec. sec. Chaville, BF), Guillaume AYNE (93), Sandrine MALET (33), Guillaume TRONCHET (75, sec. sec. Sorbonne), Myriam EL KHOMRI (75, Maire Adj), Nassurdine HAIDARI, (13, Maire Adj), Anna ANGELI (93, Maire Adj DVG), Jérôme GUEDJ (91 Pdt CG), Iman MANIANI (51), Amine EL KHATMI (84), Anne-Charlotte KELLER (75, Adj Arrt, CN), Etienne ALLAIS (35), Najet MIZOUNI (75, SF), Ugo LANTERNIER (93, Maire Adj), Layla RAHHOU (93, responsable associative), Ameziane ABDAT (92), Pauline COLLET (86, MJS), Lucas ELALOUF (75, MJS), Tooran DANA (94, CA), Thibaud COTTA (93, Psdt Etats Généraux de la Justice Pénale), Elizabeth CAZY (75, CF responsable associative), Jean-Alain STEINFELD (93, Cons. Mun., sec. sec. Villemomble, Trésorier frédéral), Jacqueline MADRELLE (33, présidente France liberté Gironde), Gregos (75, streetartist), Valerie ROGE (75), Christophe PICHAUD (75), Hella KRIBI-ROMDHANE (91, Cons. Régionale, sec. sec. Massy, BF), Sebastien BERTRAND (03, AF MJS), Shéhérazade BENSABER (75), Antoine CAYROL (75, producteur), Anne-Catherine FRANCK (75 CNCF), Nicolas TUBERT (75, Collectif jeudi Noir), Mehdi LETAIEF (91, producteur), Aurelie KIENE (75, CA), Sebastien MARCHAL (35, Resp HES Ille-et-Vilaine), Marie LOMBARD (21), Epenct EPARA EPARA (75, SF), Constance BLANCHARD (75, CN) Jean-Baptiste HERMANN (21, SF), Alexie LORCA (93 Cons. Municipale, sec.sec. Montreuil), Vincent BEGRAND (21), Isabelle GUERRIB (91, déléguée syndicale), Vincent Deshayes (38), Thibaud PIKORKI (38, MJS), Anouck PAUMARD (75), Thierry SOTHER (68, Cons. Municipal, SF), Cécile FOUGERE-CAZALE (75), Pascal JOSEPH, (75, Maire Adj. BF, CN), Bernadette BONNAC-HUDE (33, syndicaliste militante des droits des femmes), Jerôme IMPELLIZZIZERI (77 Cons. Régionale, sec. Sec. Emerainville), Benedicte MANGENET (91), Abdel GHEZALI (25 Maire Adj.), Lila DJELLALI (75, Collectifs Jeudi Noir et Génération précaire), Marc NIDERLENDER (93, syndicaliste), Ali SOUMARE (95, Cons. Régional, SF, sec. sec. Villiers-le-Bel), Vincent REZZOUK (75), Remy BOULANGER (34), Hadrien GOMY (77), Ludovic MENDES (57)

Contactez les auteurs de la contribution

Les signataires :

BOUTHEON Lynda (93600), MARTEL Catherine (75018), COLOT-LEFEBVRE Anne (94300), DAYAN Jean-Paul (75017), CHAPALAIN Elie (75017), MERHEM Hacene (93100), DERYCKX Annie (75020), VANDAELE Jacques-Henri (56890), LINDAYE Henriette (77200), DRAME MAMADOU (75018), HENNEBELLE Thierry (93300), LITCHMAN delphine (09230), PIERCY Christophe (93120), JASMIN Veronique (95190), JASMIN Muriel (95190), DAWNY cédric (75018), GODON Nicolas (75011), MANSAT Eva (75011), HALIDAY Mark (75018), GIRARD Cathy (75020), BAUDRY julien (97217), PIKORKI Thibaud (38000), ROSE Michel (75008), TIMMERMANS Annick (1050), LAYET Dominique (93100), BARBETTI Charles (75020), PETIT Thomas (77250), ETELBERT ANTONY (75019), LOUVIERS Angele (75016), LOUVIERS angele (75016),