Discours du Premier ministre au Conseil national de l’industrie : une politique industrielle parcellaire hélas loin des défis durables

21 novembre 2017

Le Parti socialiste fait part de sa déception à la suite de la présentation par le Premier ministre de son plan pour développer l’industrie française. Cette longue déclaration d’intentions fait l’impasse sur de nombreux sujets.

L’industrie est une cause d’intérêt général. Elle exige de la constance pour la croissance et l’emploi. Aussi, la crédibilité de l’action gouvernementale et la qualité du débat public gagneraient-elles à ce que le Premier ministre reconnaisse l’apport de la politique engagée au cours des cinq dernières années au renforcement de la compétitivité des entreprises :  après avoir chuté à 27,9 % de la valeur ajoutée en 2012, le taux de marge a atteint 32 % en 2016. Ce sont autant de capacités supplémentaires pour que les entreprises investissent, innovent exportent, forment, embauchent. De même, le travail accompli par Bpifrance et ses équipes en régions en faveur des TPE, PME et PMI aurait mérité d’être souligné.

Le discours de la rupture est d’autant moins pertinent en la matière qu’il comporte peu d’engagements concrets, à l’exception d’un fonds pour l’innovation et l’industrie. Cet outil peut compléter utilement les leviers d’actions déjà existants, même si son mode de financement aurait pu être conçu autrement et ses objectifs doivent être davantage clarifiés. Le soutien à l’investissement et à la montée en gamme est nécessaire. A cet égard, prolonger la mesure de sur-amortissement mise en place en 2015, et qui a fait ses preuves, aurait été plus utile aux PME ou aux ETI industrielles pour se moderniser que le démantèlement de l’ISF.

Il est regrettable que ce plan fasse à ce jour l’impasse sur des enjeux majeurs qui nécessitent une action de l’Etat pour, en lien avec les collectivités territoriales et les filières, conforter durablement notre politique industrielle : priorité à la conversion écologique et énergétique de l’appareil productif, économie circulaire qui ancre l’activité dans les territoires, instauration d’un nouveau rapport entre les grandes entreprises donneuses d’ordre et les entreprises de la sous-traitance, formation initiale et continue des salariés pour anticiper les révolutions du monde du travail percuté par l’économie de l’immatériel, féminisation des métiers industriels, etc.

Enfin, l’industrie française – avec ses entrepreneurs, ingénieurs, salariés – se déploie dans un cadre européen qui, trop souvent, ne permet pas de faire émerger des champions européens, ni de protéger des secteurs stratégiques face aux enjeux des transitions (énergies, mobilité durable, numérique,…). Cela exige notamment une approche de la concurrence qui ne soit pas dogmatique et une politique commerciale offensive de la part de l’Union européenne pour qu’elle fasse prévaloir dans les échanges mondiaux ses normes sanitaires, sociales et environnementales.

Au final, ce plan apparaît lacunaire et trop peu ambitieux pour répondre aux enjeux d’une politique industrielle de long terme.