Europe : le texte d’Emmanuel Maurel

Socialistes, donc internationalistes et pour une Europe des solidarités

La réalité dément chaque jour la « mondialisation heureuse » des Libéraux : accroissement massif des inégalités, fragilisation des droits sociaux, crises démocratiques et bulles spéculatives déstabilisant les économies. À l’heure où les inégalités se creusent comme jamais, la social-démocratie donne le sentiment de s’accommoder, voire d’accompagner un nouvel ordre planétaire inégalitaire, individualiste, marchand. Ce « modèle » de développement est pourtant condamné.

L’Europe au service des peuples

L’Union européenne devait nous protéger face à la mondialisation. Sa cohésion et son approfondissement tout au long des années 80-90 lui conféraient la légitimité et la force pour garantir auprès de ses concitoyens les « valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité » inscrites dans sa Charte des droits fondamentaux.

Mais trop souvent hélas, l’UE est apparue comme un « accélérateur de mondialisation » tout en se comportant d’une façon extrêmement discutable au regard de la défense des grands principes (accord de blocage des réfugiés, etc.).

Si L’Europe continue de s’abandonner au dumping fiscal, au moins-disant social, ou de tourner le dos à ses valeurs, elle s’exposera à la dislocation. Il faut revenir à l’ambition initiale de l’Europe : celle d’un espace de paix, solidarité, de prospérité et de protection pour tous.

L’UE a été trop timide contre la fraude fiscale. Certains États-membres sont de véritables paradis fiscaux. La France doit prendre l’initiative, en assumant le risque de la confrontation, en balayant aussi devant sa porte.

Politisons l’Europe et mettons fin à l’indifférenciation droite-gauche. Nous voulons une Europe politique au service de la souveraineté populaire, qui doit reposer sur le primat d’un intérêt général européen, à l’intérieur de nos frontières et vis-à-vis du reste du monde. Pourquoi l’Europe serait-elle la seule à ne pas protéger ses intérêts ?

Comprendre le monde tel qu’il est pour le transformer

La mondialisation est d’abord financière : pour 1 dollar de marchandises réelles, on en échange 100 en capitaux. Assumons une démondialisation des mouvements de capitaux pour limiter le risque de crise systémique et la polarisation des richesses.

L’aspect le plus visible de la mondialisation est l’explosion déraisonnable du commerce mondial. Les chiffres donnent le vertige, tant en montant d’exportations qu’en délocalisations et destructions d’emplois industriels – sans compter l’aggravation de la pollution et des rejets de CO2

Ces bouleversements climatique et du capitalisme rejaillissent sur le sort des populations des régions du Sud. Ses ressortissants, jetés dans la misère par l’ouverture des frontières commerciales ne trouvent pas d’autre solution que tenter leur chance à l’étranger.

Nos propositions

  • Ériger (via la politique commerciale) en priorités la protection de l’environnement et des droits humains face à des pays émergents jouant systématiquement sur le dumping pour conquérir des parts de marché ;
  • Maîtriser le commerce mondial. Au lieu de laisser faire les délocalisations, privilégions les échanges au sein de blocs économiques cohérents et mettons en place un système de préférence communautaire ;
  • Favoriser le co-développement et réduire les migrations : renforcer l’effort financier en faveur de l’Afrique et réviser les accords de libre-échange totalement inégaux (Partenariat Économique UE/Afrique-Caraïbes-Pacifique) dont l’impact a été terrible sur les économies locales, tout particulièrement l’agriculture ;
  • Retrouver le chemin de la politique, c’est-à-dire du volontarisme (en lieu et place de « règles d’or » et de sanctions automatiques), en se mobilisant sur des projets concrets (infrastructures, technologies, sciences) qui favoriseront l’emploi et l’investissement ;
  • Exiger que tout nouvel accord commercial comprenne des clauses permettant de lutter contre le dumping social et environnemental ;
  • Mettre en place un « Buy European Act » (bénéficieront de l’argent public européen les entreprises qui produiront en Europe) ;
  • S’opposer à la ratification du CETA et demander que le peuple soit consulté par referendum ;
  • Rétablir l’ISF et remettre les revenus financiers dans l’assiette de l’impôt sur le revenu, et faire sauter le Verrou de Bercy : pour lutter contre les paradis fiscaux, commençons à agir chez nous ;
  • Promouvoir l’idée d’un impôt minimum sur le chiffre d’affaires pour les multinationales;
  • Attribuer des moyens suffisants (ce qui n’est hélas plus le cas) au rayonnement international de la culture et de la langue française ;
  • Favoriser l’organisation d’une Conférence européenne de toutes les gauches attachées à une Europe au service des peuples. La création d’un mouvement citoyen européen est un objectif prioritaire pour reconstruire la gauche et lui donner les moyens de peser. Si nous avons la volonté nous trouverons le chemin.