« Il faut tout mettre sur la table » – Interview de Rachid Temal

Pourquoi mettre en place une direction collégiale?

Après les défaites historiques que nous avons connues, le Premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis a souhaité démissionner et permettre la mise en place d’une direction collégiale provisoire et paritaire. Elle représente à la fois les territoires, les élus, les militants et doit travailler à la feuille de route de la refondation. Il y aura à l’issue de ce travail un vote des militants à la rentrée.

Comment va-t-elle fonctionner ?

Les deux derniers conseils nationaux, le 24 juin et le 8 juillet, ont acté, d’abord la position politique du Parti socialiste – dans l’opposition – puis la création de cette direction collégiale. Lundi, une première réunion a permis à chacun d’exprimer ses positions et sera suivie de travaux tout l’été. Nous devons avancer sur le fonctionnement même de cette direction, afin qu’elle soit réellement collégiale. Il n’y a pas de porte-parole, ni de représentant unique de celle-ci.

Comment les militants seront-ils associés?

Le sens du moment est bien de se tourner vers les militants pour les associer à la refondation. Cela se fera dès cet été avec l’ouverture d’un espace de contributions sur le site du parti, qui permettra à tout un chacun de participer. Des débats auront également lieu au sein des fédérations. Tous ceux qui le souhaitent doivent pouvoir contribuer à l’avenir du PS et de la gauche. La démarche doit être collective à tous les niveaux, et la parole est libre. La direction collégiale se nourrira de ces réflexions pour avancer. Car cette feuille de route doit exposer la vision qu’on a du parti mais aussi de la France, de l’Europe.

En quoi le Parti socialiste doit-il évoluer ?

La refondation doit être idéologique: qu’est-ce qu’être socialiste au XXIe siècle? Notre parti a toujours été porteur d’émancipation. Nous devons expliquer ce que nous portons aujourd’hui comme espérance, quelle société nous souhaitons demain. Car la bataille culturelle précède toute proposition de mesures, de programme. Mais cette refondation doit également être organisationnelle. Nous pouvons nous inspirer de ce qu’il se passe dans les autres partis, européens notamment, mais il faut aussi prendre en compte les nouvelles formes de militantisme. Aujourd’hui tous les partis, les associations, les syndicats sont confrontés aux mêmes types de questions : comment associer le plus de monde possible? On peut penser par exemple que certains s’engagent seulement sur une question locale. Par ailleurs, quid de l’engagement numérique? Il faut appréhender toutes ces nouvelles formes de militantisme. Et par exemple, pourquoi notre parti, qui a toujours été pour la décentralisation, n’a pas de structuration politique au niveau des intercommunalités et des régions ? Bref il faut tout mettre sur la table. Mais ce cycle politique offre de nouvelles perspectives historiques. Nous devons nous projeter dans la société de demain, et imaginer, dans celle-ci, comment, à gauche, être un parti de gouvernement porteur d’innovation, d’inventivité, de justice sociale, d’espoir.