La France a raison de vouloir relancer le processus d’Oslo

Cent ans après le fameux accord Sykes-Picot par lequel la France et la Grande-Bretagne ont, d’une certaine manière « façonné » durablement le Proche et le Moyen-Orient, le conflit entre Israéliens et Palestiniens perdure. A l’origine, il s’agissait de se partager l’Empire ottoman. De promesses non tenues en revirements, c’est toujours un « Moyen-Orient éclaté » pour reprendre le titre d’un ouvrage de Georges Corm.

La France soutient, comme le reste de la Communauté internationale, la « solution à deux Etats », c’est-à-dire un Etat palestinien à côté d’un Etat israélien « dans des frontières sûres et reconnues ».

C’était un engagement de la France, si israéliens et palestiniens se révélaient incapables de relancer le processus de paix, la France prendrait ses responsabilités. On peut légitimement se demander pourquoi Paris entend se saisir de cet épineux dossier.

Depuis Bill Clinton, aucun leader n’avait obtenu des avancées significatives et aucun leader n’a fait sienne la doctrine d’Yitzhak Rabin : « lutter contre le terrorisme comme s’il n’y avait pas de processus de paix, travailler au processus de paix comme s’il n’y avait pas de terrorisme ».

Pour conclure une Paix des Braves, il faut de grands hommes capables de regarder au-delà des difficultés du moment.

Depuis 2012, la France a décidé de ne pas rester spectatrice.

Après l’intervention israélienne à Gaza à l’automne de cette année-là, Laurent Fabius avait été le premier dirigeant européen à se rendre dans la région pour tenter un dialogue et proposer l’aide de la France. Il avait déclaré plus tard, que la France prendrait ses responsabilités. Voilà pourquoi le gouvernement de gauche poursuit sa politique de « main tendue ». Le ministre des affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault s’est rendu le 15 mai dernier en Israël et en Cisjordanie pour présenter au premier ministre, Benyamin Netanyahou, et au chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, les contours de la conférence internationale prévue à Paris, qui se donne pour objectif de faire converger toutes les bonnes volontés, afin de relancer un processus de paix au point mort depuis deux ans.

Il s’agit de mettre autour de la table notamment les membres du Quartet (Etats-Unis, Organisation des Nations unies, Union européenne, Russie) et la Ligue arabe dont l’initiative saoudienne de 2002 pourrait servir de base. Elle propose le retrait d’Israël des territoires et le règlement de la question des réfugiés. Il est prévu des groupes de travail sur les sujets clés comme le développement économique ou sécurité. Puis, les deux parties seront, dans un deuxième temps, invitées à la table des discussions lors d’une conférence au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement à l’automne.

Tout le monde convient que la situation actuelle est intenable et dangereuse car à terme, elle nourrit la résignation et elle accroît la radicalisation alors que les deux parties concernées sont éloignées l’une de l’autre plus que jamais.

L’unique solution au conflit est l’établissement de deux États, israélien et palestinien, vivant côte à côte en paix et en sécurité avec Jérusalem pour capitale partagée.

Le Parti socialiste a toujours milité pour cette solution qui doit entraîner également l’arrêt du blocus. Il s’agit aussi de lutter contre le terrorisme et la montée des extrémismes religieux qui augmentent le danger.

La décolonisation de la Cisjordanie est non seulement conforme au droit international, mais elle est vitale pour la sécurité d’Israël. Tous les responsables du Mossad ou des services de sécurité, depuis 30 ans, le disent.

L’intransigeance du gouvernement de droite de Netanyahou, dont certains ministres préfèrent s’attaquer aux ONG de gauche et aux organisations pacifiques plutôt que d’œuvrer pour le dialogue, ne va pas dans le sens de la désescalade nécessaire pour l’avenir de la région.

Une initiative égyptienne du Président Al Sissi recueille un sentiment favorable du côté israélien. L’engagement des pays arabes comme des nations occidentales est en effet crucial pour aboutir à une issue positive et durable.