Hommage à Claude Baillargeon

Joseph Daniel a dirigé la communication du PS sous François Mitterrand, le Service d’information et diffusion du Premier ministre (actuel SIG) sous les gouvernements Mauroy et Fabius, puis la Communication et les Relations avec la presse de la Présidence de l’Assemblée Nationale. Membre du CSA de 1999 à 2005, il a enseigné la communication politique à Sciences Po Paris.

Claude Baillargeon (1949-2016)

Rêveur, rebelle et résistant, tel était Claude Baillargeon, un artiste auquel le PS doit beaucoup de ses plus belles et fortes affiches des années 1974-1981, et qui vient de s’éteindre, au terme d’un combat courageux contre un cancer.

Rêveur comme a pu l’être ce fils d’un romancier et poète québécois, qui gardera de sa jeunesse au Canada la passion des grands espaces, de la nature préservée, des eaux vives, des bois profonds et de ceux qui les habitent. Rebelle comme a pu l’être ce jeune homme qui débarque à Paris en mai 1968, à 19 ans, et qui, autodidacte, va creuser son sillon contre les normes, les facilités, les clichés. Rebelle aussi à toutes les injustices, les inégalités, les atteintes à sa chère nature : n’assurait-il pas que « les spéculateurs immobiliers qui jouent avec la vie des gens font plus de dégâts que la drogue » ? Cette rébellion se lit déjà dans sa toute première affiche, en 1974, réalisée précisément pour le PS : une femme passe avec un cabas, tandis que derrière elle, de grandes lettres indignées, alternativement rouges et blanches sur fond noir, dénoncent : « La vie chère. Un coupable – Le capital. Un complice- Le pouvoir ».

Une autre politique pour un autre cadre de vie - 1980 – Coll. Fondation Jean-Jaurès"
Une autre politique pour un autre cadre de vie – 1980 – Coll. Fondation Jean-Jaurès

Résistant, donc, par les thèmes qui ont marqué son œuvre – la lutte contre le chômage et les inégalités, la défense de la nature, la dénonciation des racismes, la promotion d’une culture vivante -, mais aussi par sa conception même du rôle de l’art et de l’image : « Nous ne vivons pas, écrira-t-il en 1995, dans un siècle d’images mais de stéréotypes imposés par la dictature de l’argent. Le stéréotype est le contraire d’une image. L’image est une rencontre qui interroge et dérange ». C’est ainsi qu’il illustra, début 1981, une affiche socialiste pour le « droit au logement pour tous » par un simple arbre qu’éclairait, de l’intérieur, une fenêtre allumée… Dans cette époque où n’existaient ni l’ordinateur personnel ni les facilités techniques qu’il a multipliées à l’infini, Claude Baillargeon construisait des images en associant visuellement des univers symboliques différents : une rose articulée autour d’une clé pour évoquer la sécurité, une autre poussant sur un marteau pour parler de l’emploi…

On l’aura compris, Baillargeon se situait davantage du côté de grands affichistes critiques comme Savignac, Roman Ciezlewicz, Hector Cattolica, ou le groupe Grapus, que de celui d’un Jacques Séguéla et des agences de publicités pour lesquelles il n’avait guère d’estime. Et grande fut son amertume de voir, la gauche ayant accédé au pouvoir, que ceux qu’il considérait comme des illustrateurs de stéréotypes prenaient le pas  sur les authentiques créateurs d’images. On le vit dès lors travailler pour des villes communistes, pour des institutions culturelles, des ONG…

Beaucoup de militants qui collaient ses affiches n’avaient jamais rencontré l’artiste à qui ils les devaient (il ne les signait d’ailleurs pas). Mais ceux qui, parmi les responsables du PS de l’époque, ont travaillé avec lui, en gardent le souvenir d’une créativité féconde.  D’une exigence et d’une intransigeance, aussi, qui leur donnaient souvent des sueurs froides quant au respect des délais et des contraintes politiques, mais qui débouchaient sur des créations propres à stimuler les imaginations plus qu’à illustrer platement des mots d’ordre.

Auteur : Joseph Daniel

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