Inégalités & modèle économique : le texte de Luc Carvounas

Pour lutter contre les inégalités, partageons le progrès avec tous les territoires !

Nous ne devons pas plus longtemps opposer la « France périphérique », la France rurale et les banlieues urbaines. Où qu’ils habitent, les Français veulent l’égalité réelle.

Il existe d’ailleurs plusieurs « France périphérique ». Pour être plus heureux, de nombreux Français n’ont pas besoin que l’on change « grand-chose » à leur ville ou à leur village ; ils souhaitent souvent juste « plus de choses ».

Mais les plus pauvres et les plus éloignés nous lancent des « au secours » qu’il faut savoir entendre. Ces territoires périphériques ne doivent pas se sentir délaissés plus longtemps. Alors que l’INSEE a relevé ses prévisions de croissance pour 2018, et que les métropoles présentent une solide santé économique, combien de villes et villages de France connaitront quant-à-eux une décroissance de population, de commerces, ou d’emplois[1] ?

Dans certains départements de France ce sont près de la moitié des villes et villages qui lors du dernier recensement ont perdu leur population au profit des métropoles et des grandes agglomérations.

Nous défendons donc des propositions essentielles pour partager le progrès avec tous les territoires de France :

– Exigeons un moratoire sur la décentralisation administrative de notre pays tant que nous n’aurons pas mis en place une véritable décentralisation économique. Préparons la décentralisation économique de la France en identifiant dès à présent 12 sièges de grandes administrations transférables et d’entreprises publiques dès le prochain quinquennat dans nos régions hors Ile-de-France.

– Créons un panier de services publics à moins de 15 minutes de chaque Français.

– Donnons la priorité au développement des villes moyennes.

– Coordonnons l’action de l’Etat et des régions pour la dotation de fonds régionaux d’intervention pour la revitalisation rurale.

– Créons une association des territoires progressistes et républicains qui rassemblerait en son sein tous les territoires volontaires de la Gauche Arc-en-ciel.

De plus, le premier de nos combats dans les « quartiers », c’est l’emploi. Les habitants des quartiers en politique de la ville subissent au quotidien le chômage et les discriminations. Ils sont les filles et les fils de la République mais ils sont « assignés à identité ». Ils veulent être citoyens, justes citoyens.

Parallèlement, de trop nombreux concitoyens sont victimes de discriminations dans leur vie quotidienne. Loin d’être interdits, les contrôles au faciès sont facilités par l’adoption le 30 octobre dernier de la loi « renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme », et son article 10 qui permet les contrôles à la seule vue de signes extérieurs de nationalité étrangère.

« D’où viens-tu ? Oui mais avant ? » Cette question posée de façon récurrente aux personnes d’origine étrangère supposée démontre un mal profond. Les limitations d’accès à un emploi, a un logement, aux prêts bancaires, puis les violences policières subies par ces mêmes personnes, de façon accrue, nous obligent. Nous avons la responsabilité de tenir un débat national sur le racisme afin de mettre des mots sur ces maux, puis de proposer des mesures allant au-delà de l’action sur les conséquences du racisme.

Les dépositaires de l’autorité publique (élus, fonctionnaires,…) devraient être plus sévèrement punis lorsqu’ils tiennent des propos ou agissent de manière discriminatoire.

Mais nous avons besoin qu’aux côtés des acteurs de l’Education nationale et des élus locaux, les entreprises s’engagent enfin dans un plan d’urgence pour l’emploi dans les quartiers. Dans nos quartiers, nos jeunes diplômés jouent un rôle social majeur : ils sont la fierté de celles et ceux qui les ont élevés et l’exemple de celles et ceux qui les suivent.

Enfin, les associations au cœur de l’action républicaine sont indispensables à la cohésion sociale. Elles sont les premières victimes de l’action du Gouvernement avec le gel des dotations décidées unilatéralement en septembre 2017. Les collectivités sont les premiers soutiens financiers et humains de nos associations. Elles doivent être accompagnées.

C’est pourquoi, pour porter l’idée du progrès partagé sur l’ensemble du territoire : 

Rétablissons l’intégralité des contrats aidés.

Sanctionnons plus sévèrement les personnes dépositaires de l’autorité publique lorsqu’elles tiennent des propos injurieux, discriminatoires ou appelant à la haine raciale.

– Contrôlons et sanctionnons les entreprises se rendant coupables de pratiques discriminatoires par la pratique du « name and shame ».

– Généralisons le CV anonyme.

– Maintenons un niveau suffisant des crédits des projets de réussite éducative.

– Affectons le solde des comptes inactifs ou en déshérence des personnes morales comme nouvelle ressource financière pour le développement de la vie associative.

[1] A ce titre, lire le remarquable ouvrage de l’anthropologue Français Eric CHAUVIER, La Petite Ville, aux éditions Amsterdam.