Inégalités & modèle économique : le texte de Stéphane Le Foll

Lutter contre les inégalités c’est reprendre la longue marche des socialistes pour l’égalité : Jaurès, Blum, Mitterrand. Aussi longtemps qu’il y aura des laissés pour compte, il y aura des socialistes pour les défendre. Nous serons, chers camarades de ce combat-là.  

A l’heure où certains se poseraient encore la question de ce qui nous rassemble, je pose un constat simple : 10% des Français les mieux dotés en patrimoine concentrent près de 50% du patrimoine brut des ménages. A l’inverse, les 10% les plus modestes ne détiennent que 0,07% des richesses. Ces inégalités de patrimoine sont vingt fois plus fortes que les inégalités de revenus : alors que le rapport entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres va de 1 à 7 en matière de revenu, il va de 1 à 138 quand il s’agit de patrimoine. Cette concentration patrimoniale s’accompagne d’une concentration des droits, des facilités, des réussites, de l’accès à la culture.

Cette inégalité patrimoniale est une injustice profonde, sourde, qui décourage les travailleurs, dévalorise le mérite, motive des votes de rejet, de haine, et alimente les nostalgies. Elle ne se résorbera pas d’elle-même, pas même avec les meilleurs taux de croissance auxquels on peut s’attendre. L’équilibre des richesses ne peut pas être atteint grâce à la seule réduction des inégalités de revenus, ce que nous avons fait jusqu’à présent en particulier sous le quinquennat de François Hollande.
Il faut maintenant soutenir chacun dans la constitution d’un patrimoine individuel, tout en préservant son accès à ces richesses collectives menacées que représentent l’éducation, la protection sociale, les services publics, la culture et notre patrimoine naturel. En effet, aucune politique patrimoniale ambitieuse ne pourra trouver de sens en dilapidant le patrimoine commun que constituent les services publics.

Je propose donc la mise en place d’un « panier patrimonial » à hauteur de 1% du PIB pour donner la possibilité à chacun de se constituer un patrimoine et de renouer avec le progrès (soit 21 à 22 milliards d’euros mobilisés pour réduire des inégalités). 

Ce panier patrimonial se constituerait : 

–          D’une part d’un accroissement des mesures prises depuis 2012 (efficacité énergétique pour faire baisser les factures des ménages, accompagner le travail notamment par le soutien à la garde des enfants). La liste de ce que nous avons fait est longue (renforcement du PTZ, création du bail réel solidaire, économies d’énergies et création du Crédit d’impôt transition énergétique, l’investissement locatif avec le dispositif Pinel, la prime d’activité). Toutes ces mesures représentent un soutien à la constitution de patrimoine autour de 9Mds€ par an.
–          D’autre part par la création pour la jeunesse d’un capital de départ pour se lancer dans la vie. Cette avancée sociale majeure sera plus efficace que le revenu universel, très coûteux, et dont le financement est incertain. Ce capital pourra être complété d’un prêt à taux 0 pour soutenir ceux qui souhaitent investir. Cela permettra de redonner espoir à tous les parents qui voudraient transmettre mais ne le peuvent pas, à tous les jeunes qui voudraient réussir leur vie mais n’y croient pas. Ce « capital de départ » permettra d’assurer une dynamique nouvelle de sécurité pour l’avenir et de réduction des inégalités.

Mes chers camarades, tout ce que la gauche a fait au nom de la lutte contre les inégalités pouvait sembler être acquis, il n’en est rien. Il n’existe aucun acquis social mais des droits conquis. En effet, tout peut se perdre au grès des changements de gouvernements. Les réformes actuelles le démontrent. 

Ce patrimoine de départ est une opportunité pour donner les moyens à tous les jeunes de se réaliser en donnant plus à ceux qui ont moins et qui veulent réussir.   

Lutter contre les inégalités c’est donc reprendre la longue marche des socialistes pour l’égalité. Je propose donc que nous lancions une vaste convention juste après les européennes sur les nouvelles redistributions et les évolutions des formes de travail et de protection sociale pour combiner solidarité, économie et écologie. Dans l’optique de cette convention et dans l’objectif de réinventer des politiques de redistribution, je propose de réfléchir sur quatre principaux domaines pour créer de nouveaux emplois : l’écologie et la « croissance sûre »; la santé de manière globale et en particulier avec le vieillissement de la population, l’aide à domicile et les aidants; le développement de la vie associative et de l’insertion sociale. Mais surtout, la culture qui sera à n’en pas douter une des activités majeures de demain, une activité de création à haute valeur ajoutée, mais aussi d’influence française en Europe et dans le monde. En somme, un vecteur de cette identité ouverte que nous défendons.