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« J’appelle les socialistes à se ressaisir et à se concentrer sur la campagne de Benoît Hamon » Interview de J-C. Cambadélis pour Ouest France

Interview de Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du Parti socialiste, à Ouest France à retrouver sur leur site ou à lire dans son intégralité ci-dessous :

Vous avez dit votre tristesse après le choix de Manuel Valls ou de Jean-Yves Le Drian… Y a-t-il de la colère ?

La tristesse passée, c’est une position que je combats. Car on ne peut pas faire de chèque en blanc à Emmanuel Macron. Je peux comprendre que, à tort les électeurs pensent que c’est un moyen d’empêcher François Fillon de revenir et de battre Marine Le Pen, mais ceci aura des conséquences politiques. Car derrière un candidat avenant, il y a des propositions discutables et d’autres qu’il faut  repousser.

Valls doit-il être exclu ?

Je ne crois pas qu’une Saint-Barthélemy des socialistes soit le meilleur service à rendre à notre candidat à moins de trois semaines du premier tour. Benoît Hamon a lancé un bienvenue à ceux « qui se sont trompés ». Moi, j’appelle les socialistes à se ressaisir et à se concentrer sur la campagne de Benoît Hamon, à indiquer en quoi celle-ci est utile pour la gauche et pour la France.

Y aura-t-il des exclusions ?

Les choses sont simples. Je veux respecter à la lettre nos statuts, car au PS il n’y a pas de fait du prince. Il ne peut pas y avoir de double appartenance. Donc, quand on adhère à En marche !, on quitte le PS. Quand on parraine Emmanuel Macron, on ne peut pas se présenter au nom du PS. Dans ces conditions, c’est un socialiste ou un écologiste qui aura l’investiture aux législatives. Ceux qui se présenteront contre un candidat soutenu par le PS seront exclus. Pour le reste, on peut condamner et combattre sans pour autant épurer.

Comment jugez-vous la campagne de Benoît Hamon ?

Il a eu un début de campagne entravé par les affaires, par la macronite aiguë qui s’est emparée d’une partie de l’opinion, et aujourd’hui par une petite mode mélenchoniste. Ce qui ne lui a pas permis de montrer qu’il représente tout à la fois des gens venus du Modem, comme Jean-Luc Bennahmias, des radicaux, comme Sylvia Pinel, toutes les nuances des écologistes et la majeure partie du PS. Ce qui l’a placé quand même en 2e position au niveau des parrainages.

Comment expliquez-vous que Mélenchon ait pris l’ascendant sur Hamon ? Qu’est-ce ça dit de l’état de la gauche ?

Ça ne met dit rien de l’état de la gauche, parce que pour Jean-Luc Mélenchon, il ne s’agit pas d’être au second tour, mais de battre Benoît Hamon. Ce n’est pas un choix stratégique des électeurs, mais une impression consécutive au débat télévisé, où Jean-Luc Mélenchon a fait le job. C’est totalement conjoncturel à condition que les socialistes soient capables de défendre une solution politique, refusant une gauche qui ne pense qu’aux pavés et un centre qui ne pense qu’aux palais.

Benoît Hamon est-il suffisamment respectueux du bilan de François Hollande ?

Le PS soutient François Hollande d’autant que les résultats économiques semblent nous donner raison, mais l’objet de la présidentielle n’est pas de juger le passé, mais d’éclairer l’avenir. Or, les quatre transitions sur l’écologie, le travail, l’Europe et la démocratie proposées par Benoît Hamon sont les seules réponses d’espoir dans une présidentielle où on cherche à activer le désespoir.

Vous joignez-vous à l’appel au rassemblement lancé par Hamon en direction de Mélenchon ?

Le même jour nous avons vu Emmanuel Macron indiquer que les ralliements n’étaient pas désirables et Jean-Luc Mélenchon répéter qu’il était contre l’unité, puisqu’il veut seulement une insurrection citoyenne. Lancer les appels à des candidats qui refusent d’être partenaires ne me semble malheureusement pas d’une grande efficacité à cette étape.

Les primaires sont-elles condamnées ?

Les primaires peuvent être utiles, on l’a démontré en 2011 avec François Hollande dans un débat très coriace entre lui et Martine Aubry. Elles avaient permis de surmonter les divergences dans la gauche. Cette fois, elles ont permis à un candidat de surgir. Je rappelle que dans les premiers sondages, il était à 18 %. La situation confuse et cotonneuse n’a pas permis pour l’instant de confirmer. Je n’enterre pas les primaires, car c’est un vecteur de rassemblement quand les partis sont affaiblis.

Avez-vous encore l’espoir de sauver le Parti socialiste ?

Le PS est un grand parti et une élection ne fait pas son devenir, sinon nous aurions disparu après 2002. Quant aux divisions, elles sont inhérentes à cette formation politique. Souvenons-nous de ce qu’on disait au lendemain du congrès de Rennes ou le jour où Michel Rocard est devenu premier secrétaire, lorsque 20 fédérations ont fait sécession… La disparition du PS est un marronnier politique.

Le prochain congrès sera-t-il le congrès de la clarification ?

Le prochain congrès marquera la fin définitive du cycle d’Épinay ouvert par Mitterrand en 1971. Nous sommes dans une nouvelle époque politique. La gauche de la gauche refuse l’unité au PS. Le centre a pris ses distances vis-à-vis de la droite. Les partis verticaux sont concurrencés par des rassemblements horizontaux. La question sociale n’est plus le seul élément du progressisme, l’écologie et le bien être humain deviennent ses nouveaux vecteurs. Nous assistons à la décomposition de la Ve République et nous resterons confrontés à une montée du nationalisme dans le monde occidental. C’est une toute nouvelle époque qui commence. Je proposerai un nouveau projet progressiste, un vrai renouveau, un vrai dépassement du PS que nous avions tenté avec la Belle Alliance Populaire. Le temps des partis imposants est terminé. Il faut se mettre en capacité de construire des coalitions de citoyens et des regroupements de partis.

Benoît Hamon sera-t-il appelé à jouer les premiers rôles ?

Tout le monde sera appelé à jouer un rôle. On ne peut pas commencer les débats par des excommunications. Le PS a toujours su surmonter ses affrontements internes, entre Mitterrand et Rocard, Jospin et Fabius, Royal et Aubry.

Une alliance avec Macron, s’il est élu, est-elle envisageable ?

D’abord il n’a pas gagné. Ensuite il ne le veut pas. Je ne vais pas me poser des problèmes qui ne se posent pas.

Propos recueillis par Thierry Richard